COMMposite
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COMMposite... un nouvel espace de publication électronique


Cette deuxième "version" de COMMposite poursuit son mandat de revue francophone destinée à de jeunes chercheurs et chercheures que le domaine de la communication intéresse. Responsable d'une publication exclusivement électronique, le comité éditorial souhaite prendre part aux débats sur les enjeux de cette nouvelle forme d'échange de la connaissance scientifique. Certes, le phénomène prend de l'ampleur; le nombre de revues disponibles sur le World Wide Web dépassait plus de trois mille titres en janvier 1997, en comparaison d'une centaine en 1991 (Chartron, 1997). Cependant, si certains accordent à ces revues électroniques un rôle important dans l'avenir, les réserves à leur égard demeurent importantes.


À ce titre, les Journées SFSIC-ENSSIB tenues les 19-20 novembre 1997 à Villeurbanne (France) ont initié une réflexion que nous aimerions poursuivre dans le cadre de cet éditorial. Sous le thème « Une nouvelle donne pour les revues scientifiques? », ces journées d'échanges ont permis de soulever et de discuter des enjeux qui préoccupent la communauté des chercheurs. « Les pratiques d'échange électronique fournissent (...) de nouvelles opportunités sans qu'aujourd'hui les uns et les autres soient assurés de leur viabilité en termes de production, de visibilité et de légitimité scientifiques, d'usages ou d'équilibre financier » (Journées SFSIC-ENSSIB, 1997). Pour aborder la question, nous retenons quelques faits saillants présentés lors de ces journées, notamment des extraits des présentations de S. Harnad (Université de Southampton, Royaume-Uni) ainsi que d'Alberto Cambrosio (Université McGill, Montréal, Canada) et Daniel Jacobi (Université de Bourgogne, France).


Comme le signale Harnad, une des principales réticences vis-à-vis de la publication électronique demeure le prestige des revues papier sur lesquelles s'établit l'évaluation de la recherche universitaire. En corollaire, il faut considérer la reconnaissance moindre de la communauté à l'égard des travaux publiés sur support électronique. S'ajoutent aussi les dangers du plagiat des données ainsi que de la perte du contenu si la revue électronique vient à disparaître. Pourtant, selon Harnad, le travail du scientifique est « construit sur le travail des autres », ce qui l'amène à voir dans le support électronique un meilleur accès à l'information à coûts moindres voire nuls. Cependant, la crédibilité de la forme électronique vis-à-vis du support papier ne pourrait être renforcée sans une modification des politiques des gouvernements et des organismes scientifiques (entre autres, l'extension du financement de la recherche aux frais de publication électronique et la considération explicite des publications électroniques dans l'évaluation de la recherche universitaire).


Pour leur part, Cambrosio et Jacobi adoptent une position originale sur la question, pour éviter les débats classiques entre « déterminisme technologique (selon lequel la venue de nouvelles technologies suffirait à bouleverser les pratiques sociales) et déterminisme sociologique (d'après lequel les structures sociales préexistantes façonneraient le type et le degré d'utilisation des nouvelles technologies) ». Il faut plutôt envisager qu'un article scientifique peut prendre « différentes incarnations (manuscrit, pre-print, article publié) ». Il ne s'agit plus alors de comparer deux seuls modes de diffusion. La revue électronique devient ainsi un élément d'un continuum d'échanges; les deux pôles de ce continuum étant, d'un coté, les messages électroniques informels et de l'autre, les publications disponibles dans des bibliothèques, évaluées par les pairs. En ce sens, la revue électronique peut jouer un rôle de coordination entre les chercheurs dans un secteur donné, en permettant l'accès plus rapide à différentes informations. Le champ des possibilités s'élargit et ce, en fonction des pratiques de chaque secteur de recherche. En médecine, par exemple le « On Line Journal of Current Clinical Trials » est maintenant indexé « dans la puissante banque de références bibliographiques médicales », Medline. (Cambrosio et Jacobi 1997)


Que nous suggèrent ces quelques éléments de réflexion sur la place d'une revue électronique comme COMMposite qui, de surcroît, innove par son mode de coordination (c'est-à-dire géré par des étudiants-jeunes chercheurs) ? Certes, la question de la crédibilité demeure une source d'interrogations pour les auteurs potentiels mais peut l'être aussi pour les lecteurs. C'est probablement au fil des publications, par le maintien de la qualité des articles et par la réaction des lecteurs, que cette question trouvera en partie réponse. La présence d'un comité éditorial et d'un comité de lecture confirme la volonté de COMMposite de faire siennes les pratiques de l'évaluation par les pairs dans le champ universitaire. À celà s'ajoute une critique implicite du mode de fonctionnement de la publication scientifique; COMMposite n'est pas seulement une revue d'étudiants consacrée à la recherche, mais une revue de recherche conçue et réalisée par des étudiants.


Force est de reconnaître qu'une telle revue n'aurait pu naître sous une forme « papier », si l'on considère les contraintes économiques liées à ce type d'entreprise. Basée sur le volontariat, comme bon nombre de publications électroniques de centres de recherches universitaires, hébergée gracieusement par l'UQAM et dénuée de toute publicité, une revue comme COMMposite demeure en marge des problèmes de logique marchande de diffusion.


La question de la légitimité vis-à-vis d'autres types de diffusion de la connaissance scientifique ne doit cependant pas occulter l'originalité de l'expérience de la publication électronique. Les jeunes chercheurs peuvent profiter d'un support dont personne ne comprend encore vraiment ni les modalités de diffusion ni celles de réception. L'absence de modèles et de traditions dans ce secteur procède de ce pari. En ce sens, COMMposite devient une voie possible « en construction » comme nouvel espace de coordination et d'évaluation entre pairs, à la fois intégré, et en marge de, l'enceinte universitaire.


Cette version 98.1 de COMMposite aborde différents niveaux de questionnement, tant du point de vue théorique qu'empirique. Dans le cadre de la sociologie des usages des technologies, Florence Millerand privilégie les dimensions théoriques. Ce premier article, d'une série de deux, fait le point sur les approches de la diffusion et de l'innovation. Elle considère successivement leur contexte intellectuel d'origine, leurs postulats et le paradigme dans lequel chacune s'inscrit avec un modèle de l'usager conséquent. L'approche de l'appropriation fera l'objet d'un second article à paraître dans notre prochain numéro.


De son côté, Geneviève Vidal relève un parallélisme dans la prise en compte du sujet-acteur dans les études des usages des produits multimédias d'une part, et en muséologie d'autre part; et ce, au moment où les musées cherchent à élargir leurs publics et à marchandiser leurs richesses patrimoniales, par le biais de la numérisation.


Pour leur part, Éric George et Maryse Rivard présentent une réflexion sur l'accès à l'information comme facteur de progrès de la démocratie. À la lumière de l'expérience de la première « ville numérique » française, Parthenay, ils s'interrogent sur les enseignements possibles du point de vue des contenus et des usages sociaux des technologies de l'information et de la communication. En ce sens, ils posent la question de la généralisation à d'autres sites, compte tenu de la spécificité de ce projet expérimental.


Quant à Franck Rebillard, il développe l'idée que la convergence des technologies est un construit social mis en place par les différents protagonistes - pouvoirs publics, industriels, concepteurs, littérateurs, utilisateurs. À partir du cas d'Infonie (un service en ligne commercial), l'auteur compare les visions de la technologie tant du point de vue des actions entreprises par les promoteurs que des écrits journalistiques. Cependant, il constate que même dans la presse, les lignes de pensée divergent, entre autres sur la capacité d'anticipation des mutations technologiques et sur une argumentation d'ordre économique dans un contexte qui oscille entre interventionnisme et libéralisme.


Enfin, Guillaume Latzko-Toth s'interroge sur le phénomène médiatique de la diffusion des sciences à partir d'un cas spécifique, la « crise de la vache folle » survenue en Europe au printemps 1996. Par une analyse des articles et des communiqués scientifiques à l'origine de la crise, il considère que la problématique de la transmission de cette maladie bovine à l'humain doit être considérée surtout du point de vue culturel et communicationnel.


En terminant, soulignons l'ajout (imminent!) de « boites de commentaires » à la fin du présent éditorial et de chacun des articles. Ce « nouvel espace d'échanges » entre nos lecteurs, nos auteurs et l'équipe de COMMposite a pour objectif d'élargir la dimension interactive de la revue, de recueillir et éventuellement de publier les réactions de nos lecteurs. Vous êtes donc invités, suite à votre lecture, à inaugurer ce nouvel espace interactif en nous faisant part de vos réflexions sur le rôle des publications électroniques ainsi que sur les thèmes abordés dans ce numéro.


Le comité éditorial

HAUT Références


Cambrosio, A, et Jacobi, D., novembre 1997, L'écriture dite électronique est-elle susceptible de modifier la production des écrits scientifiques primaires? [En ligne]: http:// www.enssib.fr/eco-doc/com.jacobi.html

Chartron, G., novembre 1997, Nouveaux modèles pour la communication scientifique, [En ligne]: http://www.enssib.fr/eco-doc/chartron.html

Harnad, S., novembre 1997, Comment accélérer l'inéluctable évolution des revues érudites vers la solution optimale pour les étudiants et les chercheurs? [En ligne]: http://www.enssib.fr/eco-doc/harnadinteg.html

Journées SFSIC-ENSSIB Villeurbanne, 19-20 novembre 1997, Une nouvelle donne pour les revues scientifiques? Problématique, [En ligne] http://www.enssib.fr/eco-doc/problematique.html

Pélachaud, G., novembre 1997, Quelques réflexions en forme de perspectives, [En ligne]: http://www.enssib.fr/eco-doc/Pelachaud_int.html




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