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1.2 Outils méthodologiques1.2.1 Le choix de l'ethnographieComme les objectifs de notre recherche sont essentiellement d'ordre descriptif, et puisqu'ils concernent des dynamiques sociales naturelles, le choix des méthodes ethnographiques nous apparaît particulièrement indiqué. Selon Laramée et Vallée (1991, p. 271),
Relevant à la fois de la psychosociologie et de l'anthropologie, l'ethnographie appliquée à l'étude de processus communicationnels et sociaux se traduit donc par un faisceau de techniques complémentaires : observation participante, analyse de productions culturelles et/ou de documents historiques, questionnaires quantitatifs et/ou qualitatifs, etc. Toutefois, nous sommes conscients que la plupart de ces techniques ont été développées et éprouvées dans le cadre d'une sociabilité « classique », et que leur transposition, le cas échéant, dans les environnements virtuels ne va pas sans poser des problèmes épistémologiques, fortement liés aux considérations paradigmatiques discutées dans la section précédente. Le psychologue John Suler (1996), qui a étudié les « palaces », a mis au point une méthodologie éthnographique spécialement adaptée aux environnements interactifs voués à la convivialité :
1.2.2 L'observation participanteCe mémoire est le résultat de près de trois ans de pratique régulière de l'Internet Relay Chat. Comme le remarque Wilbur (1997, p. 6), dans l'étude de la communication médiatisée par ordinateur, la subjectivité du chercheur est presque inéluctable, et
Nous ne pouvons donc pas prétendre, dans ce travail, éliminer le biais d'une vision subjective caractéristique de toute approche qualitative du social. Dans son étude pionnière d'une communauté télématique, Josiane Jouët (1989, p. 51) propose une observation participante mixte, c'est-à-dire combinant « la consultation télématique » et l'assistance à des réunions de visu de la communauté. Mais sur IRC, comme d'ailleurs dans les MUD, l'observation en-ligne prend un caractère particulier, puisqu'il est possible d'enregistrer intégralement tous les échanges sous la forme de verbatims ou logs. Dès lors, l'observation « à chaud » peut être complétée d'une relecture des sessions enregistrées un peu sous la forme de dialogues dramaturgiques, et qui relève davantage de l'analyse de document que de l'observation proprement dite. Néanmoins, cette lecture en différé ne saurait remplacer l'expérience de l'interaction et de son rythme, car comme le dit bien Jones (1995a, p. 28) :
En ce qui concerne le groupe que nous avons plus particulièrement étudié, nous avons consacré plusieurs heures par semaine à l'observation en ligne, entre le mois d'août 1997 et le mois de janvier 1998. Nous avons ainsi constitué un corpus de logs dont certains extraits ont été reproduits à la fin de ce mémoire (voir app. A). Par ailleurs, nous avons assisté à une dizaine de rassemblements « officiels » en face-à-face. 1.2.3 L'analyse de sites WebNous avons constaté que la plupart des communautés IRC ayant atteint une certaine maturité se dotent d'un « port d'attache » sur le Web - un site souvent géré collectivement - sur lequel une quantité importante d'informations sont rendues disponibles quant au groupe, à ses activités et à son histoire. Cela constitue une source inespérée d'informations, à la fois fonds d'archives et reflet de la vie du groupe; et, en tout cas, un artefact culturel offert à l'ethnographe. Voici les principaux renseignements que l'on peut généralement trouver sur ces sites : - Les règlements officiels qu'il faut respecter en public; - Le calendrier des rassemblements (get together ou « GT »), ainsi que des albums-photo et dans certains cas des comptes-rendus écrits de GT passés; - Un annuaire des membres du canal (visiteurs réguliers), avec leurs photographies et leurs adresses électroniques; - La liste des opérateurs officiels; - Des informations sur la fondation du canal, souvent assorties d'un historique. Dans le cas que nous étudions, nous avons affaire à un site très ambitieux, tant dans sa facture que dans la richesse de ses contenus. Notamment, en plus des rubriques ci-dessus, il offre un babillard modéré par le gestionnaire du site, qui permet aux membres du groupe de passer des annonces, ou tout simplement de partager leur humeur du moment. Ce type de communication asynchrone du groupe avec lui-même a été complété par une liste de diffusion, mais, probablement faute d'animation, elle est tombée en désuétude au cours de notre étude et nous avons choisi de ne pas en tenir compte. 1.2.4 Les récits de pratiquesParce que certaines informations semblaient difficiles d'accès par la seule observation passive, et dans l'optique de corriger quelque peu les biais subjectifs introduits par les méthodes précédentes, nous avons décidé de compléter notre protocole de recherche par une série d'entretiens en profondeur, semi-dirigés, réalisés en face-à-face - à l'exception de deux personnes [21] - avec des membres du groupe représentatifs de sa diversité. L'objectif était de recueillir des récits de pratiques, mais également des récits de vie. En tout, neuf personnes ont été interviewées, pendant une durée moyenne de 3h30. On reconnaîtra ces personnes, dans le troisième chapitre, sous les pseudonymes suivants : Hadrien, EliteBug, Gémeaux, PowerCat, Inconnu, Flamme19, Horace26, Mikado et ChocoPop. Par ailleurs, un certain nombre d'entrevues informelles ont été effectuées par IRC (donc, par téléconférence écrite). 1.2.5 Éthique de rechercheEn guise de conclusion à cet exposé de notre démarche méthodologique, nous tenons à signaler que les mesures d'éthique qui doivent accompagner toute recherche, en particulier dans une approche ethnographique, ont fait l'objet d'une attention particulière. En premier lieu, nous n'avons jamais dissimulé le fait que nous étions en train d'effectuer un travail de recherche, tant auprès du groupe #gaymtlfr, que de tous les ircistes en général que nous interrogions dans le cadre de notre étude d'IRC. Par ailleurs, afin de préserver l'anonymat des usagers de #gaymtlfr par rapport aux autres usagers d'IRC - c'est-à-dire, potentiellement, n'importe quelle personne qui se connecterait sur le réseau Undernet -, nous avons, comme le suggère Turkle (1995, p. 324), remplacé tous [22] les pseudonymes par des pseudonymes fictifs, y compris dans les extraits de logs que nous reproduisons. Afin de conserver une certaine cohérence, nous avons dû élaborer une table de correspondances à double entrée, qui comporte les pseudonymes correspondant à soixante-cinq personnes distinctes. De plus, nous avons repris l'idée de Shaw (1997, p. 144), en essayant de « créer des noms de substitution qui captent l'essence de leurs nicks véritables » [23]. suite --» | ||||||||
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