
C'est avec grand plaisir que nous livrons enfin ce huitième numéro de COMMposite. Nous profitons de cet éditorial pour faire le point sur ce délai de parution. En premier lieu, il nous faut signaler le départ de plusieurs membres fondateurs et collaborateurs de longue date ayant soutenu leur thèse, ou qui ont choisi de s'y consacrer à temps plein. Nous saluons notamment nos collègues Éric George et Luc Bonneville, aujourd'hui professeurs à l'Université d'Ottawa, Florence Millerand, post-doctorante à l'Université de Californie à San Diego et Michael Totschnig, qui a soutenu sa thèse et qui est retourné en Autriche.
Ce changement de garde qu'a connu notre revue n'est pas sans causer plusieurs difficultés, comme c'est bien souvent le cas pour de petites organisations étudiantes. Parmi les défis à relever, le plus important est probablement de conserver et de transmettre la mémoire de l'organisation, son expertise et ses savoir-faire. Pour COMMposite, cela se traduit principalement dans deux domaines : le travail d'édition scientifique proprement dit, et les questions d'ordre technique reliées à la gestion d'une publication sur le Web.
Concernant le travail éditorial, un point important mérite d'être souligné : nous avons reçu, en 2003-2004, un nombre record de propositions d'article (plus d'une vingtaine, soit plus du double de la moyenne des années précédentes). Si nous considérons cet afflux de textes comme un gage de reconnaissance, il nous faut aussi admettre qu'il a posé un problème logistique. Notre choix de maintenir le niveau de qualité plutôt que de privilégier la quantité des textes publiés a contribué à faire que notre équipe s'est retrouvée débordée. Nous avons entrepris des changements dans notre mode de traitement des propositions d'articles afin de « désengorger » notre « chaîne de production ».
Du point de vue technique, nous dressons aujourd'hui le bilan mitigé de deux ans d'expérimentations et de tentatives d'appropriation d'un logiciel « maison » de travail collaboratif et de gestion de contenu. Mené en partenariat avec le Laboratoire de communication médiatisée par ordinateur de l'UQAM (LabCMO), ce projet a abouti à la publication d'un logiciel libre, « COMMpositeur », basé sur l'environnement phpGroupWare. Quoique le présent numéro ait été produit au moyen de cette infrastructure technique, nous envisageons d'autres plates-formes logicielles plus établies et ne nécessitant pas un programmeur à demeure au sein de l'équipe! Force est de constater que ce mandat que nous nous étions donné d'explorer les possibilités du logiciel libre dans le domaine de l'édition électronique a alourdi substantiellement notre tâche.
Toutefois, il importe de ne pas faire de ce dispositif le bouc émissaire des difficultés de l'équipe de production de la revue. En effet, il a apporté plusieurs contributions essentielles : une cohérence accrue de la gestion documentaire qui se traduit dans la grande cohérence dans la présentation et la mise en page de la revue et la minimisation des erreurs typographiques, mais aussi, une gestion considérablement facilitée des rubriques « Transit » (nos signets) et « Affluents » (nos annonces de colloques). Il est clair qu'il ne sera pas aisé de trouver une plate-forme générique aussi complète et qu'il faudra également consacrer du temps pour l'adapter à nos besoins.
Toujours sur le plan technique, nous avons également dû faire face à des problèmes persistants reliés à l'hébergement de notre site et de nos adresses de courrier électronique. Nous sommes désolés des inconvénients qu'ils ont pu entraîner pour nos lecteurs ainsi que nos auteurs. Pour apporter une solution durable à ces problèmes, nous avons finalement opté pour consolider notre indépendance institutionnelle en devant membre, en décembre 2004, de l'Association pour la promotion d'un Internet non commercial (APINC), dont la mission est tout à fait en phase avec notre propre philosophie. Cette dernière nous fournit depuis des services d'hébergement d'une grande fiabilité; notre site bénéficie aussi d'une bande passante plus grande, et au final, nous espérons que nos lecteurs apprécieront la rapidité accrue de la navigation sur notre site.
Ces difficultés ne devraient toutefois pas occulter le fait que durant cette année 2004, l'intérêt pour notre revue ne s'est pas démenti. Mentionnons le soutien ou la reconnaissance du milieu universitaire et de l'édition, ainsi que l'enthousiasme des étudiants à nous soumettre des propositions d'article. Mais nous souhaitons en particulier souligner l'arrivée au sein de notre équipe de nouveaux collaborateurs dont l'apport a été essentiel à la continuation de notre travail et nous saisissons l'occasion pour lancer une invitation chaleureuse à celles et ceux qui désireraient vivre avec nous l'aventure de la publication scientifique.
Mais revenons à l'essentiel : un nouveau numéro sensiblement plus volumineux que de coutume, et qui couvre un très large spectre médiatique allant de la presse écrite aux TIC. Les sept articles qui le composent s'intéressent aux représentations, aux interactions, aux stratégies et à l'identité des acteurs sociaux. Ainsi, avec comme terrain la presse écrite, Magali Prodhomme pose, au principe de sa recherche, que la question de l'éthique est au cœur même des débats qui ont toujours cherché à légitimer la profession de journaliste. À travers une analyse des représentations, elle mène une réflexion sur le rôle de l'information et l'identité des journalistes.
Par ailleurs, Indira Yakovenko étudie la représentation de l'identité russe dans le cadre du marché international audiovisuel et cinématographique. Elle constate que les émissions de télévision et les films sont influencés par le processus de la mondialisation et constituent le carrefour de recompositions identitaires.
Jérôme Burtin s'intéresse lui aussi à la télévision et analyse la place stratégique et prépondérante qu'occupe actuellement la programmation dans la guerre que se livrent les différentes chaînes. Il nous propose une synthèse des études sur la question dans le réseau hertzien français.
De son côté, Sami Zlitni explore les enjeux et les stratégies des individus confrontés à l'introduction des TIC dans le cadre de leur travail. Il explicite les différentes façons dont les acteurs, malgré leurs intérêts divergents et les rapports de force en présence, peuvent agir de manière individuelle ou en ayant recours aux alliances et à la coopération.
Toujours sur le thème des TIC, Véronique Mattio examine les cyberconversations sur internet comme une composante de l'interaction sociale et une variation du modèle conversationnel du face à face. Les chats sont, pour elle, un nouvel espace du « paraître », une nouvelle scène d'apparition.
S'attaquant au « paradigme des effets limités » des médias, Marin Ledun fait une relecture des travaux récents dirigés par Elihu Katz. Il met de l'avant les deux principales préoccupations théoriques et méthodologiques de l'auteur qui le conduisent à proposer un modèle instrumental de communication politique.
Enfin, Sandrine Basilico présente, dans une note de lecture, l'ouvrage Femmes, le pouvoir impossible de Marie-Joseph Bertini. En analysant les représentations des femmes, tant dans l'imaginaire collectif que dans les médias, Bertini montre comment celles-ci sont adroitement écartées du pouvoir dans toutes les sphères de l'espace public.
Bonne lecture.
Le comité éditorial