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1. INTRODUCTION
Le contexte actuel est marqué par la profusion des "nouvelles
technologies de
communication", qui font l'objet de nombreux discours, tantôt
apologétiques,
tantôt apocalyptiques, que le phénomène de l'Internet a
contribué à amplifier de façon considérable.
L'introduction de
ces nouvelles technologies dans les foyers a commencé il y a
déjà
quelques années, notamment avec l'introduction du magnétoscope et
les
premières expérimentations de réseaux
télématiques
dans les années 80. À l'heure actuelle, ces « objets
techniques » sont beaucoup plus nombreux et plus complexes. Un inventaire
réaliste des objets
généralement présents dans la plupart des domiciles
pourrait
être le suivant : téléviseur, magnétoscope, console
de jeux
vidéo, chaîne hi-fi, téléphone,
télécopieur,
répondeur ou autre boîte vocale, télévision
interactive (au
Québec) ou Minitel (en France), micro-ordinateur, etc. Un grand nombre de
ces
objets pourrait être écrit au pluriel, vu le
phénomène du multi-équipement: le nombre de téléviseurs ou de
téléphones notamment, est en évolution constante.
Depuis quelques années, le tendance est aux "machines
intelligentes"; on
s'efforce de rendre plus "intelligentes" aussi bien la
télévision que la machine
à laver, par exemple en les parant de microprocesseurs, de
systèmes de
recherche automatique ou de programmateurs. Il reste que les technologies que
nous
appelons « interactives » (1) se
différencient des autres appareils domestiques par la complexité
de leurs
modes opératoires, et par l'étendue de la gamme d'usage qu'ils
permettent.
À la différence du réfrigérateur ou du four à
micro-ondes par exemple, la télévision peut servir de gardienne d'enfants, de
compagnon
de jeux, de bruit de fond assumant l'illusion d'une présence ou de
terminal
d'accès à de l'information - si elle est, en plus, interactive.
Elle peut offrir des sujets de conversation au bureau, permettre aux différents membres
d'un
foyer de " se retrouver ", devenir un enjeux de pouvoir entre les
parents et les enfants, etc. Elle peut divertir, informer, enseigner, et
éduquer.
Le propos contenu dans ce texte concerne de très près les
« nouvelles technologies », les « outils de
communication », les
« machines à
communiquer » (2) ou
encore les
« technologies interactives », qui se présentent à
nous
sous la forme d'objets
techniques, et qui peuplent nos domiciles. Dans ce texte, nous nous
intéressons
plus spécifiquement aux aspects sociaux de ces technologies interactives
de
communication, dans un contexte où la médiation technique occupe
une
place cruciale dans les activités quotidiennes, qu'elles soient de
communication ou
non. À travers un questionnement centré sur l'usage de ces
technologies -
qui, souvent, semble être considéré comme allant de soi - nous
étudierons la question de l'appropriation sociale de celles-ci et
interrogerons le rapport
des individus aux objets techniques - ainsi qu'à leur contenu - à
la
lumière de différentes approches théoriques et
méthodologiques.
Quelques décennies de recherche sur les médias et les technologies
permettent de donner suffisamment de visibilité aux travaux sur la question
des usages. Nous présentons ici les trois courants de recherche que nous
regroupons sous le vocable de "sociologie des usages" (3) , à savoir les
approches de la diffusion, de l'innovation et de l'appropriation.
L'objectif de ce travail consiste moins à défendre une thèse particulière
qu'à faire état des différentes théories et méthodologies utilisées dans
les recherches du domaine. Pour ce faire, nous nous basons sur le travail
de Pierre Chambat publié en 1994 dans un article intitulé « Usages des TIC
: évolution des problématiques », article que nous utiliserons ici comme
canevas pour notre synthèse. L'analyse de Pierre Chambat est, à notre connaissance, la seule à présenter de façon aussi étayée les différentes
approches dans le domaine de la sociologie des usages
(4). Il est intéressant dans la mesure où il met en perspective celles-ci en les faisant dialoguer sur la base de trois « problèmes » qu'il pose comme des questions nodales, à savoir la technique, les objets et le quotidien. Nous reprendrons ici ces distinctions. En ce qui concerne la présentation des approches, nous avons choisi de présenter rapidement celles de la diffusion et de l'innovation, pour insister davantage sur celle de l'appropriation. Cette dernière semble être en effet la moins bien documentée bien qu'elle regroupe une grande quantité d'études et de travaux de recherche.
Nous discuterons dans un premier temps de la place du
« technique »
et du « social » et nous traiterons ensuite de la « mise en objet » de la
technique sous la forme d'objets matériels ou « dispositifs techniques ».
Les
approches théoriques et les options méthodologiques utilisées dans les
recherches
sur les usages des médias et des technologies seront présentées par la suite;
les
divers clivages théoriques et méthodologiques existant entre ces approches y
seront explicités. Pour chacune des trois approches (approche de la diffusion, de
l'innovation et de l'appropriation), nous tâcherons de préciser le contexte
intellectuel
qui les a fait émerger, les postulats sur lesquels elles sont basées et le
paradigme
dans lequel elles s'inscrivent. Dans la mesure du possible, nous nous efforcerons de
dégager les positions théoriques et méthodologiques de chacunes des
approches, ainsi que les principales questions de recherche abordées. Nous
dégageons le ou les modèle(s) de l'usager à l'oeuvre ainsi que les
différentes acceptations des notions d'usage et d'appropriation.
1.1. Sur la notion d'usage
Avant de poursuivre plus avant, la notion d'usage doit être
précisée. Cette notion connaît de nombreuses acceptions
différentes,
qui sous-tendent des conceptions tout aussi différentes de la
« technique » et du
« social ». Une lecture rapide de la littérature du domaine suffit
se
rendre compte de la confusion entre les termes ; le terme usage est utilisé pour celui
d'emploi,
d'utilisation, de pratique, ou encore
d'appropriation. L'ambiguïté qui entoure la notion d'usage tient
également au
fait, comme le souligne Chambat, qu'elle est utilisée à la fois
pour
« repérer, décrire, et analyser des comportements et des
représentations relatifs à un ensemble flou : les NTIC (...) »
(1994, p.250).
Jouët fait une première distinction entre les notions d'usage et de
pratique : « l'usage
est [...] plus restrictif et renvoie à la simple utilisation tandis que
la pratique est une
notion plus élaborée qui recouvre non seulement l'emploi des
techniques
(l'usage) mais les comportements, les attitudes et les représentations
des individus
qui se rapportent directement ou indirectement à l'outil »
(1993b, p.371).
Toutefois, dans la plupart des recherches, cette distinction n'est pas reprise et usages et
pratiques
se confondent. En revanche, l'expression « usages sociaux »
semble
s'imposée. Lacroix propose une définition intéressante :
« les usages sociaux sont des modes d'utilisation se manifestant avec
suffisamment
de
récurrence et sous la
forme d'habitudes suffisamment intégrées dans la
quotidienneté pour
s'insérer et s'imposer dans l'éventail des pratiques culturelles
préexistantes, se reproduire et éventuellement résister en
tant que
pratiques spécifiques à d'autres pratiques concurrentes ou
connexes »
(1994, p.147).
Pour conclure et de notre point de vue, nous retenons ici les considérations
suivantes : l'usage renvoie à l'utilisation
d'un
média ou d'une technologie, repérable et analysable à
travers des
pratiques et des représentations spécifiques ; l'usage devient
« social »
dès qu'il est possible d'en saisir - parce qu'il est stabilisé -
les conditions
sociales d'émergence et, en retour d'établir les modalités
selon
lesquelles il participe de la définition des identités sociales
des sujets.
2. De la technique au
social
2.1. Penser la
technique
Le statut de la technique est particulier selon les approches théoriques
mobilisées dans les diverses recherches sur les usages des technologies.
Au risque
d'un réduction abusive, et même si les conceptions ne sont pas
aussi
prononcées, nous posons le problème de la technique sur un
continuum
allant du déterminisme technologique à son symétrique, le
déterminisme social en passant par les positions plus nuancées qui
caractérisent la majorité des chercheurs en sociologie des usages.
La tendance au déterminisme technologique est forte et de nombreuses
recherches,
qui pourtant cherchent à s'en écarter, montrent certains
glissements,
syntaxiques notamment. Les expressions "impacts des TIC" ou "effets des TIC"
(très présentes dans la littérature journalistique, mais
également dans les écrits scientifiques) révèlent
une forme de
déterminisme technologique qui analyse les rapports entre la technique et
la
société en termes d'impacts de la première sur la
deuxième,
postulant de fait une autonomie propre de la technique. Les positions les plus
radicales
affirment le caractère prescriptif de la technique - perçue en
terme d'offre
technique - sur les usages et les pratiques - perçus en terme de demande.
Le
déterminisme technologique repose sur un schéma de
causalité
linéaire depuis la technique jusqu'au social, similaire à celui
qui fait
découler le demande de l'offre. Les recherches qui s'inscrivent dans ce
courant partent
du principe selon lequel « le repérage des caractéristiques
propres d'un
média dominant permet d'aborder ensuite ses conséquences sur la
culture et
le fonctionnement de la société » (Chambat, 1994, p.251).
Alors que les tenants du déterminisme technologique se font de plus en
plus rares ou
présentent des positions plus nuancées, les discours
médiatiques - et
politiques - dominants restent très fortement marqués par cette
tendance, révélant ainsi la prégnance des mythes technologiques ancrés dans l'imaginaire
social.
Dans le cas des technologies d'information et de communication, la fascination envers la
technique
est d'autant plus grande que les discours s'articulent autour d'une figure de l'usager promu
au
rang d'un sujet plus libre et plus actif.
Les recherches de McLuhan, notamment sa prophétie du village global et sa
théorie de la communication dont on a essentiellement retenu que « le
médium est le message », ont contribué au
développement
de nouvelles problématiques reliées aux effets et à l'impact
des médias sur la société. Les discours actuels sur les autoroutes de
líinformation
permettant de relier les foyers reprennent d'ailleurs la métaphore du village global,
elle-même
renforcée par les discours institutionnels qui consacrent la
« société de
l'information » (5) ,
autrement dit
l'idée selon laquelle les technologies de communication sont à
l'origine d'un
changement de la nature de la société (passage de la
société
industrielle à la société de l'information).
De la même facon, certains chercheurs, tel Pierre Lévy, qui s'attachent à
l'examen
des
potentialités offertes par les nouvelles techniques, notamment sur le plan cognitif,
peuvent témoigner d'une certaine forme de déterminisme technologique dans
la mesure où la technique est abordée du point de vue de ses incidences sur
les structures mentales et les modes de pensée (Jouët, 1992, p.374), et
considérée
comme la source d'une véritable mutation anthropologique.
Il semble que ces recherches visent davantage à alimenter les réflexions sur
la
dimension technique des médias et des technologies en tant que telle, plutôt
qu'à
rendre compte des usages effectifs (Chambat,
1994,
p.249).
2.2. De l'objet au sujet
Scardigli retrace sur un axe chronologique les grandes étapes du regard
porté
sur la technique en distinguant différents modèles explicatifs.
Les
années 70 - pendant lesquelles la priorité était la
croissance
économique - ont été marquées par « la
technicisation
progressive de tous les domaines de l'activité industrielle et
sociale » (1994,
p.309). Les recherches menées à cette période
relèvent, selon
Scardigli, d'une « techno-logique du changement social ». Les
deux
modèles
explicatifs dominants de l'époque sont les modèles techniciste (ou
volontariste) et évolutionniste qui postulent que les techniques
nouvelles transforment
inéluctablement la société dans le sens prévu par
leurs
concepteurs » (ibid., p.299).
Les recherches effectuées dans les années 80-90 vont remettre en
cause ce
consensus. Les chercheurs vont s'attacher à l'étude « du sens
que chaque
micro-acteur social entend donner à sa vie » et les comportements de
refus, de
détournements ou de contournements d'usages imposés vont
être
questionnés. Scardigli parle d'une « socio-logique du changement
social » pour
caractériser cette tendance en matière de recherche. Il
évoque
également Touraine et la « redécouverte du
sujet »
(6) pour comprendre ce passage « du produit -
bien
ou
services
qui intègre la nouvelle technologie - à la personne, à la
fois
consommateur, travailleur, habitant d'une cité » (ibid., p.310).
Les recherches sont donc progressivement passées d'un questionnement
centré sur les techniques à celui sur les usages. Le
déterminisme
technologique pur semble avoir été abandonné et les
positions
actuelles sont beaucoup plus nuancées; certaines peuvent témoigner
d'une
forme relativisée de déterminisme technologique. Dans la mesure
où
il les présuppose, le schéma linéaire à la base de
ce courant ne
permet pas de rendre compte des usages effectifs. Cependant, faire fi des
contraintes
techniques renvoie à la position symétrique tout aussi
réductrice du
déterminisme social.
2.3. De la quotidienneté
Actuellement, les pratiques médiatiques et les usages des outils de
communication
sont indissociables des activités quotidiennes; elles font partie
intégrante de
"la vie ordinaire" : « les pratiques de communication, à la
différence des
pratiques de loisirs souvent perçues comme résiduelles ou
compensatrices par
rapport au travail aliénant, apparaissent centrales, car les TIC se
diffusent dans
l'ensemble des activités quotidiennes. » (Chambat, 1994, p.260).
Depuis
l'écoute
matinale de la radio ou de la télévision, la lecture de la presse,
(ou maintenant
la consultation du courrier électronique), à l'usage du
téléphone, jusqu'au programme télévisé de la
soirée, la journée est remplie de ces pratiques
communicationnelles.
Les études quantitatives effectuées en sociologie des loisirs sur
les pratiques
culturelles montrent très bien la tendance à l'augmentation du
temps
passé à l'utilisation de ces machines à communiquer : le
téléphone est une pratique quotidienne (accentuée avec
l'utilisation du
téléphone mobile), la télévision scande le rythme
journalier ou
hebdomadaire, et l'usage du micro-ordinateur est croissant, notamment avec
l'arrivée
dans les foyers des ordinateurs multimédias et le phénomène
Internet. Les pratiques associées aux technologies de communication
viennent
renforcer la sphère domestique comme centre de loisirs et d'information
(Jouët, 1993a).
En effet, les possibilités d'obtention d'information à partir du
foyer, de
réalisation d'opérations de gestion bancaire, d'achat, etc.,
« confortent le
rôle croissant pris par le domicile dans l'évolution des modes de
vie » (ibid.,
p.112).
Défini sociologiquement comme « un système
organisé de
pratiques »
selon Chambat (1994, p.253), le statut de la vie quotidienne oscille entre
un
déterminisme social qui lui accorde un pouvoir de résistance face
aux
pressions de l'offre économique, et un
déterminisme
économique qui lui refuse toute autonomie en le faisant découler
directement
des conditions de production ou encore en l'ignorant (Rogers, 83). En
réalité,
les positions sont moins caricaturales. La sociologie des usages a mis en
évidence le
rôle primordial du quotidien comme véritable
« terreau »
de
formation des
usages (Mallein et Toussaint, 1994).
L'ensemble des recherches s'accorde donc pour dire que le quotidien joue un
rôle
considérable dans la formation des usages et donc dans l'appropriation
des
technologies, et cela, qu'il soit appréhendé dans des termes
reliés au
contexte spatial du domicile - avec la notion de « sphère
domestique » - ou temporel -
la « vie quotidienne » - ou encore dans le terme globalisant du
« social ». Parler de « ré-
invention » ou de « ré-appropriation » des
technologies par
les usagers (Rogers, 83),
ou encore d'« hybridation » et de « filières
d'usage »
entre différentes objets
(Chambat, 1994) interdit de considérer leur diffusion comme une source de
changement
radical : « la diffusion des TIC n'opère pas dans le vide social;
elle ne procède
pas davantage par novations ou substitutions radicales. Elle interfère
avec des
pratiques existantes, qu'elle prend en charge et réaménage »
(ibid.,
p.253).
Selon les différentes approches de la sociologie des usages, le quotidien
ou le
contexte de la vie quotidienne domestique ou résidentielle dans lequel
viennent se
diffuser, s'approprier, ou se constituer des innovations technologiques est
perçu et
pris en considération de façon différente. En effet, en
fonction des
modèles d'analyse, la vie quotidienne est considérée
essentiellement
en termes de niveau de vie (la variable socio-démographique importante
est celle du
revenu), de modes de vie ou de styles de vie (les histoires personnelles des
sujets ainsi que
leurs conditions de vie en termes de revenu sont intégrées dans
l'analyse).
Cette réflexion sur le quotidien incite à re-situer l'étude
des usages
dans une réflexion plus large sur l'évolution des modes et styles
de vie en
termes sociaux, économiques voire politiques. Chambat incite à
faire le pas
entre les « comportements micro-sociaux et les tendances macro-
sociales » (ibid., p.253).
Proulx (1996) plaide pour situer l'étude de la réception
médiatique
dans l'ensemble des conditions sociales, économiques et politiques de
production des
contenus médiatiques et invite à introduire dans l'analyse le
contexte de la
mondialisation des médias. L'étude du quotidien implique en effet
d'étendre l'analyse à la prise en considération des
tendances sociales
profondes et des bouleversements plus larges de la société globale
qui
contribuent à l'évolution des modes de vie.
3. La « mise en objet » de la
technique
Discuter des usages des technologies de communication dans les termes abstraits
de la
« technique » et du « social » ne doit
pas
faire oublier que ces
technologies se présentent
aux yeux de ceux qui les utilisent avant tout sous la forme d'objets. Le rapport
qu'entretiennent les usagers avec leurs téléviseurs,
téléphones,
ou micro-ordinateurs est d'abord un rapport concret et physique. Ainsi, comme
l'a
précisé Chambat, « on ne saurait raisonner abstraitement
à partir de
schémas techniques envisagés indépendamment de leur
objectivation
sous forme d'objets relevant de la culture matérielle » (1994,
p.252).
Ces objets qui prennent la forme de boîtiers électroniques, de
terminaux
informatiques, d'appareils téléphoniques ou de
téléviseurs,
constituent les interfaces entre la technique - audiovisuelle, informatique,
télématique - et les usagers. Le choix de telle ou telle interface
pose la
question de la « mise en objet » de la technique, directement
liée à
l'acculturation technique (Chambat, 1992, p.104). Cette idée suggère
l'existence
de différents types de rapports aux objets, en fonction de leurs
caractéristiques d'une part, et, d'autre part, selon les
différentes significations
auxquelles ils renvoient chez les usagers.
3.1. L'objet « outil », l'objet
« signe
social », et le
« dispositif »
On retrouve d'ailleurs dans les recherches qui traitent des usages sociaux des
technologies,
différentes façons de définir les objets techniques, qui
varient selon les
problématiques. Trois modes d'appréhension des objets qui sous-tendent
trois conceptions différentes de la notion d'usage peuvent être
distingués. Les objets envisagés comme
« outils »
conduisent à une
conception de l'usage comme une utilisation plus ou moins fonctionnelle et
performante. Les
recherches qui les envisagent comme des « signes sociaux »
définissent l'usage
comme l'expression plus ou moins distinctive du statut social. Enfin, la
substitution de la
notion d'objet par celle de « dispositif » témoigne d'une
conception de l'usage comme
l'assujettissement plus ou moins accentué à des normes sociales
(Chambat,
1994, p.252). Par ailleurs, différentes recherches ont mis en
évidence le
parallèle entre les notions de « filière d'objets » et
de
« filière d'usage »
(Pronovost, 1994 ; Chambat, 1994) et ont montré que les usages que l'on
pourrait qualifier
de « banalisés » véhiculent un certain rapport
à
l'objet. Pronovost
notamment, questionne la possibilité d'intégrer des usages de
nature
instrumentale à une technologie apparemment dévouée au
divertissement, la télévision.
Les technologies interactives viennent complexifier cette problématique
dans la
mesure où elles apportent avec elles des modes opératoires
spécifiques, qui impliquent non seulement une présence continue de
l'usager
pour fonctionner, mais également sa participation active. L'ordinateur ne
fonctionne
qu'en réponse à une action de l'usager, et s'inscrit ainsi en
rupture avec le
modèle de la réception dans lequel on regroupe les "anciens"
médias.
Ces objets interactifs peuvent devenir des partenaires au quotidien, de
véritables
prothèses, qui accompagnent l'usager dans sa vie de tous les jours. Les
téléphones et ordinateurs portatifs en constituent de bons
exemples. D'autre
part, à la différence des appareils ordinaires présents au
foyer, ces
technologies offrent une gamme diversifiée d'usages, tour à tour
compagnon
de jeux, gardien d'enfants, objet de décoration, etc. Leur utilisation
peut viser l'illusion
d'une présence ou bien la permettre, notamment en offrant la
possibilité de
communiquer avec d'autres personnes situées à l'extérieur
du foyer.
3.2. Des objets aux contenus
Réfléchir sur les technologies de communication en tant qu'objets
techniques
pose également le problème de leur nature, directement liée
à
leur contenu. La tendance actuelle est marquée par une évolution
vers des
sortes de « terminaux branchés sur des réseaux et qui
délivrent des
services » (Chambat, 1994, p.253). C'est le cas de la dernière des
technologies
arrivée dans les foyers, l'Internet ; les systèmes de
télévision
interactive ou de terminaux télématiques comme le Minitel en
France
constituaient les premiers exemples. Le développement des objets
technologiques
s'inscrit en effet dans le contexte plus large de la montée du secteur
des services.
Chambat pose la question d'une possible remise en cause des analyses
centrées sur
les objets, au bénéfice d'analyses centrées sur les
services, qui
aboutiraient à « disqualifier les approches en terme
d'équipement, de
consommation et de demande au profit de réflexions centrées sur
les
services, la commutation et le lien social » (ibid., p.253).
Cette prise en compte de la nature des technologies, à travers les
services qu'elles
délivrent, renouvelle le problème de la prescription des usages
dans la
mesure où on distingue l'offre technique (les objets) de l'offre de
services (les
contenus) ; et également dans le mesure où les services deviennent
plus
importants que l'équipement lui-même (ibid., p.260). L'exemple de
l'ordinateur
branché sur l'Internet est particulièrement intéressant, et
montre bien
comment un même objet peut servir une visée instrumentale (à
travers
la gestion de la comptabilité personnelle), ludique (utilisation de jeux)
ou encore
sociale (utilisation du courrier électronique ou participation à
des groupes de
discussion ou des MOO (7) ).
4. L'évolution des approches théoriques
L'évolution des approches théoriques et des méthodologies
qui
traitent de la question des usages des médias et des technologies est
marquée
par un déplacement conceptuel similaire à celui que l'on retrouve
en
sociologie des médias de masse, à savoir le passage de l'analyse
des effets
à celle de la réception (Chambat, 1994, p.249). Ainsi, après
s'être
penché sur l'analyse de la diffusion des médias et des
technologies en termes d'« adoption » et
d'« acceptabilité » de la technologie
par les usagers, qui part de
l'antériorité de la technique et, selon un schéma
linéaire, en fait
découler les usages (8) , les
recherches se sont attachées à l'analyse des innovations
techniques comme
des construits sociaux (9) et à
l'étude de leur appropriation du point de vue des usagers, autrement dit
à
l'analyse de la formation des usages sociaux à travers leur mise en
oeuvre (10) . On observe ainsi un
déplacement de l'intérêt centré sur la technologie
vers les
usagers, qui s'accompagne d'un recours croissant aux méthodologies de
type
ethnographique ou microsociologique.
5. L'approche de la diffusion
5.1. Le paradigme diffusionniste
Les recherches qui relèvent de ce type d'approche s'attachent à
l'analyse de
l'adoption d'une innovation technologique au moment de sa diffusion, c'est-
à-dire
sans prêter attention à l'étape de la conception du produit
qu'elle
étudie. Les questions de recherche s'attachent d'une part à savoir
comment se
diffusent les innovations et qui en sont les adoptants, en élaborant des
modèles comportementaux, et, d'autre part, à mesurer l'impact de
leur
adoption à travers les changements opérés dans les
pratiques.
L'approche de la diffusion est née de la théorie de la diffusion
des innovations
de Everett M. Rogers (dont la première publication date de 1962), qui a
insufflé un certain nombre de recherches (11) . Les travaux de Rogers s'inscrivent dans une longue
tradition
anthropologique connue sous le nom de "diffusionnisme", dont le principal
instigateur est un
anthropologue, Kroeber (1923) (12) ,
qui
s'est intéressé à la pénétration des
innovations
techniques dans le tissu culturel. Bien qu'ayant fait l'objet de nombreuses
critiques et de
quelques aménagements, les recherches de Rogers ont contribué de
façon considérable à alimenter les connaissances sur la
façon
dont une innovation circule à travers les réseaux sociaux.
Dans le modèle diffusionniste, l'adoption est perçue comme un
processus
caractérisé par plusieurs phases, depuis la première
exposition de
l'usager à l'innovation, jusqu'à la confirmation ou le rejet de
l'adoption (13) . Selon Rogers, ce sont les
caractéristiques de l'innovation telles qu'elles sont perçues par
les individus,
qui déterminent son taux d'adoption. Cinq attributs caractérisent
une
innovation : son avantage relatif, sa compatibilité avec les valeurs du
groupe
d'appartenance, sa complexité, la possibilité de la tester, et sa
visibilité. Les usagers sont classés selon cinq profils types :
les innovateurs,
les premiers utilisateurs, la première majorité, la seconde
majorité et
les retardataires.
Rogers établit sa théorie sur un ensemble de typologies dans le
but de suivre
l'évolution du taux d'adoption (qui décrit une courbe en S),
considéré comme la variable descriptive essentielle de la
diffusion. Ainsi, ce
classement des adoptants en différentes catégories est
intégré
dans le processus de diffusion sur une échelle de temps : le profil des
adoptants
passerait d'un groupe restreint et marginal à un groupe plus large
d'adoptants, puis
à un bassin de plus en plus représentatif de la population en
général.
Les recherches (14) qui s'inscrivent
dans
ce paradigme présentent en général une finalité
prescriptive.
Sur le plan de la démarche méthodologique, ces travaux cherchent
à
faire état, dans un premier temps, des disparités en terme de
taux
d'équipement selon les groupes sociaux (qui possède quoi) puis
à
analyser les conditions et les disparités d'utilisation (qui fait quoi,
avec quelle
fréquence). On cherche ensuite à expliquer ces disparités
en les
corrélant avec les variables socio-démographiques classiques pour
définir les groupes sociaux : âge, sexe, profession, revenu,
habitat, taille de la famille,
etc. Des techniques statistiques sophistiquées sont mobilisées
pour permettre
de cerner la ou les variables explicatives des écarts constatés.
De la
même façon, les corrélations entre les taux
d'équipement et la
fréquence d'usage, ainsi que les pratiques de sociabilité, de loisirs, de
déplacement, etc., permettent d'obtenir des données sur les
éventuels
changements dans les pratiques (Chambat, 1994, p.254). Les techniques
employées
dans cette approche sont des méthodes sociologiques essentiellement
quantitatives et
se présentent sous la forme d'enquêtes avec utilisation de
questionnaires.
En plus d'avoir suscité de nombreuses recherches empiriques,
l'intérêt majeur du modèle diffusionniste est d'avoir permis
de
décrire tout le réseau social de circulation d'une innovation au
sein d'une
société (Flichy, 1995, p.30). De plus, les recherches qui se sont
penchées en particulier sur les facteurs déterminants dans la
décision
d'adoption ont permis de mettre en avant le rôle des contacts
interpersonnels dans la
décision, c'est-à-dire le réseau d'influence, qui est au coeur de la
théorie de
Rogers (15) .
Néanmoins, ce modèle de la diffusion a fait l'objet de nombreuses
critiques.
Parmi les plus courantes, on peut citer le caractère pro-innovateur de
cette
théorie, en particulier en ce qui concerne la typologie des adoptants en
« types-
idéaux » (Bardini, 1996, p.130). La présence de ce biais
empêche de tenir
compte des phénomènes d'abandon après l'adoption, pourtant
très importants dans l'analyse; l'usager peut décider en effet de
rejeter
l'innovation à n'importe quel moment, et pas seulement lors de la prise
de
décision.
La critique majeure faite au modèle diffusionniste concerne le statut de
la technique.
Selon Boullier (1989), Rogers a contribué à propager une conception
fausse de
la notion de diffusion, à savoir celle selon laquelle la diffusion d'une
innovation
interviendrait seulement lorsque l'innovation est achevée et prête
à
être adoptée. Cette « vision positiviste de la
technologie » révèle
une passivité chez les usagers, qui acceptent ou non l'innovation. Ce
n'est
qu'à la troisième édition de sa théorie que Rogers a
intégré la notion de « réinvention » pour
rendre
compte de la
façon dont les usagers modifient le dispositif qu'ils adoptent. Sur le
plan
méthodologique, il faut signaler que les données
récoltées
restent des déclarations de pratiques, et non des pratiques effectives
constatées. D'autre part, la taille des échantillons ne permet pas
toujours de
repérer les tendances émergentes.
En ce qui concerne la façon d'appréhender les usagers,
l'insuffisance des
variables socio-démographiques habituellement retenues pour
décrire les
innovateurs a été maintes fois soulignée
(16) . Par ailleurs, les contraintes liées au
caractère souvent extrêmement versatile des technologies
étudiées rendent difficiles toutes tentatives de discernement des
dimensions
communes des adoptants. La solution serait dans la mobilisation de
démarches
complémentaires, qui allieraient aux approches traditionnelles empiriques
de nature
quantitative, une dimension ethnographique dans le but d'examiner comment
s'opère
l'appropriation de nouveaux outils technologiques à l'intérieur
des
sphères domestique et sociale.
6. L'approche de l'innovation
Les recherches que nous regroupons sous le label de la sociologie de
l'innovation s'attachent
à l'étude des processus d'innovation technique, c'est-à-
dire au
moment particulier de la conception des innovations, qui implique des prises de
décision et des choix d'ordre technique, social, économique, et
politique.
Le courant dominant actuellement, car relativement novateur dans les
modèles qu'il
propose, est représenté par les sociologues (Callon,
Latour et Akrich pour les plus connus) du Centre de sociologie de l'innovation
(CSI) de
l'École des Mines de Paris, dont les recherches s'inscrivent dans
l'école de
la traduction. Pour la plupart, ces travaux s'appuient sur des études de
cas
d'innovations techniques qui n'ont pas réussi à s'implanter (17) .
Les travaux de Flichy (1994, 1995) s'inscrivent dans la même mouvance
même s'ils s'en distinguent en ce qui concerne notamment sa position sur
les
compétences des acteurs (concepteurs et usagers) inégales selon
lui. Flichy se
distingue également par son approche socio-historique et par
l'introduction dans
l'analyse des notions d'« imaginaire technique » et
d'« imaginaire
social », à l'oeuvre
dans le processus d'élaboration du dispositif technique.
Dans une autre perspective, Vedel et Vitalis (1994) ont
développé une socio-politique des usages qui plaide pour une
réintégration - au moment de la conception - de la figure du
citoyen dans le
modèle de l'usager. Leur analyse pose les questions de la
représentation
institutionnelle de l'usager dans le processus d'innovation technique et du
rôle des
institutions publiques dans les choix concernant l'offre technique. Cette
approche se
démarque par le fait qu'elle tente de lier la dimension macro-sociale
d'analyse de
l'offre technique avec la dimension micro-sociale de l'étude des usages
en pratique.
En ce sens, cette approche tente de faire le pont entre les démarches
centrées
exclusivement sur l'analyse des processus d'innovation et celles basées
exclusivement
sur l'analyse des usages en situation, et réussit, en fin de compte,
à dresser un
tableau intéressant des différentes « logiques »
qui
président à
la formation des usages. Nous reviendrons plus en détail sur la socio-politique des usages
de
Vedel et Vitalis dans la partie qui concerne l'approche de l'appropriation.
6.1. L'école de la traduction
Les principales questions de recherche auxquelles se proposent de
répondre les
recherches qui s'inscrivent dans ce paradigme consistent d'une part à
démontrer la dimension sociale de l'innovation technique, et, d'autre
part, à
identifier le jeux d'interactions des divers acteurs qui participent à
l'élaboration de l'innovation. Les tenants de ce courant parlent de
« système
socio-technique » (Akrich, 1993a, 1993b) ou de « cadre socio-
technique »
(Flichy, 1994, 1995).
Même si ceux-ci reconnaissent l'antériorité de l'offre sur
la demande et
une certaine autonomie de la technique dans les pratiques, les dispositifs
techniques sont
perçus comme étant des construits sociaux ; et « ni des
nécessités purement techniques, ni l'imposition de certaines
formes socio-
politiques ne peuvent expliquer la forme prise par les innovations »
(Akrich, 1993b, p.36).
Le courant développé au Centre de sociologie de l'innovation prend
ses
racines dans celui du socio-constructivisme, qui s'attache à l'analyse
des controverses
scientifiques et dont la figure de proue est le chercheur américain D.
Bloor (18) Les socio-constructivistes se sont
attachés à montrer en quoi la validité d'une proposition
scientifique ne
relevait pas seulement d'arguments techniques, mais résultait
également de
négociations et de débats au sein de la communauté
scientifique (19) . Par la suite, cette approche a
été étendue à l'étude des innovations
techniques,
notamment avec les travaux de T. Pinch et W.E. Bijker (20) . Les objets techniques y sont définis comme des
construits
résultant des interactions entre les différents acteurs ou groupes
sociaux.
Dans cette perspective, et à la manière des faits scientifiques,
« un processus
d'innovation technique se présente [...] comme une compétition
entre
différents projets et s'achève lorsque l'un deux s'impose sur les
autres »
(Vedel, 1994, p.21).
Le courant développé au CSI a essentiellement cherché
à
examiner « la nature des interactions sociales dont les technologies
faisaient l'objet » (ibid.,
p.21). L'examen des controverses qui accompagnent tout processus d'innovation a
montré l'imbrication étroite des contenus techniques et sociaux;
ce qui
explique que deux projets en compétition impliquent en
général la
confrontation de deux conceptions du monde et de la société.
L'idée
est qu'un système socio-technique se stabilise après qu'une
série
d'opérations de traduction, d'enrôlement, ou d'intéressement
aboutisse
à la constitution d'alliances et/ou d'oppositions entre divers acteurs
(21).
Dans cet ordre d'idées, l'élaboration des techniques peut
être vue
comme « l'élaboration d'un scénario constitué d'un
programme
d'action, de la répartition de ce programme d'action à des
entités
diverses ([les] dispositifs techniques qui font l'objet de l'innovation, mais
aussi d'autres
dispositifs auxquels l'innovation va être associée, [les]
utilisateurs bien
sûr, mais encore [les] techniques, installateurs, distributeurs, etc.) et
enfin d'une
représentation de l'environnement dans lequel le programme d'action peut
ou doit se
réaliser » (Akrich, 1993a, p.91). En résumé, le
processus
d'innovation
est défini comme une succession d'épreuves et de transformations
où
une série d'acteurs (humains et non-humains) se trouvent en relation.
« Le travail du sociologue consiste alors à décrire les
opérations par
lesquelles le scénario de départ, qui se présente
essentiellement sous
une forme discursive, va progressivement, par une série
d'opérations de
traduction qui le transforment lui-même, être approprié,
porté
par un nombre toujours croissant d'entités, acteurs humains ou
dispositifs
techniques. » (Akrich, 1993a, p.92). Autrement dit, il s'agit d'étudier
les transformations
successives d'un énoncé (ou d'un programme d'action), qui
débouche
sur un objet final.
Ces opérations de transformation sont analysées en terme
d'« in-scription » et
de « de-scription » de l'environnement dans l'innovation (c'est-
à-dire le
dispositif technique). Les
tests techniques (tests d'utilisabilité par exemple), les associations
avec d'autres
acteurs, les expérimentations auprès des usagers peuvent
être
interprétés comme des « confrontations entre l'environnement
inscrit dans le
dispositif et l'environnement décrit par [le] déplacement [du
dispositif] »
(ibid.). Les acteurs, les éléments naturels et les
dispositifs
techniques sortent transformés de ces confrontations. C'est en ce sens
que les
innovations produisent à la fois des savoirs, des dispositifs techniques
et des formes
d'organisations, par le biais de la médiation technique (ibid.).
Les notions d'« in-scription » et de « de-
scription » renvoient
au modèle texte-lecteur,
utilisé plutôt comme métaphore dans les différentes
analyses.
Woolgar (1991) notamment, considère la technologie comme un texte, et
montre
comment la conception d'une innovation technique (en l'occurrence une nouvelle
gamme
d'ordinateurs) revient à configurer ses usagers, c'est-à-dire
à
intégrer dans le dispositif une définition de l'identité
des usagers ainsi
que différentes contraintes susceptibles d'intervenir lors de
l'utilisation. Dans
l'utilisation, les usagers font un travail d'interprétation (de lecture)
sur la technologie,
guidé par la façon dont la technologie a été
conçue
(écrite).
La notion de médiation est centrale dans l'approche de la traduction,
elle permet de
montrer l'enchevêtrement de la technique et du social, notamment à
travers les
diverses représentations de l'usager, inscrites dans le dispositif
technique. L'objet
technique est appréhendé comme « une suite de compromis
entre
différents acteurs sociaux porteurs d'un projet social inscrit dans leurs
propositions
techniques » (Chambat, 1994, p.257). Sur le plan méthodologique, les
techniques
ethnographiques sont privilégiées pour « le suivi de
l'innovateur au travail »,
afin de décrire les mécanismes par lesquels il mobilise
différentes
entités (Akrich, 1993b, p.35), et l'analyse des discours permet de
discerner les
différentes transformations des énoncés.
Une des principales limites de l'approche de l'innovation - d'ailleurs reconnue
par les tenants
eux-mêmes (ibid., p.36-37) - tient à son absence de
considération du rôle des pratiques, c'est-à-dire de
l'action de l'usager
sur le façonnage de l'objet technique. Comme le souligne Akrich : «
(..) dès
que l'objet technique devient objet de consommation ou d'utilisation, il cesse
d'intéresser l'analyste qui ne voit dans l'utilisateur que le
prolongement non
problématique du réseau constitué par l'innovateur.
Autrement dit, [la
sociologie des techniques] a certes redonné de l'épaisseur aux
objets, mais
cela, au détriment des acteurs qui s'en saisissent. » (ibid., p.36).
Akrich s'est penchée sur ce problème de l'absence de la
prise en
compte du rôle des pratiques des usagers. Elle a montré notamment
comment
les innovateurs avaient une définition riche de l'action, qui, selon
elle, ne peut
être réduite à l'abstraction du face-à-face de
l'objet et de son
utilisateur détachée de tout contexte : « l'environnement dans
lequel l'action est
susceptible de prendre son sens se trouve spécifié, et un certain
nombre de
compétences psychomotrices mais aussi proprement sociales sont
imputées
aux acteurs. » (ibid., p.38). La relation de l'usager avec le
dispositif est perçue
comme une coopération : « [il y a une] inscription de l'utilisateur
dans le dispositif,
[ainsi qu'une] inscription - par la pratique - du dispositif dans le corps de
l'utilisateur par le
recours à des intermédiaires : modes d'emploi, instruments
annexes, formes
socialisées d'apprentissage. » (ibid., p.56). Cependant, même
si cette approche
réussit à démontrer comment le dispositif prend en charge
les actions
futures de l'utilisateur, elle ne permet pas d'en restituer les pratiques
effectives.
Bardini s'est penché sur la pertinence de la notion d'inscription, et
propose de la
remplacer par celle d'affordance (22)
pour « réintroduire la matérialité des objets dans
l'analyse » (1996, p.128). Selon Bardini, l'utilisation de la notion
d'affordance permet
d'appréhender les
objets à travers leur rapport concret et matériel avec les usagers
et, par
là, de dépasser l'unique dimension symbolique à l'oeuvre
dans
l'étude des usages dans les termes du modèle texte - lecteur. Les
objets
technologiques ainsi considérés sont plus que des textes à
lire : au-
delà de la dimension symbolique d'analyse, le rapport qu'ils
entretiennent avec les
individus est d'abord concret et relève de la perception. Bardini parle
ainsi de la
« virtualité de l'usager » (représentations de
l'usager
que le concepteur traduit
en affordances dans le dispositif) et de la « virtualité du
concepteur » (limites à
l'usage fixées sous forme d'affordances que l'usager rencontre dans son
utilisation du
dispositif), qui sont toutes deux présentes dans le dispositif technique
et qui peuvent
être actualisées ou non dans l'usage.
Les travaux de Flichy (1994, 1995) sur l'innovation s'inscrivent dans le même
paradigme,
même s'ils se distinguent des travaux entrepris au CSI sur un certain
nombre de
points. En s'inspirant des notions de « cadre naturel » et de
« cadre social » de Goffman, Flichy
définit un « cadre de fonctionnement », qui renvoie aux
fonctionnalités de
l'objet et à l'usage technique, et un « cadre d'usage », qui
réfère
à l'usage social. L'alliage de ces deux cadres aboutit à la
constitution d'un
nouveau « cadre socio-technique », mélange de technique
et
de
social, une fois
l'innovation stabilisée. La mise au point du cadre de fonctionnement
implique
plusieurs acteurs, et pas seulement les innovateurs (les usagers peuvent
participer à la
création de ce cadre) ; le cadre d'usage n'est pas fixe, il peut
être
transformé via les premières utilisations (exemple du Minitel
français) ou modifié selon les époques (exemple du
téléphone). Tous deux s'élaborent au cours de processus
complexes
(1994, p.412).
Flichy introduit dans l'analyse un modèle des acteurs basé sur les
notions de
« concepteurs-stratèges » et d'« usagers-
tacticiens »,
qui reprend la distinction entre
stratégie et tactique qu'on trouve chez de Certeau (23) . Cette notion de concepteurs-stratèges permet
à
Flichy de rendre compte de l'inégalité des positions entre les
différents acteurs. En effet, certains peuvent acquérir un
avantage
compétitif par rapport à d'autres en mettant au point une bonne
stratégie d'innovation. Les usagers peuvent également, dans
certains cas,
être des stratèges ; il reste qu'ils sont le plus souvent des
tacticiens. L'exemple
du groupe de pression constitué en réaction à
l'implantation du
nouveau système de réservation de billets de trains en France (24) en est un contre-exemple : les usagers
ont obtenu la modification du système et un retour au cadre d'usage
déjà en place. Toutefois, Flichy précise avec raison que ce
genre de
situation est assez rare quand il s'agit d'usagers du grand public dans la
mesure où les
concepteurs sont le plus souvent confrontés à leurs propres
représentations des usagers (ibid. p.424).
Par ailleurs, Flichy dépasse le niveau d'analyse micro-social et insiste
sur
l'importance de l'imaginaire technique, qui renvoie aux représentations
de l'objet
technique, autant chez les concepteurs que chez les usagers, et qui alimentent
le
développement du « cadre de fonctionnement » d'une
nouvelle
technique. De la
même façon, à travers son histoire des
télécommunications, Flichy a mis à jour les
différents
« cadres d'usages » des outils de communication notamment, en
fonction
des grandes
représentations dominantes d'une époque (25) . Lorsqu'il est appréhendé d'un point de vue
historique, le rôle des représentations liées à la
technique, les
valeurs et les mythes qui l'entourent, apparaissent essentiels dans les
processus d'innovation,
en ce qu'ils contribuent à la création des significations d'usages
d'une part, et
dans la mesure où ils véhiculent un certain projet de
société
d'autre part. L'exemple de l'intelligence artificielle est d'ailleurs
particulièrement
révélateur de la dimension idéologique de la technique et
de la
communication (Breton et Proulx, 1989, cité dans Chambat, 1994, p.257).
N.B.: La suite de ce texte (2ème partie) sera publiée dans le
prochain
numéro de COMMposite qui paraîtra à l'automne 98.

Notes
(1) La notion
d'interactivité fait partie de
ces notions fourre-tout dont on trouve quantité de définitions
différentes d'un auteur à l'autre.
Certains y voient une norme idéale à atteindre en matière
de communication, d'autres
l'identification du principe de réciprocité à l'oeuvre dans
toute communication
interpersonnelle, ou encore, plus simplement, la possibilité de choisir
des options parmi un
ensemble délimité de possibilités. Les définitions
techniques de la notion et des adjectifs
qui s'y rattachent (interactif, interactive) existent depuis déjà
quelques temps, même si elles
ont été presque toujours absentes des discours sur les
technologies de communication. Elles
sont intéressantes dans la mesure où elles mettent l'accent sur la
finalité proprement
instrumentale de l'interactivité.
Ainsi, selon le Commissariat Général de la Langue
française, l'adjectif interactif qualifie les
« matériels, programmes, ou les conditions d'exploitation qui
permettent des actions
réciproques en mode dialogué avec des utilisateurs ou en temps
réel avec des appareils ».
Dans cet ordre d'idée, la notion d'interaction renvoie l'idÈe d'une
« fonction réflexive assurant les
différentes phases du dialogue personne-système, ou terminal-
ordinateur », et le néologisme interactivité est relatif au
« degré d'interaction
entre l'utilisateur et le système informatique
lors d'un traitement en mode dialogué ».
De plus, nous considérons la notion d'interactivité comme
étant intimmement liée à l'idée de
simulation; l'interactivité permet la simulation d'une
activité langagière (un
dialogue entre une personne et un système), ainsi que la simulation d'un
rôle (simulation de partenaire humain, par exemple dans le cas d'un
guichet automatique). Dans notre perspective, la propriété
d'interactivité caractérise essentiellement un mode
d'accès, qui peut être considéré comme étant
interactif s'il permet à un utilisateur de dialoguer quasi
instantanément avec un système pour orienter le déroulement
d'un programme.
Pour les définitions techniques, voir : Commissariat Général de la
Langue
française. 1989. Lexique usuel des nouvelles technologies de
communication,
Paris : DAICADIF. Sur la notion d'interactivité et la simulation informatique, voir
l'article
de J.L. WEISSBERG dans le numéro 33 de la revue Réseaux, CNET/Issy Les
Moulineaux,
1989. Sur « l'idéologie de l'interactivité », voir : PROULX, S.
et
SENECAL, M. 1995. « L'interactivité technique, simulacre d'interaction
sociale et
de démocratie ? », TIS, 2, 239-255. Voir aussi le numéro du
Bulletin de
l'IDATE sur l'interactivité (1985).
(2) Le concept de
« machines
à
communiquer » a été inventé par Pierre Schaeffer en
1971. Schaeffer désignait à travers lui l'ensemble des
médias de l'époque, à savoir le cinéma, la
télévision et la radio, aujourd'hui appelés
communément les "médias traditionnels". Nous reprenons
ici ce concept en l'étendant aux nouvelles technologies telles le
magnétoscope, le téléphone, la télévision
interactive, le micro-ordinateur, etc., et conservons de la définition de
Schaeffer la notion de simulacre : « Les machines à communiquer
produisent des simulacres [...] qui se donnent pour réalité ».
Voir SCHAEFFER, P. 1971. Machines à communiquer, Paris : Le
Seuil.
(3) Ce que nous désignons par
«
la
sociologie des usages » n'est ni une sous-discipline ni un courant de
recherche en tant que tel. Elle représente surtout un ensemble de
recherches aux préoccupations communes, qui s'inscrivent dans le champ
des usages sociaux des médias et des technologies.
(4) Nous renvoyons le lecteur aux
travaux
suivants, qui présentent les différentes approches en sociologie des usages de façon plus ou
moins
synthétique, en insistant en particulier sur l'approche de l'innovation : FLICHY, P. 1995.
L'innovation technique. Récents développements en sciences sociales vers une nouvelle
théorie de l'innovation, Paris : La Découverte ; MIÈGE, B. 1997. La société
conquise
par la communication. Tome 2. La communication entre l'industrie et l'espace public,
Grenoble : Presses Universitaires de Grenoble ; VEDEL, T. 1994.
« Sociologie des innovations technologiques des usagers : introduction
à une socio-politique des usages », dans Médias et
nouvelles technologies. Pour une socio-politique des usages, sous la direction de A.
Vitalis,
Rennes : Éditions Apogée, 13-43.
Pour une présentation synthétique des différentes problématiques
reliées à l'étude des usages et pratiques des nouveaux outils d'information
et de communication, se référer à: JOUËT, J. 1993. « Usages et pratiques
des nouveaux outils de communication », dans Dictionnaire critique de la
communication, sous la direction de L. Sfez, Paris : Presses Universitaires
de France.
(5) Les rapports Nora-Minc pour la
France
ou du Ministère des Communications Canadien pour le Canada s'inscrivent
dans cette
logique. Voir : NORA, S. et MINC, A. 1978. Rapport au Président de la
République : l'informatisation
de la société française, Paris : La Documentation
Française ; et Ministère des
Communications Canadien. 1972. L'arbre de vie, Ottawa : Ministère
des
approvisionnements et services.
(6) TOURAINE, Alain. 1992.
Critique de la
modernité,
Paris : Fayard. (Cité dans Scardigli, 1994, p.310).
(7) Les MOO (Multiple Oriented
Object)
sont des environnements virtuels dans lesquels l'usager circule et participe
à des discussions,
des jeux ou des aventures en compagnie d'autres internautes.
(8) Signalons tout de même que la
théorie
de la diffusion des innovations d'Everett M. Rogers à laquelle il est
fait allusion, a connu
quelques aménagements, notamment avec l'introduction de la notion de
réinventions de la
technologie par les usagers dans la dernière édition
(1983).
(9) Citons notamment le courant de
recherche né autour du paradigme de la traduction au Centre de sociologie
des innovations
(CSI) de l'École des Mines de Paris (Callon, Latour, Akrich).
(10) Cette approche - relativement
récente - regroupe un grand nombre de recherches empiriques, nées
dans le contexte de la
profusion des innovations médiatiques et technologiques
(magnétoscopes, téléphones
mobiles, vidéotex, télévision interactive, etc.), qui sont
caractérisées par des positions tant
théoriques que méthodologiques assez éclatées.
(11) Deux études en particulier
sont
souvent citées : l'une analysant la diffusion du maïs hybride dans
l'Iowa (RYAN, B. 1943. « The Diffusion of Hybrid Seed Corn in Two Iowa
Comunities », Rural Sociology, 8 : 15-24) et l'autre traitant de la
diffusion
d'un médicament (KATZ, E. 1971. « The Social Itinerary of
Technical
Change : Two studies of the Diffusion of Innovations », dans The
Process
of Effects of Mass Communication, sous la direction de W. Schramm et D. Roberts,
University of Illinois Pres).
(12) KROEBER, A.L.
Anthropology : Culture Patterns and Processes, New York :
Harcourt,
Brace & World.
(Cité dans Bélanger,
1992).
(13) Les cinq phases du
modèle de
l'adoption défini par Rogers (83) sont : 1. la connaissance (l'individu
est exposé à
l'innovation et acquiert quelques notions sur son fonctionnement); 2. la
persuasion (l'individu amorce une prise de position au sujet de l'innovation);
3. la décision (l'individu
s'engage dans des activités lui permettant d'adopter ou de rejeter
l'innovation);
4. l'implantation (l'individu utilise l'innovation au quotidien et
l'évalue); 5. la confirmation (
l'individu tente d'obtenir des informations venant renforcer son choix).
(14) Citons notamment la
thèse de
Pierre Bélanger (1992) sur les modalités d'adoption du
système de télévision interactive
Vidéoway au Québec, qui constitue une bonne illustration de ce
type d'approche. En effet,
parmi les objectifs fondamentaux de sa thèse, figure l'identification des
« principales
dimensions à partir desquelles il devient possible de prédire
l'adoption de cette technologie
auprès d'un échantillon qui en a fait l'essai pendant une
période de six mois ». Signalons également le fait que cette
recherche a permis de répertorier un ensemble de données à
une très grande échelle.
(15) Citons à titre d'illustration
la
recherche de André H. Caron, Luc Giroux et Sylvie Douzou (85) sur la
diffusion et
l'adoption du micro-ordinateur domestique au Québec. Cette étude a
révélé l'importance des
contacts interpersonnels dans la décision d'adoption de l'ordinateur,
notamment en mettant en
avant le rôle du milieu de travail et du milieu familial dans la
création de l'intérêt chez
l'adoptant.
(16) Dans sa thèse de doctorat
sur les
modalités d'adoption du système Vidéoway, Bélanger a
souligné que « la décision d'adopter découlerait
essentiellement de la qualité de l'expérience in situ avec
l'objet » et que « la prédiction d'adoption ne peut
s'établir directement ni à partir des caractéristiques
socio-démographiques des usagers ni à partir de leurs habitudes de
vie ou de la variété des appareils technologiques qu'ils
possèdent » (Bélanger, 1992, p.iv). D'après ses
conclusions, les principaux déterminants sont davantage liés aux
attitudes et aux comportements exhibés lors la phase d'implantation,
inhibant ainsi, dans une certaine mesure, les barrières socio-
démographiques.
(17) Citons notamment l'étude
de
Michel Callon sur le véhicule électrique. CALLON, Michel. 1986.
« The Sociology of an Actor-
Network: the Case of the Electric Vehicle », dans Mapping the Dynamics
of
Science and Technology: Sociology of Science in the real world, sous la
direction de Callon et al.,
Basingstoke: Macmillan, 19-34.
(18) BLOOR, D. 1976.
Knowledge and
social
imaginery, Chicago : University of Chicago. L'approche du socio-
constructivisme
s'inscrit en continuité d'un ensemble de travaux menés en
sociologie de la connaissance au
début des années 70, connus sous le nom d'EPOR (Empirical
Program of
Constructivism).
(19) Voir à ce sujet l'ouvrage
de
Bruno Latour et de Steve Woolgar : LATOUR, B., WOOLGAR, S. 1979. Laboratory
Life :
The
Social
Construction of Scientific Facts, Beverly Hills : Sage.
(20) Citons comme ouvrages de
référence : BIJKER, W. E. et al. 1987. The Social Construction of
Technological Systems, Cambridge : MIT Press ; BIJKER, W. E. et LAW, J.
1992.
Shaping Technology / Building
Society. Studies
in Sociotechnical Change, Cambridge : MIT Press.
(21) Citons le travail de Hugh Aitken
qui,
dans son histoire de la radio, avait déjà montré le rôle spécifique de traducteur joué par les différents acteurs (Hertz, Lodge et Marconi), notamment en mettant à jour les opérations de traduction prenant place entre les différents domaines de compétence de chacun. Voir : AITKEN, H. 1993. « Science,
technique
et économie, pour une problématique de la traduction », Réseaux,
60, 61-
85 (traduction d'une partie de l'ouvrage de Aitken paru en 1985 chez Princeton University
Press).
(22) La notion
d'"affordance" a été utilisée pour la
première fois en 1977 par J.J. Gibson. Voir GIBSON, J.J. 1977.
« The
Theory
of Affordances », dans Perceiving, acting, and knowing. Toward an
ecological psychology, sous la direction de R. Shaw et J. Bransford,
Hillsdale, NJ : Lawrence Erlbaum, 67-82.
(23) La stratégie chez de
Certeau
est
définie comme « le calcul des rapports de forces qui devient possible
à partir du moment où un sujet du vouloir et de pouvoir est
isolable d'un "environnement". [La stratégie] postule un lieu susceptible
d'être circonscrit comme un propre et donc de servir de base à une
gestion de ses relations avec une extériorité distincte ». Au
contraire, la tactique est « un calcul qui ne peut pas compter sur un
propre, ni donc sur une frontière qui distingue l'autre comme une
totalité visible. La tactique n'a pour lieu que celui de l'autre. »,
(de Certeau, 1980, p.xlvi).
(24) Il s'agit du système de
réservation
SOCRATE implanté par la SNCF, qui se voulait analogue à celui de
la réservation aérienne ;
les usagers ont refusé cette implantation et préféré
la conservation de l'ancien système, basé
sur des principes de type service public. (Exemple tiré de Flichy, 1994,
p.424).
(25) Au XVIIIe siècle, le
téléphone à ficelle était associé à la
correspondance intime. À partir de la Révolution, la
télécommunication est apparue comme un nouveau moyen de gestion de
l'État. Dans les années 1830, le nouveau cadre d'usage des outils
de télécommunication était la transmission des informations
boursières (Flichy, 1995, p.411).

Bibliographie
AKRICH, Madeleine. 1993a. « Les formes de la médiation
technique »,
Réseaux, 60, 87-98.
AKRICH, Madeleine. 1993b. « Les objets techniques et leurs
utilisateurs.
De la
conception à
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