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Descripteurs : éducation aux médias, éducation critique aux médias, légitimation, délégitimation, public, publics. |
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" Cette attitude encore trop passive du public
découle, selon nous, non pas d'un manque
d'intérêt, mais plutôt d'une
méconnaissance des lois et des règles qui
régissent le fonctionnement des médias.
"(11) L'omniprésence des médias dans la vie des gens leur confère une influence très importante, car ils sont toujours là pour dire à la population à quoi penser, quoi consommer et comment occuper ses loisirs. Notre environnement social et culturel est donc façonné plus que jamais par les médias. Dans ces conditions, il est évident que la qualité de la vie sociale et démocratique dépend de plus en plus de la qualité de ces médias. (12) Mais qui donc jouera le rôle d'éveilleur des consciences ? Au nom de quoi proposera-t-on une représentation des représentations induites par les médias ? Qui élaborera les grilles d'analyse ? Pour Lina Trudel, dont nous citons les propos plus haut, c'est l'ICÉA qui fournira " au public et aux divers intervenants concernés les informations de base ". Pour un membre du Centre St-Pierre, un centre chrétien, c'est la religion qui doit éclairer notre jugement. Tiens donc ... il y a, comme on dit en termes savants, " une constante ". " Cette émission te donne-t-elle le goût de devenir une brute ? " Comme le suggère cette phrase extraite d'une grille de réflexion proposée aux enfants dans un cours de morale de 2e cycle au primaire et visant à les accompagner lorsqu'ils écoutent leurs émissions préférées, les enfants n'échappent pas au processus de délégitimation. On ne s'étonnera pas de constater que pour les auteurs du cahier d'activités en enseignement moral (et pour le Ministère de l'éducation qui autorise le manuel), ce soit cette fois la morale qui ait toutes les réponses (13). En fait, de façon générale, tant pour les intervenants sociaux que scolaire en éducation aux médias, il n'est pas question de supposer au public quelque expertise que ce soit. Ainsi, aux adultes, on proposera une " balade sur le boulevard des médias " (14), balisée par des feux jaunes (ce à quoi il faut faire attention), rouges (ce qui est inacceptable) et verts (ce qui est bon dans les médias). Aux enfants, on fournira une grille d'analyse les incitant à la vigilance lorsqu'ils écoutent la télévision. Tout se passe comme si ceux que l'on désirait éduquer étaient invariablement démunis face aux médias. Or, les dernières études tendraient plutôt à démontrer le contraire (15). C'est donc avec un certain étonnement que nous avons constaté que pour les groupes sociaux et l'école, le public n'était guère mieux considéré que chez les médias. On parle souvent de lui en termes de passivité et on ne cherche que très rarement à solliciter chez lui des réflexions autonomes. Lorsqu'on le fait, c'est pour confronter celles-ci à une grille déjà établie. Aussi en arrivons-nous à la conclusion que la démarche des groupes sociaux et des intervenants scolaires en éducation aux médias est très fortement marquée par un processus de délégitimation. Délégitimer, infantiliser, victimiser la population, le " public " (passif par définition), en lui proposant de substituer aux visions du monde produites par les médias d'autres visions du monde " prêtes à endosser " nous paraît, au moins épistémologiquement parlant, paradoxal. De fait, la " population ", les " consommateurs ", les " téléspectateurs ", le " public ", voire les " citoyens ", dont les intervenants en ÉAM s'excluent implicitement la plupart du temps, font l'objet d'une lutte de pouvoir. Comme si celui qui allait gagner la guerre des médias allait être celui qui allait infléchir l'Histoire. L'Histoire justement a démontré que les choses n'étaient pas toujours aussi simples. Heureusement. En vérité, nous croyons que la délégitimation systématique du public, ou plutôt des publics, tant adultes qu'enfants, repose sur une conception très étroite de la société, une conception élitiste. Et ce, bien qu'il soit probable que de nombreux intervenants (en ÉAM) de gauche seraient en désaccord formel avec un tel point de vue. Mais il faut alors se rappeler que c'est bien la gauche (à laquelle l'auteure s'identifie, peut-être faut-il le préciser maintenant), qui a produit le concept de " fausse conscience " si délicat à manoeuvrer (16). En effet, celui-ci suppose que la " vérité ", la " vraie conscience " des choses appartient en propre à certains élus, ou initiés. Par exemple, elle pourrait appartenir à des exégètes capables de mesurer à l'aune de la " Bonne Nouvelle " l'ensemble des nouvelles. Ou alors, juger une production mass-médiatique en termes d'effets supposés sur les relations hommes-femmes reviendrait exclusivement aux groupes féministes. Plus près de nous, cette conception octroierait aux chercheurs spécialisés en analyse de discours la palme du décodage. Or, si nous croyons que toutes ces grilles, toutes ces lectures, toutes ces interprétations rendent compte effectivement de certains aspects des médias et sont par conséquent des plus utiles, nous croyons également qu'il est maintenant temps d'aller demander aux publics non experts ce qu'ils pensent de tout cela. Hors de la réception critique, experte, celle qui prétend relever le message intentionnel et s'inscrire dans une herméneutique des profondeurs permettant à la fois de lire les lignes et entre celles-ci (17), hors de la réception des acteurs en éducation aux médias qui s'inspirent de différents catéchismes, n'y aurait-il point de salut ? Pour le savoir, il faudrait pouvoir mesurer l'écart entre un public éduqué aux médias et un autre, en tout point semblable, qui ne l'aurait pas été ... ce que tentent de faire au moins partiellement certains chercheurs (18). Mais les études de réception ont des limites, parmi lesquelles la subjectivité dispersée (19) n'est pas la moindre. Ainsi, entre les excès de confiance que l'on aurait tort de prêter à ces études et les excès de méfiance que les acteurs sociaux et scolaires en éducation aux médias semblent prêter au(x) public(s), se situe sans doute la juste mesure d'une éducation aux médias visant à favoriser le développement réel d'un esprit critique et non l'apprentissage d'un catéchisme de substitution. Groupes sociaux Bélanger, Pierre (du Centre St-Pierre). 1994. " Boulevard des médias, Première balade (l'éducation aux médias) " in OCS nouvelles, janvier-février 1994, Montréal, p. 8 . Centre St-Pierre. Ressources en communication, Montréal, 22 p. Madore, George. 1995. " Notre pouvoir sur les médias, Les médias et nous ", in Le feuillet paroissial, semaine du 29 janvier 1995, p. 4 . MediAction, Ouvrez l'oeil! Éducation critique aux médias, Montréal, 6 p. Office des communications sociales. 1993. " Technologie et médias, une culture en mouvement ", in OCS nouvelles, vol. 23, no 1, janvier 1993, Montréal, p. 1 . Trudel, Lina (de l'ICÉA). 1992. La population face aux médias (introduction), vlb éditeur, Montréal, pp. 9-13. Acteurs scolaires De Lorimier, Jacques (du Conseil des études supérieures). 1993. " L'éducation aux médias : univers des jeunes et pédagogie ", in Colloque Vivre avec les médias : ca s'apprend!, 14, 15 et 16 juin 1993, Université du Québec à Montréal, 10 p. Saint-Pierre, Lucille. 1993. " Allumer, éteindre ou changer de canal ... une question de choix ", in Le fil d'Ariane, enseignement moral, cahier d'activités, deuxième cycle du primaire, module 3, Éd. la Pensée, Montréal, pp. 87-122 . Acteurs médias Radio-Québec, TVOntario, TSR (Télévision Suisse Romande), RTBF (Radio-Télévision Belge Francophone) et France 3. 1995. " Télé d'hier et d'aujourd'hui ", série J'aime la télé. SRC télévision. 1995. Le point Médias, reportage portant sur la couverture américaine de la visite du Président Clinton à Ottawa, avril 1995. 1 Centre St-Pierre, Ressources en communication, p. 22 2 Trudel, Lina (de l'ICÉA). 1992. La population face aux médias, vlb éditeur, Montréal, p. 141 . 3 D'après des entrevues téléphoniques réalisées au printemps 1994 avec Lorraine Riopel de MediAction et Stéphanie Dansereau, professeure au département de l'éducation à l'UQAM. On pouvait croire que les choses allaient changer dans la foulée du colloque (bilingue) Les médias ça s'apprend/Awareness and knowledge: tools for living with the media tenu au Collège Dawson les 14, 15 et 16 juin 1993, qui faisait précisément la promotion de l'ÉAM et s'adressait tout particulièrement à l'acteur scolaire. Depuis, on a plutôt assisté à la réorientation des préoccupations vers l'apprentissage technique des nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTIC) et même à ce chapitre, les francophones tirent de l'arrière. Ainsi, jusqu'à la toute récente déclaration de la Ministre de l'Éducation Pauline Marois (26 juin 1996) annonçant la mise sur pied de plans d'acquisitions d'ordinateurs et de branchements internet pour les écoles du Québec, on ne pouvait guère compter que sur les initiatives personnelles des enseignant(e)s. La déclaration de la Ministre est disponible à : http://www.gouv.qc.ca/gouv/francais/minorg/medu/nti_plan/plan_nti.htm Par ailleurs, les lecteurs intéressés à la question visiteront avec profit les sites d'Edu@media ( http://edumedia.risq.qc.ca ) et de Cyberscol ( http://CyberScol.cscs.qc.ca ). 4 La maîtrise de la langue française est arrivée grande première dans la liste des priorités établies lors des États généraux de l'éducation. On peut consulter le document produit à la suite des États généraux à l'adresse suivante: http://www.uquebec.ca/menu/. Le document (sous forme papier) est également disponible pour consultation dans toutes les bibliothèques des établissements d'enseignement collégial et universitaire, ainsi que dans les bibliothèques municipales des localités de plus de 5000 habitants. 5 La méthode OSCaR a été mise au point par Jean-Pierre Boyer, professeur au département des communications à l'Université du Québec à Montréal (UQAM). On peut trouver plus de détails dans l'annexe 9 de La population face aux médias, qui porte sur la méthode OSCaR. 6 " (...) étudier l'idéologie, c'est étudier la façon dont le sens sert à entretenir les rapports de domination. " Thompson, John. 1987. " Langage et idéologie " in Langage et société, papiers de travail, mars 1987, no 39, p. 10 . 7 Sur 128 émissions du Point Médias diffusées entre septembre 1992 et février 1995, trois d'entre elles seulement comprenaient des représentants du public (deux membres de l'Association Nationale des Téléspectateurs, un de l'ICÉA et un "auditeur"). 8 Au sujet de la série J'aime la télé, on peut lire " J'aime la télé: quand la télé tente de se démonter ", Verniers, Patrick. 1995. in Communication, printemps 1995, vol. 16, no 1, p. 149-153 . 9 Il semble que l'initiative des deux émissions est venue " d'en haut " et qu'elle s'inscrivait dans un climat de redéfinition de mandat, instauré notamment par M. Veilleux, alors président de Radio-Canada. 10 Le dernier rapport à traiter de l'avenir de la société Radio-Canada (le rapport Juneau) est disponible à l'adresse suivante: http://canada.gc.ca/whats/heritage/francais/append.htm 11 Trudel, Lina, op. cit., p. 11 12 Ibid. 13 " Et qui peut t'aider à bien te servir de la télévision ? La morale, bien sûr. ". Saint-Pierre, Lucille. 1993. Le fil d'Ariane, enseignement moral, cahier d'activités, deuxième cycle du primaire, Éd. la Pensée, Montréal, p. 88 . 14 Bélanger, Pierre (du Centre St-Pierre). 1994. " Boulevard des médias, Première balade (L'éducation aux médias) " in OCS nouvelles, janvier-février 1994, p.8 . 15 Sur la télévision et les jeunes, on trouvera une courte synthèse de la recherche menée en éducation dans l'ouvrage du chercheur québécois Jacques Piette : L'éducation aux médias : vers une redéfinition des rapports entre l'école et les médias, Notes de recherche no 29, CEQ, Université de Sherbrooke, août 1994, 74 p. 16 Le concept de fausse conscience appartient au marxisme orthodoxe. Marx écrivait en 1859: " It's not the consciousness of men that determines their existence, but their social existence that determines their consciousness. " (A contribution to the critique of political economy) On peut trouver les textes de Marx et Engels à : http://csf.Colorado.EDU/psn/marx/index1.htm BR> Si on préfère les raccourcis de la vulgarisation ou qu'on s'intéresse à l'histoire du concept, on consultera le document internet produit par Daniel Chandler : Marxist Media Theory (http://www.aber.ac.uk/~dgc/marxism.html). Le concept de false consciousness y est (très) brièvement résumé sous les rubriques " Media as means of production " et " Ideology ". 17 L'herméneutique des profondeurs comporte trois volets : l'analyse socio-historique; l'analyse discursive et l'interprétation. (Thompson, op. cit., pp. 17-23) 18 Parmi les études de réception, on lira avec intérêt, de Cécile Bellemare, Monique Caron-Bouchard et Marie-Claire Gruau, Allô Caro, qu'est-ce que tu regardes ?, L'intelligence télévisuelle des 12-17 ans, LEP, Loisirs et Pédagogie SA, Lausanne, 1994. Enfin, les ouvrages New Directions : Media Education Wordlwide (de Gary Bazalgette et al., Unesco. BFI et Clemi, London, 1992, 243 p.) et le numéro de Communication consacré à l'éducation aux médias (op.cit.) contiennent aussi quelques études de réception, certaines aux médias, d'autres à l'éducation aux médias. 19 Au sujet de la subjectivité dispersée (discours officiel et discours personnel), on pourra lire Peter Dahlgren " Les actualités télévisées, À chacun son interpretation ", in Réseaux nos 44-45, CNET, 1990, pp. 297-311. Chandler (voir note 16) en parle aussi sous la rubrique " The constitution of the subject ".
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