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Résumé

Sommaire

BIO

De la difficulté d'étudier la communication

par Guillaume Latzko-Toth

Étudiant à la maîtrise en communication - Université du Québec à Montréal

Copyright © Guillaume Latzko-Toth - 1997 - Tous droits réservés.






Copyright © COMMposite v97.1 - 1997 - Tous droits réservés.

HAUTRésumé

Les chercheurs et chercheuses qui se consacrent à la communication sont confrontés à de nombreuses difficultés épistémologiques susceptibles de les plonger dans le désarroi. Tout d'abord, par sa dénomination même, cette science se confond avec son objet. Mais ce n'est que symptomatique de la réticence des spécialistes à se distancier de l'acte de communiquer. En effet, toute épistémologie ne comporte-t-elle pas une forte dose de communication ? Par ailleurs, des obstacles et paradoxes linguistiques viennent entraver la formalisation d'un champ d'étude qui englobe logiquement tout formalisme. L'idée est tributaire d'une langue pour se formuler, et toutes les langues n'expriment pas aussi efficacement certains concepts. Face à ces multiples paradoxes, le salut de notre discipline réside peut-être dans l'acceptation et l'assimilation de la contradiction, autrement dit, de la complexité. Ainsi, l'irréductible polysémie des mots nous amène à introduire la notion de concept dual, ou continuum sémique organisé entre deux pôles contraires.

Abstract | Resumen

Descripteurs : épistémologie, complexité, concept, dualité, contradiction, paradoxe, formalisme, communicologie.




HAUTSommaire

Introduction
Comment une science devint schizophrène
Parler le même langage : mission impossible ?
Penser les contraires : pour le développement d'une pensée complexe
Concepts duaux et théories... exponentielles!
Conclusion
Références




Une vérité superficielle est un énoncé dont l'opposé est faux;
une vérité profonde est un énoncé dont l'opposé est aussi une vérité profonde.

Niels Bohr (1)


Notre monde, que nous faisons émerger dans notre coexistence avec d'autres, aura toujours précisément ce mélange de régularité et de fugacité, cette combinaison de terrains fermes et mouvants si typique de l'expérience humaine lorsque nous la regardons de près.


Humberto Maturana et Francisco Varela (2)



SOMMAIREIntroduction

La science est un ensemble d'énoncés en circulation (Schiele, 1984, p. 92), en renégociation constante entre des êtres humains. Un savoir commun, ou collectif, demeure intangible et ne peut entretenir l'impression de sa réalité que parce que les sujets connaissants communiquent. C'est dire à quel point la pratique scientifique est essentiellement un acte de communication. Or il n'est pas d'objet, de phénomène, d'activité affectant l'homme de près ou de loin, qui ne finisse par intéresser la science, qu'elle se dise "exacte" ou "humaine", "dure" ou "molle" -- nous reviendrons d'ailleurs sur cette notion de consistance. Situé au carrefour de toutes les activités humaines, le phénomène communicationnel s'est donc naturellement constitué en objet d'étude scientifique. Et par là même ont commencé à surgir des paradoxes de circularité. En effet, une partie du processus épistémologique se confond avec le processus étudié par la théorie qu'il engendre.


SOMMAIREComment une science devint schizophrène

Le nom que se donne un être nous renseigne souvent beaucoup sur lui. Il en va de même d'une discipline scientifique. L'étude de la communication s'appelle tout simplement la communication (3). Cette confusion lexicale entre l'étude et son objet est loin d'être innocente et reflète une confusion (au sens habituel) parmi les chercheurs, due à des difficultés épistémologiques profondes encore largement irrésolues. La première étant l'impossibilité ou le refus, c'est selon, de se distancier de l'objet, autrement dit, d'objectiver l'acte de communiquer. En effet, il existe au moins un autre prétendant au trône du nom de la science concernée, le néologisme communicologie, qui désigne clairement un discours sur la communication, en quelque sorte un discours sur le discours. Mais il ne parvient pas à s'imposer. Quelques chercheurs (que je ne citerai pas!) ont adopté sur leur carte de visite le générique communicologue, mais la discipline dans son entier le rejette, en raison d'une contradiction fondamentale en son sein, d'un risque de schisme qu'elle sent qu'il ne faut pas consommer si elle ne veut pas perdre son principe vital. Or comme l'écrivent Maturana et Varela (1994, p. 240):

Un conflit est toujours une négation mutuelle. Il ne peut jamais se résoudre dans le domaine où il se développe si les protagonistes restent cramponnés à leurs certitudes. Il ne pourra être dépassé qu'en élaborant un autre domaine où la coexistence est possible.

Et que fait-on lorsqu'on ne peut trouver de niveau plus global -- quoi de plus global que la communication ? On doit alors apprendre à penser la contradiction, à l'intégrer, à l'assimiler structurellement, au sens physiologique. Car cela signifie, comme le martèle Morin (1982), que la contradiction, loin d'être une pathologie dont il faudra guérir notre pensée, participe de la richesse, de la fécondité, de la force de la théorie.

Mais quelle est au fond la nature de cette aporie qui taraude la communication en tant que science ? Les critères de scientificité, d'abord. Les méthodes, ensuite. La diversité et l'inconciliabilité des paradigmes, enfin. Il en résulte, pour la discipline, une crise d'identité qui va jusqu'à la schizophrénie: en effet, on entend souvent parler des sciences de la communication: linguistique, psychologie, psychosociologie, cognitionÉ La communication ne serait qu'une virtualité floue flottant dans un espace inter-disciplinaire. Chacune des sciences citées ci-dessus peut édifier sa clôture en développant son propre formalisme, ce qui permet d'évacuer le douloureux problème d'une formalisation générale et unifiée de la communication. Si la linguistique est parvenu à un degré exceptionnel, pour une science humaine, de formalisation, c'est qu'elle a délibérément évacué le contexte culturel de son analyse (Hall, 1979, p. 88). Mais l'on attend d'une science complète de la communication qu'elle embrasse tous les niveaux du phénomène, qui en compte une infinité. Comme dirait Paul Watzlawick (1979), elle se retrouve à court de types logiques, autrement dit, par définition, la communication ne peut pas métacommuniquer sur elle-même et c'est là la cause de sa schizophrénie!


SOMMAIREParler le même langage : mission impossible ?

Tout formalisme a pour fonction première: la distanciation dans l'optique d'une opérationnalisation manipulatoire. La philosophie des sciences nous montre que sans formalisme, sans langue de spécialité assurant la bi-univocité des énoncés, point de salut pour une science (Schiele, 1984). La chimie a été l'une des premières à effectuer sa conversion, ou coupure épistémologique, et toutes les autres sciences de la nature ont suivi. Ce serait maintenant au tour des dernières récalcitrantes, les sciences dites "de l'homme", d'effectuer la leur. Mais la communication est confrontée à l'énormité de son corpus d'analyse, puisque en définitive, tous les artefacts culturels, et en particulier le langage verbal, sont impliqués dans la communication. En pratique cela signifie qu'une science complète de la communication devrait au moins rendre compte de chaque mot de chaque idiome humain. Ce qui implique que le lexique du super-métalangage de la communication soit plus vaste que n'importe quelle langue commune. Ce qui nous apparaît absurde et remet en question l'entreprise même de formalisation. Bien sûr, on pourra objecter qu'un formalisme aussi concis que l'alphabet permet d'écrire tous les mots de toutes les langues. Mais il y a une différence radicale entre écrire et décrire, entre synthétiser et analyser. Le simple peut engendrer le complexe, mais il ne peut pas le comprendre, ainsi que nous l'enseigne la théorie des systèmes. Autrement dit, un formalisme susceptible d'expliquer tous les éléments de la communication serait aussi complexe que l'alphabet est simple.

Par ailleurs, nous nous souvenons que la science elle-même n'existe pas: seuls existent les hommes et les femmes qui la pensent. Puisque nous avons évoqué la diversité des langues, nous devons relever une difficulté très négligée par les communicologues eux-mêmes: ces derniers s'expriment dans une certaine langue, souvent leur langue maternelle. Dans ce domaine, le mythe de la langue scientifique -- l'anglais, pour ne pas le nommer -- fait long feu. Depuis Edward Sapir, on sait que la pensée n'est pas dissociable de la langue dans laquelle elle s'est formulée. Par conséquent, on ne compte pas les termes intraduisibles "importés" d'une langue à l'autre, ce qui est une manière d'étendre la langue pour les besoins de formalisation. L'allemand, l'anglais et le français s'échangent ainsi quantité de mots. La raison majeure en est simple: pour reprendre la brillante analogie avec l'oeil employée par Maturana et Varela (1994, p. 236), chaque système de communication produit nécessairement une "tache aveugle" qui nous interdit de cerner par lui son fonctionnement. D'où la nécessité de forger de nouveaux concepts puis de les nommer.

Dans l'optique idéale de construire un formalisme communicationnel indépendant des idiomes, mais néanmoins homogène à chacun -- ce qui supposerait par la suite des protocoles de traduction officiels --, il serait souhaitable que chaque langue s'étende à l'intérieur d'elle-même. A cet égard, la langue française est particulièrement mal préparée. Car elle se prête mal à la sécrétion de "mots-valises" (ou acronymes) par fusion de plusieurs mots existants. On peut former un substantif par accolement de deux autres substantifs (courts de préférence, car le français est allergique aux mots longs) reliés par un trait d'union, et c'est tout. A part des exceptions comme progiciel, inforoute et tout récemment courriel (4) , on cherche en vain l'équivalent en français de l'efflorescence de mots anglais comme infomercial, edutainment, ou tout simplement bit ou pixel. En pratique, on est obligé de puiser dans les racines grecques et latines. Ce qui fait que pour comprendre un néologisme, il faut s'enquérir de son étymologie antique. Il n'est pas anodin que l'étymologie du mot "étymologie" soit: le vrai langage. Le français octroie l'apanage de la vérité à des langues mortes depuis des lustres et de surcroît préscientifiques. Tout se passe comme si nous cherchions à exprimer avec les mots du passé et des morts un phénomène intensément présent et vivant.

La plupart des langues romanes sont confrontées à ce problème. Au contraire, les langues germaniques (anglais, allemand) font preuve d'une grande plasticité favorisant une fécondité intrinsèque (ou hermaphrodite!) qui leur permet d'étendre leur vocabulaire à l'infini sans sortir d'elles-mêmes. Cela représente donc un avantage certain pour le projet d'une science complète de la communication. Nous nous posons alors une angoissante question: faut-il renoncer à étudier la communication en français ?

Non; la solution est simple, et sa portée dépasse le particularisme francophone: faisons fi de la belle homogénéité phonétique/-émique des langues, et incorporons, empruntons sans vergogne des mots aux autres langues vivantes -- c'est-à-dire vécues. D'ailleurs il serait fou de croire que l'on puisse appréhender un phénomène multi- et inter-culturel -- en l'occurrence, la communication -- sans quitter notre îlot culturel. Alexis de Tocqueville en faisait même une condition de la démocratie :

J'aimerais mieux qu'on hérissât la langue de mots chinois, tartares ou hurons, que de rendre incertain le sens des mots français (5).

Car le consensus social sur la signification des mots est, selon Tocqueville, la clé de voûte d'une communication saine et efficace. Cela rejoint tout à fait les préoccupations des communicologues soucieux de s'entendre sur la signification des énoncés théoriques de leur discipline. Plus généralement, l'absence de toute équivoque sur les concepts référés par les mots du langage scientifique est l'essence même du formalisme, du moins selon le paradigme physico-mathématique et sa vision de la rigueur scientifique, à laquelle renvoie le qualificatif de "science dure".


SOMMAIREPenser les contraires : pour le développement d'une pensée complexe

La notion de consistance, appliquée à une science, reflète en fait celle de ses concepts. Le principal reproche adressé aux sciences humaines concerne la "mollesse", autrement dit le manque de circonscription de leurs concepts fondamentaux. Plus précisément, les mots qui désignent ces concepts sont affligés d'une polysémie qui rend les concepts eux-mêmes protéiformes. Prenons le mot "communication"; en fonction des auteurs, il signifie partage (communion), et par extension mise en relation, tandis que chez d'autres, il signifie transmission d'information (Winkin, 1981, p. 14). La situation est encore pire avec le mot "culture", pour lequel il existe autant de définitions que d'auteurs. Il en va de même pour le mot "média"É Finalement, la communauté des chercheurs en communication se divise en une multitude d'"écoles", ou groupes de chercheurs qui s'entendent sur une signification particulière à affecter aux mots du tronc commun.

Sur le plan méthodologique, cela se traduit de la manière suivante. Tout article traitant de communication doit commencer par définir de manière non-équivoque le contenu conceptuel qu'il attribue aux mots qu'il va employer; autrement dit, l'auteur doit commencer par définir ses concepts. Le reste de l'article est constitué d'une série d'énoncés mettant en relation ces concepts provisoirement "durcis", en s'appuyant sur une documentation, c'est-à-dire en se réclamant d'autres auteurs de la discipline (voire d'autres disciplines).

Nous allons maintenant tâcher de démontrer que cette méthodologie repose sur le paradigme positiviste, ce qui la place en contradiction flagrante avec le paradigme constructiviste pourtant si largement défendu par les théories qu'elle a contribué à enfanter. Supposons qu'un auteur A entreprenne la rédaction d'un article. Il va rechercher des références bibliographiques, c'est-à-dire d'autres articles conçus selon une démarche analogue. Par exemple, il va s'appuyer sur un auteur B, dont il est censé comprendre les énoncés grâce à la définition claire et sans ambiguïté des concepts impliqués qu'en a faite B. Ici surgit la première aberration positiviste: on présuppose en effet qu'il suffit de définir clairement les mots employés dans un énoncé pour que quiconque en le lisant saisisse exactement la pensée de son auteur au moment où ce dernier l'a écrit. En réalité, A ne reprend pas la théorie de B; il utilise ce qu'il a compris de la théorie de B. Mais plus encore, A reformule selon son entendement la traduction par écrit de la pensée de B. Autrement dit, d'un auteur à l'autre, la pensée subit une double médiation, ou diégèse. En conséquence, quand A cite B dans son article, il croit lui rendre justice intellectuelle, alors qu'en réalité il le trahit.

En outre, ce qui précède nous montre qu'il est vain de vouloir expurger les concepts de toute ambiguïté. Nous pouvons alors y voir l'indice que la définition classique du concept de concept -- un monolithe sémantique -- est inadaptée à la science de la communication. Prenons le concept de média. Au départ, il s'agit d'un adjectif latin qui signifie "situé au milieu", "intermédiaire". Il n'y a pas de définition moins équivoque, et pourtant, nous pouvons percevoir un intermédiaire de deux façons, ou plutôt avec deux valeurs radicalement opposées. En effet, un intermédiaire est à la fois un lien et un obstacle. De fait, si l'on devait créer un mot franco-français pour contenir le concept de média, cela serait probablement: une étendue-entre. La mer en offrirait une bonne métaphore: pour les Anglais, la Manche est un channel, un canal, donc une voie de communication qui rapproche les hommes. Mais inversement, l'Atlantique est un océan qui sépare les nations. D'un côté, le média est un canal, un prolongement, de l'autre, une interface, un mur. Mais comme le fait remarquer Morin (1982, p. 299):

c'est le phénomène lui-même qui nous présente ses deux versants contradictoires, antinomiques. Et il est beaucoup plus logique de les reconnaître que de nier les données empiriques qui conduisent à l'antinomie.


SOMMAIREConcepts duaux et théories... exponentielles!

Le concept de média serait ainsi fondamentalement dual. Ainsi, nous émettons l'hypothèse que les polysémies ne sont ni des hasards, ni le symptôme d'une carence de mots plus adéquats; elles sont signifiantes. En particulier, nous observons dans plusieurs cas une structuration du champ sémantique en dipôle. La constitution d'un pôle s'effectue par des équivalences, qui elles-mêmes s'appuient sur des structures fondamentales de l'esprit humain: les valeurs. Voici quelques exemples de ce que nous proposons d'appeler "concepts duaux":

(Le symbole "=" signifie "équivalent à")

MÉDIA

Pôle "+": conjonction = relier = rapprocher
Pôle "-": disjonction = isoler = séparer

JEU

Pôle "+": liberté = spontanéité = gratuité = partenaire
Pôle "-": contrainte =règles = enjeu = adversaire

PRAGMATIQUE

Pôle "antérieur": action = cause = début
Pôle "postérieur": effet = conséquence = fin

PARADIGME

Pôle "général": modèle = type
Pôle "particulier": image = variante

Et l'on pourrait multiplier les exemples; même le concept de concept est dual, puisqu'il est à la fois signifiant (mot) et signifié (idée). Avec son "principe de complexité ", Edgar Morin (1982, p. 20) souhaite que le scientifique nouveau reconnaisse "l'inéliminabilité de la contradiction, de l'incertitude, de l'irrationnalisable " inhérents à certains concepts, au lieu de les amputer de la moitié de leur être, comme la physique l'a fait naguère avec la lumière, longtemps considérée comme ou bien corpusculaire, ou bien ondulatoire. De même, il nous faudra bien accepter le double visage de la communication: informationnel (Shannon) et interactionnel (école de Palo Alto). Car comme le dit encore Morin (id., p. 299):

rencontrer la contradiction, c'est rencontrer le réel là où il excède les possibilités de la logique humaine.

Toutefois, nous ne partageons pas le pessimisme de Morin quant aux possibilités de la logique humaine, car elle a depuis longtemps assimilé le complexe. Une valeur complexe en mathématique et en logique formelle est un combinat qui unit ce que la nature oppose. Le nombre imaginaire i est tel que le produit de i par lui-même est à la fois un carré (donc positif par nature) et négatif. Il en va de même de la valeur booléenne imaginaire j, à la fois vraie et fausse, introduite par Nicolas Rescher dans sa logique "imaginaire" où la contradiction a pleinement droit de cité (6).

Une théorie comporterait donc deux sortes de concepts: les concepts simples et les concepts duaux. Une conséquence fascinante de la notion de concept dual est qu'il autorise une double lecture de chaque énoncé qui le contient et ce, même si le contexte à tendance à tirer le concept vers l'un ou l'autre de ses pôles. Finalement, une théorie devient un ensemble de théories parallèles, toutes contenues dans le même énoncé. On peut même donner un ordre de grandeur du nombre N de théories parallèles:

N=2exp(nombre de concepts duaux)     où "exp" signifie "élevé à la puissance"

Le nombre de théories parallèles croît géométriquement avec le nombre de concepts duaux utilisés! L'apparition de la fonction exponentielle n'est vraisemblablement pas un hasard. En effet, par pur jeu de l'esprit, nous pouvons considérer non sans raison que la communication est la science qui solutionne l'équation: épistémologie = théorie. Or la théorie dérive du procès épistémologique. Et la théorie des équations différentielles nous dit que la seule fonction qui soit sa propre dérivée est l'exponentielle. Les fonctions numériques sont des relations entre des nombres; les théories scientifiques, des relations entre des concepts. Donc, en transposant, on obtient qu'une théorie communicationnelle est fonction exponentielle de ses concepts!


SOMMAIREConclusion

Nous sommes bien conscients que ces jongleries fantaisistes ne présentent aucunement la rigueur d'un raisonnement. Notre but était d'illustrer l'ampleur des implications de la prise en compte de ses propres avancées par l'étude de la communication. Cette science encore dans l'enfance est un système hautement autopoïétique, qui ne peut éviter de s'étudier lui-même. Comme l'a indiqué Jean Piaget, cité par Jean-Louis Le Moigne (1995, p. 176):

le fait nouveau, et de conséquences incalculables pour l'avenir, est que la réflexion épistémologique surgit de plus en plus à l'intérieur même des sciences.

Nous avons vu qu'il en résulte dans un premier temps une série de paradoxes apparemment inextricables. Néanmoins, dès lors que nous les avons ressentis, nous ne pouvons plus les ignorer et continuer comme si de rien n'était avec nos anciens schèmes de raisonnement. Car pour lever ces paradoxes, nous n'avons pas d'autre choix que de révolutionner notre pensée, en lui faisant apprivoiser les vertiges de la complexité.




SOMMAIRERéférences

HALL, Edward T. 1979. Au-delà de la culture, éd. du Seuil, Paris.

LE MOIGNE, Jean-Louis. 1995. Le constructivisme, t. 2: Des épistémologies, éd. ESF, Paris.

MATURANA, Humberto R. et VARELA, Francisco J. 1994. L'arbre de la connaissance, Racines biologiques de la compréhension humaine, éd. Addison-Wesley, Paris.

MORIN, Edgar. 1982. Science avec conscience, éd. Fayard, Paris.

QUEAU, Philippe. 1993. Le virtuel - vertus et vertiges, éd. Champ Vallon, INA, coll. Milieux, Paris.

SCHIELE, Bernard. 1984. Note pour une analyse de la notion de coupure épistémologique, Communication-Information, vol. VI, n° 2/3

WATZLAWICK, Paul, 1979. Une logique de la communication, éd. du Seuil, coll. "Points", Paris.

WINKIN, Yves, 1981. La nouvelle communication, éd. du Seuil, coll. "Points", Paris.




SOMMAIRENotes

1 Cité dans Morin (1982, p. 312).

2 1994, p. 235

3 En France, la "52e discipline" s'intitule: "sciences de l'information et de la communication" (SIC).

4 Courrier électronique.

5 Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique, Paris, Flammarion, 1981, p. 86.

6 Voir le livre de Philippe Quéau, Le virtuel: vertus et vertiges, p. 63. Si P est une variable propositionnelle muette, on pose j=(P et (non P)).

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