Note de lecture par
Jean-Claude Domenget
Doctorant en sciences de
l'information et de la communication - Université Michel de
Montaigne - Bordeaux III
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l'auteur.
VITALIS, André; TÉTU, Jean-François; PALMER, Michaël; CASTAGNA,
Bernard (sous la direction de). 2000. <i> Médias, temporalités
et démocratie</i>, Ed. Apogée/PUF, Rennes, 269 p.
Médias,
temporalités et démocratie est un
ouvrage important pour toutes celles et tous ceux qui s'intéressent
aux questions ouvertes par les nouvelles formes de temporalités, induites
entre autres par les médias, et aux enjeux démocratiques qui en
découlent. Cet ouvrage reproduit les actes d'un colloque tenu
à Bordeaux en
1998 [1]
et vient compléter l'offre de publications en langue
française portant sur les temporalités
médiatiques [2].
Cet ouvrage possède
une double qualité : la diversité des thèmes
abordés et des approches utilisées. Cependant, il suscite
d'emblée quelques critiques. Sans attendre une approche de type
« temporaliste » [3]
des différents thèmes abordés, le lecteur sera surpris par
l'absence dans certains articles de concepts centraux liés au
temps [4].
Notons également le manque de cohésion interne aux axes
proposés : l'accélération de
l'information, la construction du temps par les médias ainsi que le
processus démocratique et les temporalités médiatiques.
L'absence d'introduction au niveau de chacun des axes rend difficile
une lecture qui enchaînerait les textes dans l'ordre proposé.
Conscient de cet état de fait, le lecteur gagnera à picorer selon
ses envies dans les trois parties de l'ouvrage.
En fait, dépassant les
axes annoncés, ce sont trois thèmes principaux qui sont
explorés tout au long de cet ouvrage. Les rapports entre les temps
médiatiques et les temps vécus par les usagers des médias
sont très souvent interrogés. Vient ensuite l'analyse de
l'influence réciproque entre les temps médiatiques et les
temps politiques. Enfin, plusieurs auteurs soulignent la place de la vitesse
dans l'histoire des médias. Quelques contributions plus
isolées complètent ce panorama.
Temps médiatiques et temps vécus
par les usagers
Une double réflexion
est reprise de façon plus ou moins centrale dans de nombreux articles.
Elle vise, d'une part, à mettre en lumière la
stratégie des médias visant à s'approprier le temps
et, d'autre part, à révéler les tactiques mises en
place par les usagers de ces médias dans le but de construire leur propre
temps. Les auteurs tendent soit à privilégier l'un ou
l'autre aspect de cette relation, soit à les
relier.
La nécessaire prise en compte des
contraintes temporelles imposées par les machines à traiter
l'information
Dans son article
intitulé « Horloges médiatiques et micro-univers
temporels dans les apprentissages à l'aide des
machines », Jacques Perriault met en évidence
l'influence effective sur les participants de dispositifs de communication
pour un apprentissage à distance (vidéotransmission,
visioconférence...). Les observations des conduites de ces participants
montrent l'importance de la gestion du temps au cours de la formation.
Dans cette problématique de « l'espace
d'interaction » entre utilisateurs et machines à traiter
l'information, l'auteur propose notamment deux nouveaux concepts
liés à la temporalité : la fonction
« horloge » d'un média et la notion de
« micro-univers temporels ». Jacques Perriault
reconnaît lui-même que la fonction « horloge »
d'un média est un concept aux contours encore flous mais utile afin
de comparer les modes de gestion du temps des médias interactifs. Ce
travail doit aborder l'hypothèse « que chacun de ces
médias s'inscrit dans une temporalité
spécifique » (p. 80). Second concept proposé par
l'auteur, celui de « micro-univers temporels ». Son
attention porte sur la façon dont les individus gèrent les
multiples temporalités proposées par les médias. Or comme
il l'analyse très justement, « le média provoque
les utilisateurs qui, pour en maîtriser l'usage, doivent en
discerner l'horloge et ses battements » (p. 82). Les
systèmes de communication contemporains requièrent donc une
capacité à participer à plusieurs
« micro-univers temporels » simultanément. Ceux qui
ne posséderaient pas cette capacité risquant d'être
exclus des échanges et du débat démocratique passant par
ces machines.
Les effets du dispositif médiatique
concernant le récit et la temporalité
A travers l'angle de la
parole des experts à la télévision, Patrick Baudry propose
une double lecture sociologique et anthropologique de la question de la
temporalité et du récit, dans son article intitulé « L'expert
pressé ». Il souligne comment l'expert est contraint de
respecter les règles et impératifs de la fluidité de
l'émission, « [...] tenu à l'urgence du dit
en lieu et place de la temporalité du dire » (p. 61). En fait,
pour l'auteur, le dispositif qui permet l'expression la
court-circuite également. L'expert est pris dans
l'accélération des débits et des images. Un des
enjeux est alors la contraction de la temporalité, une réduction
constante de la durée en instantanéité.
L'intérêt de cet article est l'ouverture que propose
l'auteur quant à la place du récit dans cette
temporalité médiatique. Le dispositif médiatique ne serait
plus là que pour se reproduire.
La représentation du temps dans les
récits d'information est laissée au
téléspectateur
Poursuivant sur le
thème « récit et temporalité » et
s'inspirant de la réflexion de Paul Ricoeur sur la
représentation du
temps [5],
Jean-François Tétu s'intéresse à
« La temporalité des récits
d'information ». Dans un article précédent [6] il
avait indiqué que le seul « présent » de
l'actualité semblait être, « la co-présence
d'un émetteur, d'un récepteur, et d'un
énoncé », orienté non pas « vers le
passé, même très proche, mais vers le futur » (p.
91). Il s'interroge ici sur la structuration temporelle de
l'actualité qu'il analyse à travers deux des trois
représentations caractérisant un récit (la
préfiguration et la configuration). L'auteur rappelle notamment que
la mise en récit est nécessaire pour représenter le temps
de l'action. Il souligne également que cette représentation
du temps est différente selon les médias. Jean-François
Tétu explique surtout comment les médias tentent de
s'approprier le temps bien que les téléspectateurs puissent
reconstruire la représentation proposée. Ainsi, dans le cas du
direct, en s'inspirant des Media
events de Katz et
Dayan [7],
il montre en quoi la signification de l'action, la représentation
du temps, est laissée au téléspectateur et comment une
attente est créée.
« Le jeu du présent » de la
télévision et de la presse écrite
Après le présent de
l'actualité analysé par Jean-François Tétu, Anne-Marie Jannet et
Claude Jamet qui travaillent dans son équipe nous invitent - dans un
article intitulé « Le jeu du présent » - à réfléchir
sur les points communs et les différences dans la construction du
présent entre la presse écrite et la télévision. Pour eux, la
télévision et la presse « jouent du
présent » ; l'idée de « jeu »
étant prise dans le double sens de simulation et d'imitation
d'un côté, et de marge du présent, de son actualité de
l'autre. Ils expliquent notamment le « jeu »
du téléspectateur qui agit à l'intérieur des contraintes du
dispositif télévisuel, en s'inspirant des travaux de Jauss et de
Eco [8]. A
l'opposé, ils montrent comment le journal tente de réduire
l'écart entre le présent de l'écriture et le présent de la
lecture, maîtrisé par le lecteur, par trois moyens (son discours,
le dispositif et des procédés de
« présentification »). A l'arrivée, dans la
marge construite par le quotidien, ils distinguent trois
présents : le présent de lecture, le présent de la dimension
sociale du journal et le présent de l'actualité.
L'intérêt de ce texte est de prendre en compte les attitudes du
téléspectateur puis du lecteur dans ces « jeux du
présent ». Cependant, les auteurs ne remplissent pas le contrat
initialement passé d'une comparaison entre les deux
« jeux », celui de la télévision et celui de la
presse écrite.
Le temps créé par les genres et
intégré par les gens
François Jost
s'intéresse pour sa part à un cas particulier : celui
des genres télévisuels. Dans son article
« Temporalité et genre » il pose une question
simple : comment les genres construisent a priori du temps et comment le
téléspectateur y navigue ? Un des atouts de cet article est
de proposer une typologie et une classification de la temporalité de la
télévision. Même si ce découpage peut être
discuté notamment en ce qui concerne le temps du média
identifié au direct, il constitue une avancée certaine dans
l'étude complexe de ce temps
spécifique [9].
Parmi les quatre niveaux imbriqués de la temporalité de la
télévision qu'il distingue (le temps du média, le
temps des genres, la temporalité interne aux programmes et le temps
projeté, espéré ou vécu par le
téléspectateur), il s'intéresse principalement au
second. L'auteur rappelle que tout genre s'accompagne d'une
promesse sur le temps qu'il va mettre en oeuvre. Autre
intérêt, la démarche exposée, intégrant les
temps perçus, vécus par les téléspectateurs, ouvre
des pistes très intéressantes aux études sur les temps de
la télévision. François Jost explique que le
téléspectateur va à la fois développer des
croyances, un horizon d'attente quant au temps, en fonction du genre de
l'émission suivie. Il situe l'émission dans une
temporalité qui peut être différente de celle de
l'horloge. « Ce sentiment du temps est moins dans les
émissions elles-mêmes que dans la façon dont le
téléspectateur les regarde [...] », explique Jost (p.
158). Il va mobiliser également des savoirs temporels
c'est-à-dire des connaissances sur la fabrication des
émissions, des images, du
temps [10].
La prise en compte de ces savoirs est essentielle pour comprendre la
façon dont le téléspectateur va recevoir
l'émission. Un « genre authentifiant » comme
un direct ne sera pas obligatoirement reçu comme tel.
L'autonomie du temps du
lecteur
L'article de Claudine
Ducol « Le grand public ou le détour du temps »
porte lui sur le temps du lecteur. Le rôle du lecteur est
étudié à travers l'angle du « grand
public » car « il est nécessaire de postuler du
grand public dans chaque public aujourd'hui spécialisé et
parcellisé » (p.230). Cet article permet de mieux comprendre
l'autonomie et les marges de manoeuvre pas si étroites du lecteur
à travers quatre détours. Parmi eux, la littérature. Pour
l'auteur, le lecteur prendrait plaisir à
réinterpréter l'événement. Claudine Ducol
s'interroge aussi sur la méthodologie à employer pour
atteindre ce lecteur. Elle invite alors à le chercher dans ce qu'il
exprime. Autre réflexion présente chez l'auteur, les
questionnements du temps des médias par rapport aux temps sociaux et aux
temps vécus. Ainsi s'interroge-t-elle en conclusion sur la
confusion dominante, récurrente, entre ces deux
temps.
Ces interrogations sur les effets
du temps des médias sur les temps sociaux ouvrent le second thème
dominant dans l'ouvrage, celui des rapports entre les temps
médiatiques et la démocratie.
Temps médiatiques et temps
politiques
Dans cet axe, les auteurs
montrent comment les temps médiatiques et les temps politiques
s'influencent réciproquement. Ils s'interrogent
également sur les conséquences des temps médiatiques et de
leur place dans la société sur le processus
démocratique.
L'influence mutuelle entre les deux
temporalités
Dans son article,
« Les médias, la démocratie et le temps »,
Lucien Sfez développe l'idée qu'il n'y a pas
d'opposition drastique entre les temporalités démocratiques
et les temporalités médiatiques. Il s'attache à
montrer à la fois leur opposition mais aussi leur influence
réciproque. Les deux
temporalités s'opposent dans le sens où les temps de la
démocratie sont des « temps de délais, de
procédures, de discussions réglées [...]. Ce sont des temps
juxtaposés » explique-t-il (p. 197). Quant au temps des
médias, « continu, rapide, [il] ne permet pas justement que ce
temps se constitue » (p. 201). La caractérisation du temps des
médias est intéressante. Reprenant abondamment les
réflexions de Henri
Lefebvre [11],
Lucien Sfez caractérise ce temps comme « a- » ou
« anti-temporel », « a- » ou
« anti-présence ». C'est encore un temps
répétitif, dilaté, réduit. En fait, pour lui, le
temps des médias peut être caractérisé
« comme du rite sans rythme » (p. 202). Cette
caractérisation du temps des médias peut être utilement
intégrée dans une approche proposée par William
Grossin [12]
mais sa qualification du temps des médias comme un temps sans rythme est
discutable. Il se détache ainsi de la position de Henri Lefebvre dont il
s'était inspiré auparavant. Il aurait été
alors souhaitable de le signaler.
Les deux temporalités
s'opposent donc mais elles sont en contact et ne s'annulent pas.
L'usage immodéré des médias a pour Lucien Sfez des
effets imprévus. Les temps de la démocratie discontinus,
hétérogènes, confus l'emporteraient toujours sur le
temps homogène des médias.
En
fait, tout au long de son article, l'auteur s'interroge sur la place
que prend le temps des médias par rapport au temps
« déjà-là rituel et rythmé ».
Comment s'intègre-t-il ? La réponse qu'il apporte
caractérise les deux temps et permet aussi de souligner les liens entre
temps des médias et temps quotidiens.
« La révolution des temporalités
sociales »
George Balandier propose
aussi une réflexion large centrée sur les liens entre les
temporalités sociales et la démocratie. Il met surtout en
lumière les forces qui orientent toujours davantage ces
temporalités. Pour l'auteur, ces forces opèrent dans trois
domaines : l'urbain, dans lequel « le temps
négociable devient un enjeu valorisé » ; la
technique, par laquelle « le temps est appréhendé
sous les aspects de l'obsolescence [...], de la performance [...], de la
rapidité d'adaptation » ; la communication, sa
révolution « introduit le temps de l'immédiat
(« temps réel ») » (p. 266).
Georges Balandier explique également comment le pouvoir politique est
confronté à la temporalité sur le plan du symbolique et de
la ritualisation. Il doit ainsi valoriser le passé et inscrire son action
dans la durée. Enfin, la place de ce « temps de
l'immédiat » explique pour l'auteur que
l'effet des médias soit une composante importante de la vie
politique. Le texte de Georges Balandier caractérise bien cette
« révolution des temporalités sociales »
mais nous regrettons que l'auteur n'ait pas abordé le concept
de « temps social dominant » développé en
particulier par Roger
Sue. [13]
Les formes actuelles du temps
médiatique ne permettent pas de développer de nouvelles formes
politiques
Contrairement à la
position de Lucien Sfez, André Vitalis s'attache à montrer
uniquement les divergences entre temporalités politiques et
temporalités médiatiques, dans son article « Temps
médiatique et temps politique : l'improbable rencontre».
Sa réflexion repose sur une thèse forte. Les formes actuelles du
temps médiatique ne permettent pas de développer de nouvelles
formes politiques. Pour étayer sa thèse, il rappelle le rôle
du « capitalisme de l'imprimé » dans la
détermination de ce nouveau temps et décompte les
conséquences négatives de « la surcharge temporelle du
présent », selon l'expression de Zaki
Laïdi [14].
De l'étude des divergences actuelles entre les deux
temporalités, il conclut qu'il n'y a pas de formes
politiques innovantes à attendre des nouvelles fonctionnalités
offertes par les nouvelles technologies. Car les espaces publics ainsi
créés sont « déconnectés des processus de
décision et donc sans débouché proprement
politique », explique-t-il (p.
263) [15].
Dans son article, André Vitalis défend clairement une position
critique face « aux rhétoriques du sublime
technologique ». La qualité principale de son argumentation
est de revisiter le rôle joué par les médias dans la
constitution de l'Etat-nation à la fin du XVIIIe siècle. De
plus, il nous propose une relecture de l'avenir tel qu'il est
envisagé en termes de « cité Internet » ou
de « démocratie virtuelle ».
A signaler également
la contribution de Jacques Perriault à cet axe. Ce dernier souligne la
nécessité d'interroger le postulat de « la
démocratie par les NTIC ». Il rappelle que la gestion de
l'interactivité avec les médias évolués
(vidéotransmission, visioconférence...) « requiert une
réflexion sur les protocoles de gestion des échanges et sur les
habiletés requises des participants » (p.73). En effet,
l'importance de la gestion du temps ressort des pratiques
observées. Pour lui, il existe des risques d'exclusion des
échanges et du débat démocratique, des personnes ne
présentant pas ces habiletés.
Le thème de la démocratie
est enfin abordé par Gloria Awad. Elle analyse l'évolution
du rapport au politique et à la démocratie des différents
imprimés de l'histoire. Elle explique entre autres qu'avec
l'arrivée de l'imprimerie, le journal papier était le
média de la démocratie et elle rejette le mirage du
journal-écran. Intitulé « Du papier à
l'écran : l'espace au fil du temps », son
article traite en fait principalement de l'évolution du rapport au
temps et à l'espace des différents imprimés dans
l'histoire. Il fait ainsi partie intégrante du troisième axe
d'étude développé dans l'ouvrage, celui de
l'accélération du temps des médias et de
l'information.
Une accélération du temps des
médias ? Retours sur l'histoire
Dans cet axe, le processus
d'accélération de l'information si souvent admis,
avancé comme un postulat, est interrogé. Les auteurs proposent
diverses approches historiques afin d'analyser la place et les
différentes façons d'aborder les thèmes de la vitesse
et de l'accélération.
La vitesse et l'urgence
caractérisent le temps des médias
Jean-Jacques Cheval,
Michaël Palmer et Claudine Ducol soulignent tous les trois le
caractère ancien de la vitesse et de l'urgence dans le temps des
médias.
Le premier
s'interroge sur la valeur du temps des médias et sur son
évolution dans son article « le temps des médias :
vitesse ou turbulences ». Il se demande si l'évolution
constatée du temps des médias peut être
caractérisée par une accélération ou si cette
évolution ne serait qu'une succession de turbulences. Dans le
premier cas, le temps des médias aurait atteint une vitesse excessive.
Dans le second, il serait caractérisé par des retours en
arrière, des redondances. Privilégiant les exemples de la radio,
Jean-Jacques Cheval rappelle que la critique de la vitesse et de l'urgence
est ancienne, déjà présente au
XVIIIe
siècle.
Pour lui, « tout
n'est pas qu'accélération dans le temps des
médias... » (p.21) et il faut prendre en compte ce que peuvent
représenter les ralentissements, les retards, les
répétitions, autres caractéristiques du temps des
médias. Cette idée de « turbulences » est
très intéressante mais elle reste à l'état de
proposition, les nombreux exemples fournis par l'auteur ne
l'étayant que trop
peu.
Michaël Palmer analyse
l'accélération de la circulation de l'information et
ses enjeux sur un cas pratique, celui du marché de l'information
financière, dans « L'information,
c'est l'argent du temps ». Il rappelle que l'accélération des flux
d'information n'est pas nouvelle en décrivant les urgences et
les réseaux dans l'histoire. L'auteur souligne aussi les
enjeux des logiques et pratiques des acteurs de ce marché sur
d'autres services tels que celui de l'information à
l'attention des médias. Les agences veulent concilier exactitude et
rapidité mais l'importance des flux d'informations sur les
marchés financiers a des conséquences sur tous les autres
marchés, du fait de l'affectation des ressources
rédactionnelles en sa
faveur.
Quant à Claudine Ducol,
elle rappelle de même que le temps des médias a toujours
été habité par la vitesse et a été
formaté par le journal devenu quotidien.
L'évolution des rapports au
temps et à l'espace
Gloria Awad montre quant
à elle l'évolution des rapports au temps et à
l'espace induits par les différents imprimés au cours de
l'histoire dans son article « Du papier à
l'écran : l'espace au fil du temps ».
L'idée d'accélération est alors abordée
sous la forme d'une périodicité plus courte des publications
et d'un espace plus étendu de diffusion. Son approche est
résolument critique. Pour elle, l'extension de l'espace et
l'accélération de la scansion du temps sont devenues
excessives. Dans le contexte actuel, l'écran est le support du
nouveau dispositif technique. L'espace topographique, typographique
« classique » laisse la place à
l'immensité de l'espace des écrans. Quant à la
périodicité, elle va « de la succession
régulière de flash, au dossier plus que mensuel et à
l'archive » (p. 59). Sa démarche historique est
rigoureuse et elle démolit bien le mythe d'une
« presse » perdue mais son rejet du « journal
électronique à la demande » est plus discutable. A
notre avis, cette position ne tient pas assez compte des pratiques naissantes
des usagers de l'Internet.
A
côté de ces trois grands axes de réflexion et
d'étude, plusieurs contributions plus isolées viennent
compléter l'ouvrage.
D'autres approches du temps des
médias
C'est
« L'image du futur dans les médias » qui est
analysée par André-Jean Tudesq. Le temps est abordé selon
la triade passé-présent-futur. L'auteur propose
d'évaluer la place accordée au futur dans les médias,
les représentations qui en sont données et les sources de ces
représentations. Il met également l'accent sur
« la tyrannie du présent » qui habite les
médias. Selon André-Jean Tudesq, le futur est présent
à la radio ou à la télévision notamment sous la
forme du « temps fictif » ou de « débats
sur le temps ». Pour lui, les médias privilégient le
court terme, donnant la priorité aux visions politiques, elles aussi
à court terme. Le texte d'André-Jean Tudesq paraît
être inachevé dans sa conception. L'étude de
l'image du passé dans les médias qu'il avait
précédemment effectuée était, elle, beaucoup plus
aboutie [16].
L'avènement des
liens entre temps et médias sur le long terme est analysé par
Claude Labrosse dans son article « L'avènement de la
périodicité ». Il rappelle comment le journal a
contribué aux développements de rapports au temps à la fois
pluriels et complexes. Progressivement une matrice s'est formée
entre temps et médium. Claude Labrosse explique alors pourquoi la
périodicité tient une place si importante dans notre
représentation du temps.La
question de l'horizon d'attente comme contexte de réception
de l'information télévisée est étudiée
par Natasa Jokic-Baldeck dans « Médias, horizons
d'attente et la guerre en ex-Yougoslavie ». Ce texte fournit
des éléments d'analyse de la réception de
l'information donnée par les médias en France sur le conflit
yougoslave lors de l'été 1991. Pour l'auteur, deux
facteurs explicatifs doivent être privilégiés :
l'horizon d'attente et de compréhension alors présent
en France ainsi que le respect de la logique des médias
caractérisée par un « diktat de la
brièveté » [17].
Enfin, l'ambivalence de
l'événement est évoquée par Alain Mons dans
« La polymorphie de l'événement ».
Dans ce texte, difficile à aborder, l'auteur traite de
l'événement médiatisé dans l'amplitude
de sa réception sociale et propose une réflexion esthétique
du temps.
Conclusion
« Médias,
temporalités et démocratie » ouvre de
nombreuses pistes de réflexion et d'analyse concernant
l'étude de ces temps particuliers, les temps médiatiques. Le
texte de Jacques Perriault propose ainsi deux points qui nous paraissent
particulièrement porteurs : son hypothèse selon laquelle
chacun des médias s'inscrit dans une temporalité
spécifique et son interrogation sur la façon dont les individus
s'adaptent à la diversité temporelle qui les entoure. Autre
thème récurrent et sous-jacent dans de nombreux articles, les
caractéristiques des temps médiatiques. Ce sont des temps
spécifiques qu'il convient de définir. Quelques rares
auteurs ont également soulignés l'importance de notions
« complémentaires » à celle du temps. Ainsi,
Lucien Sfez a étudié le rite et le rythme qui sont fortement
liés. Claude Labrosse a montré la place que tient la
périodicité dans notre représentation du temps.
Par contre, très peu
d'auteurs se sont référés aux traditions de recherche
et aux apports des études sociologiques sur les temps sociaux.
C'est là une des faiblesses majeures de cet ouvrage. Oubli des
travaux de Joffre Dumazedier, de Gilles Pronovost ou encore Daniel Mercure
côté Québécois, omission de ceux de William Grossin,
Giovanni Gasparini, Roger Sue ou encore Nicole Samuel côté
européen. Seul André Vitalis a mentionné la
réflexion de Norbert Elias sur le temps dans notre
société [18].
De plus, le débat sur la multiplicité et la pluralité des
temps n'a pas été pris en compte. Le résultat est une
utilisation sans règle du singulier ou du pluriel : le ou les temps
des médias, le ou les temps vécus côtoient le ou les temps
politiques.
En fait, par son
caractère collectif, cet ouvrage s'inscrit dans la lignée du
numéro de la revue Recherches en
Communication consacré directement au temps
médiatique (Lits, 1995). Nous avons tenté d'extraire de ces
deux publications les principaux axes de recherche sur les temps
médiatiques. Quatre axes semblent avoir été
privilégiés : la saisie même de l'objet et les
modifications provoquées par le contexte médiatique actuel, les
temporalités construites par les médias à travers leurs
mises en récit, les questions posées par la réception de
ces temps médiatiques et les relations complémentaires et/ou
antagonistes entre temps politiques et temps médiatiques. Les nouvelles
recherches portant sur les temps médiatiques ouvriront peut-être de
nouveaux axes de recherche ou participeront-elles à une combinaison des
différentes approches ?
Références
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Pour en savoir plus...
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