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Dialectique de la sexualisation :
une perspective féministe sur le droit à communiquer


«The Dialectics of Engendering:
A Feminist Perspective on the Right to Communicate»

(Version originale anglaise)


par Sheryl Hamilton
Doctorante en communication - Concordia University (Montréal)

Traduction par France Aubin et Florence Millerand

© Sheryl Hamilton - 1999 - All rights reserved.
Cet article est aussi disponible en format PDF



HAUT Résumé

L'auteure esquisse un portrait des tensions et des débats qui ont émergé au sein du groupe de travail sur les Perspectives de genre dans le cadre de la Conférence virtuelle sur le Droit à communiquer et la communication des droits, organisée pendant l'été 1999 par Videazimut. L'article explore trois ouvertures dialectiques : ré-incarnation virtuelle ; espace et lieu ; pratiques de regroupement et d'agitation dans les espaces contre-publics.

Abstract | Resumen


Descripteurs: genre, sexualisation, droit à communiquer, espace public, pratique féministe, technologie, Internet, incarnation, ouverture dialectique, hybridité, cyberféminisme, féminisme.



HAUT Sommaire

Introduction

1. Ré-incarnation virtuelle

2. Espace et lieu

3. Regroupement et agitation

4. En-gendrement de possibilités

Notes

Références




SOMMAIRE Introduction

À la question qui hante les discours féministes sur la technologie, à savoir si la technologie est sexuée (gendered)[1] ou non, la chercheuse américaine en médias, Lana Rakow, répond par l'affirmative : les technologies sont sexuées parce qu'elles “constituent et expriment tout à la fois un modèle de relations sociales. La signification et l'expérience contemporaine du genre n'est pas quelque chose qui existerait quelque part en dehors de la technologie et qui s'en distinguerait : le genre est articulé à travers la technologie.” Dans la foulée de Rakow, je crois qu'on peut dire que la technologie “en-gendre” notamment parce qu'elle est à la fois produit et productrice de relations sociales elles-mêmes sexuées.

Durant l'été 1998, j'ai eu la chance d'agir comme modératrice pour l'un des cinq groupes de travail pendant la conférence en ligne de Videazimut : Conférence virtuelle sur le Droit à communiquer et la communication des droits. Pendant cinq semaines, une quarantaine de femmes ont “parlé” et une cinquantaine d'autres ont “écouté” dans le cadre d'une réflexion menée sur les rapports qu'entretiennent les questions de genre et du droit à communiquer. On ne pouvait rêver meilleur forum pour observer les processus de sexualisation (engendering) travers la technologie.

Le déroulement et le contenu de cette expérience virtuelle suscitent tous deux un questionnement intéressant sur la tenue des conférences virtuelles et le cyberféminisme. J'explorerai ici quelques-unes unes des grandes lignes de discussion qui ont occupé le groupe de travail. Toutefois plutôt que de présenter un résumé, je tenterai de situer les problématiques et les enjeux dans un contexte plus large qui intègre les débats sur les espaces virtuels et les politiques, afin d'interroger la pertinence du cyberféminisme vu comme une pratique politique virtuelle.

Évidemment, la première question qui se pose porte sur la raison d'être d'un groupe de travail sur les Perspectives de genre. On peut se demander si le fait que ces questions aient été réservées à un seul groupe de travail a pu faire en sorte qu'elles n'aient été traitées que dans ce groupe en particulier. Sans aucun doute, cela a-t-il été le cas. Cependant, je ne suis pas certaine que les préoccupations, les enjeux et les voix qui s'y sont fait entendre auraient pu être entendues si un groupe n'avait pas été spécifiquement créé pour en traiter. Mais les questions les plus intéressantes apparaissent peut-être lorsqu'on abandonne le mode binaire du tout-ou-rien opposant la séparation à l'intégration, l'intérieur à l'extérieur pour considérer plutôt les ouvertures dialectiques créées par et dans ces tensions réelles (pour emprunter une expression utilisée au cours de la conférence par Bram Abramson et Alain Ambrosi). Les ouvertures dialectiques posent les questions en termes d'inclusion (both/and) plutôt qu'en termes d'exclusion (either/or). Le fait d'appréhender un problème dans une perspective d'ouverture dialectique marque le refus de la clôture, le refus de la détermination et crée un espace où sont maintenues en tension et en équilibre des notions concurrentes, voire conflictuelles. Les ouvertures dialectiques produisent au lieu de conclure. L'environnement de la conférence virtuelle, avec ses conversations à plusieurs thèmes, ses interventions asynchrones et ses voix multiples, a débouché sur un espace non linéaire, non résolu, un espace de possibilités.

En explorant tant les contenus échangés dans le groupe de travail que le déroulement même des conférences virtuelles féministes (conférences virtuellement féministes ?), je me pencherai ici sur trois ouvertures dialectiques qui en-gendrent [2] et ont été en-gendrées au sein de notre groupe. Ces ouvertures dialectiques prennent place au coeur de cet hybride étrange qu'est la conférence virtuelle : ré-incarnation (reembodiment) virtuelle ; espace et lieu ; pratiques de regroupement et d'agitation.

SOMMAIRE 1. Ré-incarnation virtuelle

Assister à une conférence est une expérience éminemment in-carnée (embodied) [3]. Il se peut que vous rencontriez des gens dont vous ne connaissez le travail que pour l'avoir lu ou que vous avez “rencontrés” seulement par courriel. Il se peut que vous vous couchiez trop tard, que vous vous leviez trop tôt, ou que vous abusiez des bonnes choses. Il arrive souvent qu'une dynamique se développe quand des femmes se retrouvent ensemble, et que l'énergie ainsi générée les accompagne et contribue à les motiver bien après que la conférence ait pris fin. Les corps constituent des sites de contestation au coeur même du discours qui porte sur le genre, agissant comme marqueurs d'une différence sexuée (sexed difference), d'une performance sexuée (gender performance), de la race, de l'âge, de la classe sociale et parfois de la sexualité. Les corps font sens. Particulièrement lors de conférences qui portent sur les questions de genre.

Mais quel est le sens des corps dans le cyberespace ? Que faut-il penser des affirmations faites par les techno-théoriciens comme Sherry Turkle (1995), Howard Rheingold (1991), Shannon McRae (1996), Mark Dery (1996) et d'autres, selon lesquels le corps matériel est ré-écrit/re-travaillé dans le cyberespace ? Dans ce travail de ré-écriture, qu'arrive-t-il au corps sexué (sexed body) ? Quels dilemmes cela pose-t-il à une pratique politique pour laquelle le corps sexué, sans être définitif, n'est jamais im-pertinent ? En dépit du fait que nous nous interrogions depuis plus d'une décennie sur nos identités cyborg (cyborg selves), en pratique féministe, la notion du corps demeure.

La question du réprimé (repressed) refait surface dès qu'il s'agit de savoir qui a accès à des événements comme les conférences virtuelles puisque c'est d'abord et avant tout un corps situé dans une institution d'enseignement, un corps qui habite le Nord, un corps qui jouit d'un capital technologique et culturel essentiel qui participe. Les participantes au groupe de travail étaient toutes anglophones, provenaient très majoritairement de pays industrialisés et toutes maîtrisaient la communication en ligne. La conférence ne disposait pas des ressources nécessaires à la mise sur pied de points d'accès communautaire ou à la formation dont auraient pu avoir besoin certaines femmes pour participer. De toute évidence, l'accès a certainement en-gendré la participation dans notre groupe de travail.

La question du réprimé refait surface en tant que site de négociation, de résistance, et de lutte. Les corps des femmes sont depuis longtemps le site de surveillance médicale, légale, politique et sociale, de discipline et de violence. Le caractère international de la conférence virtuelle a mis en lumière l'imbrication distincte des corps féminins dans les réseaux où s'entremêlent la globalisation des médias, le capitalisme de consommation et la convergence technologique. Des femmes luttent pour obtenir de la visibilité, d'autres pour obtenir une voix, d'autres encore pour exercer un contrôle sur la représentation de leur corps. Curieusement, au coeur même du média que la presse populaire occidentale ne cesse de vendre comme une zone liminale de dés-incarnation (disembodiment), la discussion féministe sur le droit à communiquer entend bien ancrer les pratiques dans des citoyens in-carnés.

En ce sens, on peut dire qu'il y a eu une ré-incarnation virtuelle dans notre espace de dés-incarnation potentielle. Cela s'est manifesté de deux façons. D'abord, comme c'est souvent le cas dans des forums identifiés à la problématique du “genre”, le genre est devenu un signifiant pour femme, plutôt qu'un marqueur pour la multiplicité des sexes, sexualités, et identités. Le groupe de travail sur les Perspectives de genre est devenu un groupe de femmes étudiant les débats sur la pratique féministe. Les manières dont la pratique en ligne construit la masculinité n'ont pas été discutées. Le genre comme construction sociale a été associé au corps féminin, réincarnant virtuellement l'interaction en ligne.

Puis, la ré-incarnation virtuelle qui avait pris place dans la conférence à été mise en lumière quand nous avons dépassé les simples notions de dés-incarnation induite par les technologies de l'information pour reconnaître Internet comme un site parmi d'autres de pratiques politiques et de communication. Alors que l'interaction prenait place sans contiguïté physique, le discours des participantes était très conscient de la nature in-carnée de l'oppression des femmes et de la nécessité de produire une pratique politique féministe efficace, aussi bien en ligne qu'hors ligne. Les environnements virtuels, les stratégies, et les espaces de discussion ont été abordés comme autant de façons d'explorer et de résister au pouvoir sexué (gendered power) exercé sur le corps des femmes et d'explorer des façons de communiquer avec moins de hiérarchie de genre que les modes de communication mis en place par l'État ou le marché.

SOMMAIRE 2. Espace et lieu

En plus d'être un site de ré-incarnation virtuelle, le cyberespace, le Net, le Web est qualifié de spatial. Michael Heim fait écho à plusieurs quand il découpe l'espace du cyberespace. Selon lui, le cyberespace supplante l'espace physique. Nous pouvons déjà l'observer dans le cyberespace familier de la communication en ligne. En ligne, nous nous libérons de notre existence physique (bodily existence). Les télécommunications offrent une liberté illimitée d'expression et de contact personnel, avec beaucoup moins de hiérarchie et de formalisme que dans le monde social primaire. Le réseau informatique est une véritable bénédiction parce qu'il offre des forums à des individus qui peuvent s'y rassembler avec une proximité étonnamment personnelle, sans les limitations physiques de la géographie, des fuseaux horaires ou d'un statut social manifeste (Heim, 1993 : 99). Que penser alors de la distinction qu'établit de Certeau entre l'espace et le lieu ?

Pour De Certeau, un lieu est un ordre dans lequel les éléments sont distribués selon des relations : la loi du “propre” s'applique au lieu. “Un lieu est donc une configuration instantanée de positions. Il implique une indication de stabilité. ”(de Certeau, 1984: 117). L'espace existe à l'intersection d'événements mobiles, “actualisés par l'ensemble de mouvements qui s'y déploient ” (de Certeau, 1984 : 117). Contrairement au lieu, l'espace est instable et n'est pas gouverné par la loi du propre. Nous écrivons des histoires qui transforment constamment les lieux en espaces et les espaces en lieux (de Certeau, 1984 : 118). Ainsi, l'espace est produit à partir de pratiques et d'interactions, non délimité par des frontières légales ; il est mobile, volatile. Le lieu est un espace cartographié, défini et délimité, inscrit dans un ordre qui peut être géré. Combien de pratiques en ligne réécrivent l'espace comme un lieu ?

La tenue de conférences virtuelles a pour but d'abolir certaines frontières de lieux, permettant des interactions autrement impossibles. Par ailleurs, une conférence est réussie, entre autres, quand elle arrive à générer un espace. On pense, trop souvent peut-être, que le médium Internet est par définition toujours spatial. Peut-il fallait-il s'y attendre dans le cadre d'une conférence virtuelle de ce type, Internet a émergé comme un outil de résistance et de changement politique pour les femmes, à la fois complexe et ambigu. Un certain nombre de participantes ont fait valoir qu'Internet était l'outil que les femmes préféraient pour prendre la parole et quelqu'un l'a décrit comme “un véhicule superbe pour l'activisme de masse exercé contre le déséquilibre des genres (gender imbalance) autour du globe”. D'autres cependant ont exprimé quelques doutes, en raison des inégalités d'accès, de la nature des applications et de la domination du Nord.

La tension entre l'espace et le lieu est apparue lorsque nous avons abordé les questions de technologies de l'information et de politiques publiques. On a revendiqué une plus grande réglementation en matière d'accès et réclamé de la part des États et des fournisseurs de services des efforts plus importants pour s'assurer que les femmes aient la chance de se connecter à Internet. Le défi qui consiste à trouver comment limiter la réglementation aux questions d'accès et non aux activités n'a pas manqué d'être soulevé, notamment pour trouver comment maintenir et médier l'interaction virtuelle à la fois comme espace et comme lieu. L'espace et le lieu coexistent dans nos pratiques en ligne, ouvrant des possibilités d'action qu'il serait impensable d'exercer sous le regard de ceux qui régissent le lieu géographique et dans le cadre des contraintes cartologiques existantes. Par ailleurs, nous devons faire preuve d'humilité lorsque vient le temps de lire nos histoires sur la ré-écriture (et peut-être la ré-inscription) du lieu dans l'espace. La société globale d'information est-elle réellement dépourvue de lignes de longitude et de latitude ? Comment les histoires que nous écrivons sur la cartographie de l'espace, nos cartologies spatiales, produisent-elles des lieux ?

SOMMAIRE 3. Regroupement et agitation

Occupés à l'étude de la construction d'une activité en ligne, deux chercheurs ont noté récemment : “À cause de sa prétendue émancipation des écueils de l'in-carnation, le cyberespace est maintenant présenté comme la panacée pour remédier aux déficiences des organisations culturelles et politiques contemporaines.” (Gunkel et Gunkel, 1997 : 130). Je suis tout à fait d'accord avec cette observation et j'ajoute que, plus spécifiquement, l'interaction en ligne est présentée comme un espace public numérique, en référence à la formulation de Jürgen Habermas (1989). Internet, groupes de travail en ligne compris, devient un espace d'agir communicationnel idéal et idéalisé, un espace où on exerce sa citoyenneté à travers sa pratique communicationnelle, et où on est évalué selon son habilité à communiquer efficacement et en faisant usage de la raison. J'emprunte ici à l'analyse toujours aussi fertile de Nancy Fraser, "Rethinking the Public Sphere : A Contribution to the Critique of Actually Existing Democracy" (1989), pour interroger les présupposés de ce modèle, orienté notamment en termes de genre.

Au coeur de l'espace public libéral, de même que des conférences en ligne à mon avis, se trouve un discours sur la publicité supposant un espace caractérisé par l'accessibilité, la rationalité et la suspension des hiérarchies et produit par les citoyens. Fraser reconnaît, à raison, que ce discours de publicité est précisément déployé comme une stratégie de distinction (Fraser, 1989: 57) qui invente “un espace de degré zéro de la culture” (Fraser, 1989 : 64).

Fraser remet en question les origines historiques et par conséquent les prétentions à l'authenticité d'un espace unique répondant aux caractéristiques notées par Habermas et tant attendue par les tenants de la culture démocratique en ligne. Reconnaissant que l'histoire a produit plusieurs publics différents et que la concurrence de différents publics est susceptible de produire davantage de démocratie et une meilleure démocratie, elle souhaite l'avènement de contre-publics subalternes, ou “d'arènes discursives parallèles dans lesquels les membres des groupes sociaux subordonnés inventent et font circuler des contre-discours, leur permettant de formuler des interprétations oppositionnelles de leurs identités, intérêts et besoins.” (Fraser, 1989: 67). Selon Fraser, “dans les sociétés stratifiées, les contre-publics subalternes ont un caractère dual. D'une part, ils fonctionnent comme des espaces de retrait et d'isolement ; d'autre part, ils fonctionnent comme terrains de formation pour des activités d'agitation destinées à des publics plus larges.” Le pouvoir émancipateur du contre-public subaltern(aut)e réside dans cette délicate dialectique (Fraser, 1989 : 68).

Dans le groupe de travail sur les Perspectives de genre, il y a eu de nombreux appels en faveur d'une politique de séparatisme, réaffirmant le besoin d'un retrait et d'un regroupement. Internet peut certes être utilisé effacement à cette fin. Il s'est avéré plus difficile de voir dans les contre-publics subaltern(aut)e des terrains de formation pour la production de normes du discours public qui soient à la fois alternatives et efficaces, autrement dit de véritables contre-discours. Ces difficultés ont été particulièrement mises en évidence quand nous avons tenté d'élaborer une pratique de politique publique féministe. Comment s'engager dans une pratique qui aurait la légitimité nécessaire pour être entendue, mais qui resterait agitationnelle ? Comment éviter de se retrouver sur la énième liste de recommandations formulées en matière d'accès, de genre et de politiques de télécommunications, qui restera sans suite ? Comment substituer, dans l'ordre du jour du discours public, à la langue de bois des entreprises et des partis politiques, des droits à la citoyenneté qui soient significatifs, tant pour les femmes que les hommes ?

Pour participer à un espace public, quel qu'il soit, les femmes doivent se faire voir et se faire entendre, privilèges dont elles ne bénéficient que rarement et difficilement dans certains contextes. Peut-être qu'en rejetant le modèle mis en marché de l'espace public unique et libéral et en adoptant une diversité d'espaces contre-publics subalternes, les femmes arriveront-elles à produire des zones publiques autonomes destinées à des pratiques démocratiques, y compris des pratiques proprement féministes. Internet n'est que l'un des outils qui participent à ce processus ; il ne remplace ni les luttes ni les zones publiques créées par et pour d'autres types de médias. Le groupe de travail sur les Perspectives de genre a démontré, sans l'ombre d'un doute, que les luttes pour les politiques publiques n'étaient pas “périmées” depuis le passage de la réglementation de l'État à celle du marché ; peut-être sont-elles aujourd'hui plus importantes que jamais. Les pratiques visant la formation d'activités féministes agitationnelles destinées à des publics plus larges sont au coeur même du droit à communiquer, qui est aussi celui des femmes.

SOMMAIRE 4. En-gendrement de possibilités

En réalité, je crois que mes réflexions ont porté sur deux hybrides plutôt qu'un : la conférence virtuelle et le cyberféminisme, “qui fonctionnent tous deux comme des formes lexicales condensées chimériques rafistolées ensemble sans le bénéfice du trait d'union dans l'hyperespace du Nouvel Ordre mondial, Inc. ... communiquant la qualité transgénique et amalgamée de leurs domaines respectifs dans une sorte d'onomatopée visuelle” (Haraway, 1997: 3) [4]. Ce que cette hybridité met en lumière, c'est que les pratiques de classification binaire doivent peut-être être remplacées par une exploration des ouvertures dialectiques, des possibilités hybrides, dans la quête d'un droit à communiquer qui entend réécrire nos pratiques de pouvoir, orientées en terme de genre ou autrement. Les technologies de l'information et des médias jouent un rôle de premier plan dans ce processus puisque, comme le pose Arturo Escobar : “ toute technologie représente une invention culturelle, dans le sens où il produit un monde nouveau; il émerge de conditions culturelles particulières et contribue à son tour à en créer de nouvelles” (Escobar, 1994: 211). Le travail de création de nouvelles conditions culturelles est à la base d'un droit à communiquer significatif pour les femmes, à la base de la possibilité d'en-gendrer de nouvelles possibilités. (Escobar, 1994: 211).

SOMMAIRE Notes

[1] N.D.T.: Nous avons tout d'abord exploré le recours à un ancien terme français : “gendrer” pour traduire “gendered”, puis nos recherches dans les textes et traductions en langue française nous ont conduit à retenir le terme “sexué”. Nous nous sommes référées en particuler au mémoire de maîtrise de Martine Gingras intitulé "Le cyborg, sa langue, sa loi, son territoire : promenade ethnographique dans les environnements textuels multi-utilisateurs" déposé au Département des communications de l'Université du Québec à Montréal (UQAM) qui a constitué une ressource précieuse à cet égard.

[2] N.D.T.: En anglais, le rapport est plus explicite : “dialectical openings which engender, and were engendered, within our group”.

[3] N.D.T.: Ici encore nous avons réfléchi longuement pour savoir si nous devions retenir le terme “physique” ou “in-carnée” dont le sous-texte sémantique (religieux) ne correspond pas tout à fait à celui-qui prévaut pour embodied. Comme dans le cas de “gendered”, nous avons suivi la tendance et utilisé “in-carnation” en recourant toutefois au trait d'union, afin d'éviter de produire un contre-sens à la première lecture.

[4] N.D.T.: Traduction libre. Citation originale en anglais : [In a sense, my musings have really been about two hybrids, the virtual conference and cyberfeminism, both of which function as] "chimerical, condensed word forms that are cobbled together without-benefit-of-hyphen in the hyperspace of the New World Order, Inc., ... communicat[ing] the promiscuously fused and transgenic quality of its domains by a kind of visual onomatopoeia" (Haraway, 1997, p. 3).

SOMMAIRE Références

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