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La communication politique numérique des
villes du Grand Sud-Ouest français: perspectives comparatives
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par
Stéphanie Wojcik
Doctorante en science politique -
Université de Toulouse I
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| ©
Stéphanie Wojcik
- 2001 - Tous droits réservés. |
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Résumé
Cet article a pour objet de
déceler les différentes manifestations de la démocratie
électronique municipale envisagée comme un cadre dans lequel une
participation accrue des citoyens aux processus décisionnels pourrait
s'épanouir. À cette fin, l'auteure procède
à l'analyse de la communication politique numérique,
condition d'émergence d'une démocratie
électronique, des municipalités du Grand Sud-Ouest de la France
(Aquitaine, Languedoc-Roussillon et Midi-Pyrénées). La comparaison
des rubriques de communication politique présentes sur les sites Internet
de ces villes entre 1999 et 2000, nourrie d'éléments
explicatifs aux constatations effectuées, constitue la première
partie de l'article. Dans un deuxième temps, l'auteur
s'attache à cerner les contours de la démocratie
électronique dans les grandes villes, les villes moyennes et les communes
rurales de ce même échantillon. Enfin, sont mis en perspective les
résultats recueillis dans le Grand Sud-Ouest avec ceux d'un autre
échantillon, les villes membres de l'Association de Maires de
Grandes Villes de France. À l'encontre des nombreux discours
assurant l'avènement d'une démocratie plus
participative grâce à l'insertion d'Internet dans les
pratiques politiques communicationnelles, l'auteure montre le
caractère peu affirmé de la démocratie électronique
municipale et avance quelques hypothèses explicatives.
Descripteurs :
démocratie électronique municipale, communication politique
numérique, Internet, Grand Sud-Ouest (France)
Sommaire
Introduction
Avec la
diffusion de l'informatique dans la société, le thème
de la possibilité technique de mettre en place une démocratie plus
participative grâce aux réseaux télématiques alimente
régulièrement les publications d'universitaires,
d'essayistes ou de journalistes. Pour certains, les technologies de
l'information et de la communication et parmi elles, Internet,
recèlent d'immenses potentialités dont la mise en pratique
permettrait l'avènement d'une démocratie authentique,
directe. Ainsi, Pierre Lévy
écrit-il, « puisque des agoras virtuelles pourraient ouvrir
des espaces de communication, de négociation, d'émergence
d'une parole collective et de décision en temps réel, il y a
de moins en moins d'arguments "techniques" pour perpétuer le
despotisme fragmenté que constitue la
délégation » (1994,
p. 86).
L'inadaptation des structures
de gouvernement aux problèmes politiques contemporains
nécessiterait « un usage massif des techniques
numériques de simulation, d'accès à
l'information en temps réel et de communication interactive (...)
entre les mains de tous les citoyens » (ibid., p. 68). La transparence des
décisions (accroissement de la quantité d'informations
disponible sur Internet), le dialogue direct entre les individus et les groupes
(messagerie électronique, visioconférences), la prise en compte
totale et immédiate des opinions individuelles (référendum
électronique) permettraient alors, sinon de retrouver complètement
les vertus déplorées de la démocratie athénienne ou
tout au moins, de remédier à la crise réelle ou
supposée [1]
de la démocratie
représentative.
Face à ces
analyses « technico-optimistes », d'autres auteurs
déclinent les potentialités des technologies de
l'information et de la communication dans une toute autre perspective et
fustigent la transparence tant vantée des réseaux tout en
soulignant l'importance du temps dans la prise de décision
démocratique. Pour ces auteurs, la société disciplinaire
analysée par Foucault (1975) ferait désormais place à la
société de contrôle prédite par Deleuze (1990) :
la collecte des traces informatiques, l'interconnexion des fichiers, le
croisement des informations et leur accessibilité en temps réel
déboucherait sur la surveillance généralisée des
individus.
Dans ce monde enserré
dans les ramifications technologiques d'un panoptique universel, la
tyrannie du temps réel et de la consultation directe soumet la
décision politique à l'opinion. Parallèlement, l'éclatement de
la demande politique supprime la notion d'intérêt
général et court-circuite les possibilités de bâtir
des projets et des programmes politiques à moyen et long terme. Pour Paul
Virilio, la démocratie disparaîtrait par la liquidation de la
réflexion du citoyen au profit d'une activité réflexe
qui le priverait de son libre-arbitre :
« La démocratie est solidaire, elle
n'est pas solitaire et l'homme a besoin de réfléchir
avant d'agir. Or le temps réel et le présent mondial exigent
du téléspectateur un réflexe qui est déjà de
l'ordre de la manipulation » (1996,
p. 85).
D'autres auteurs tels
que Stefano Rodotà ont une vision plus tempérée et
envisagent la greffe de certains mécanismes de la démocratie
directe sur le modèle représentatif dans un processus de
« démocratie continue ». Dans ce cas, les
technologies de l'information et de la communication trouveraient un point
d'application privilégié en permettant la mise en place
d'instruments de connaissance, d'intervention non formalisée,
de proposition ou encore de consultation destinés à mettre fin
à l'intermittence inhérente au processus politique
démocratique tout en conservant le caractère représentatif
de celui-ci (1999).
Ces analyses ne s'appuient
cependant que très rarement sur l'analyse des pratiques politiques
réelles des technologies de l'information et de la communication,
cantonnant ainsi leurs rapports avec la démocratie dans le domaine des
possibles. Aussi, c'est dans la perspective évoquée par
Thierry Vedel, qui note que « si l'étude des discours
prospectifs, voire prophétiques, que le réseau mondial suscite est
riche d'enseignements — notamment quant au
rapport de nos sociétés à la technologie
—, elle
doit être complétée par des analyses des pratiques de
l'Internet » (2000, p. 247) que nous nous interrogeons sur
la réalité du fonctionnement de la démocratie
électronique.
Notre étude,
appliquée à un certain type d'institution politique (les
municipalités), dans un cadre géographique déterminé
(les régions Aquitaine, Languedoc-Roussillon et
Midi-Pyrénées en France), tentera ainsi d'appréhender
les formes que revêt la démocratie électronique municipale
envisagée comme un cadre dans lequel une participation accrue des
citoyens au processus décisionnel pourrait s'épanouir. Elle
s'inscrit dans un programme de recherche ayant pour objet la communication
numérique des villes françaises. Les villes membres de
l'Association de Maires de Grandes Villes de France (AMGVF), celles
membres de la Fédération de Maires des Villes Moyennes (FMVM)
ainsi que les villes d'Ile-de-France et celles du Grand Sud-Ouest
(Aquitaine, Languedoc-Roussillon et Midi-Pyrénées) constituent les
quatre échantillons sur lesquels porte ce programme de
recherche.
La communication
politique municipale était jusqu'alors souvent assimilée au
marketing politique conçu comme un ensemble de techniques purement
instrumentales destinées à valoriser les autorités
politiques locales (au premier rang desquelles le maire). Contribuant à
consolider le système politique local dans sa dimension
représentative, l'utilisation par les villes d'un
média interactif est en effet susceptible de remettre en question le
modèle instrumental de la communication politique en envisageant la
possibilité de relier plus étroitement celle-ci avec une
démocratie de type
participatif [2].
Afin
de confronter cette hypothèse à la réalité des
pratiques communicationnelles des villes, nous avons observé et
analysé les sites Internet des municipalités du Grand Sud-Ouest au
mois d'avril 1999 et de juin 2000 à l'aide d'un
ensemble d'indicateurs de démocratie électronique. Ces
indicateurs sont construits en référence à des
éléments d'un modèle de communication politique qui
développerait tant des ressources informationnelles que des
procédés permettant aux citoyens de prendre part à
différents degrés aux affaires publiques locales. Ces
éléments correspondent à des catégories et rubriques
de communication politique possiblement présentes sur les sites Internet
municipaux. Nous retenons ainsi trois grandes catégories
d'indicateurs : les informations politiques (résultats
d'élection, délibérations du conseil municipal...),
le dialogue entre citoyens et/ou entre citoyens et élus (forum, courrier
aux élus...) et les lieux d'expression plurielle, cette
catégorie d'analyse correspondant à la volonté des
dirigeants municipaux d'offrir un lieu de « parole »
aux individus ou groupes afin qu'ils présentent leurs
activités et actions dans la ville ou portent la contradiction des
orientations municipales. Nous avons aussi envoyé aux
webmestres [3]
de notre échantillon un questionnaire sur la gestion de leur site. Le
questionnaire permet d'éclairer à la fois la présente
réalité du site, son origine mais aussi son évolution
éventuelle. Confrontées aux analyses de contenu des sites, les
réponses recueillies permettent la mise à jour des logiques
sous-jacentes à la réalisation du site et à
l'attitude des autorités municipales face à
l'introduction d'une nouvelle technique de communication dans la vie
politique
locale [4].
Ces outils méthodologiques
(Loiseau, 1999 ; Loiseau, 2000b) sont communs à l'étude
des sites municipaux de l'ensemble des villes faisant partie du programme
de recherche précédemment évoqué et ont
été également utilisés dans une enquête
similaire que nous avons réalisée en 1999 (Wojcik, 1999), nous
permettant d'appréhender ainsi les réalisations municipales
dans le domaine de la télématique multimédia dans une
double dimension spatio-temporelle.
En 1999, notre échantillon
comprenait les sites officiels de trente-neuf municipalités dans les
trois régions Aquitaine, Midi-Pyrénées et
Languedoc-Roussillon, dont vingt-trois avaient répondu à notre
questionnaire. Notre échantillon comprend désormais les
quatre-vingt-quinze sites Internet officiels issus d'un recensement
effectué en avril 2000 dans ces mêmes trois régions (nous
avons recueilli trente-cinq réponses à notre questionnaire). Ne
sont pris en considération que les sites officiels des
municipalités c'est-à-dire ceux dont la mairie
détient la responsabilité de l'édition en excluant
les sites personnels sur les villes, les sites d'organismes parapublics ou
d'office de tourisme, les sites intercommunaux et ceux dits « en
construction ».
Contrairement aux trois autres
échantillons du programme de recherche, le Grand Sud-Ouest est
composé de communes aux dimensions hétérogènes.
Ainsi, les villes de notre échantillon n'ont pas toutes les
mêmes besoins en communication et ne disposent pas de moyens identiques
pour élaborer et mettre en oeuvre une politique dans ce domaine. Leur
communication politique numérique peut également être
tributaire des spécificités de territoires particulièrement
marqués par le principe de proximité, comme c'est notamment
le cas des communes rurales où prévalent l'interconnaissance
et la communication directe entre représentants et
représentés et où consécutivement, une communication
politique médiatisée par le réseau Internet
n'apparaît pas nécessairement
pertinente.
L'analyse des rubriques
de communication politique dans les trois types de communes présentes
dans notre échantillon (grandes villes, villes moyennes et communes
rurales [5])
permettra d'établir si l'urbanité est une variable
déterminante du dynamisme des municipalités dans leur politique de
communication électronique.
L'analyse de la
communication politique électronique des municipalités du Grand
Sud-Ouest présentée ici met ainsi en oeuvre trois types
d'approches comparatives :- une
comparaison temporelle qui met en lumière les évolutions des
rubriques de communication politique entre 1999 et
2000,- une comparaison entre les trois
catégories de communes de notre échantillon destinée
à repérer les spécificités de
chacune,- une comparaison entre notre
échantillon et celui de l'Association de Maires des Grandes Villes
de
France [6]
(AMGVF).
1. La communication politique numérique
des villes du Grand Sud-Ouest :
1999-2000 [7]
En 2000, les villes placent en
troisième objectif celui de « favoriser le dialogue avec les
citoyens et la vie démocratique » : elles sont
désormais 63 % à afficher cet objectif alors qu'elles
n'étaient que 22 % en 1999. Cette volonté de promouvoir
la vie démocratique locale se manifeste dans les rubriques de
communication politique que nous définissons comme la traduction
matérielle des souhaits exprimés par les
élus [8]
de développer l'information des citoyens, de favoriser les
débats horizontaux et verticaux et également de permettre
l'expression des individus ou des groupes constitués pouvant par ce
moyen présenter leurs activités au sein de la cité. Nous
retenons ainsi trois grandes catégories de rubriques : la
catégorie d'informations à connotation politique
communiquées à la population par la mairie, la catégorie
qui témoigne de la volonté des détenteurs du pouvoir
municipal d'instaurer un dialogue avec les citoyens et celle qui montre la
capacité des élus d'offrir un lieu d'expression aux
différents acteurs de la vie locale.
1.1 Informations politiques de la
municipalité
Les rubriques
d'informations politiques permettent de faire connaître le contenu
des décisions prises et contribuent à doter les habitants de
ressources informationnelles nouvelles. Si l'accès à ces
informations n'entraîne pas systématiquement
l'assimilation de celles-ci par les
internautes [9],
ces rubriques correspondent à la première démarche des
municipalités de communication politique sur leurs sites Internet. Le
tableau suivant indique le pourcentage de chaque rubrique dans l'ensemble
des villes en 1999 et en 2000.
|
Informations politiques de la
municipalité (pourcentages)
|
1999
(39 villes)
|
2000 (95
villes)
|
|
Résultat des
élections
|
2,5 %
|
4,2 %
|
|
Mot du responsable
politique
|
33,3 %
|
36,8 %
|
|
Ordre du jour des réunions des
élus
|
2,5 %
|
6,3 %
|
|
Compte-rendu et décisions des
élus
|
10,2 %
|
21 %
|
|
Liste des élus avec
étiquette politique
|
2,5 %
|
3,1 %
|
|
Biographies
d'élus
|
12,8 %
|
7,3 %
|
|
28,2 %
|
39 %
|
Les informations liées
à l'ordre du jour des réunions des élus et surtout
les comptes-rendus et décisions des élus apparaissent plus
prisées en 2000 qu'en 1999. Les éditeurs municipaux semblent
prendre peu à peu conscience du fait que ce type d'information,
essentiel à la compréhension de l'action municipale, est
nécessairement public puisque consultable en mairie et qu'il
n'y a aucune raison technique ou économique (la plupart des
documents officiels des mairies sont numérisés sous forme de
compte-rendu grâce au traitement de texte) pour en priver de lecture les
internautes intéressés.
On
remarque en revanche que les portraits d'élus connaissent une
relative désaffection. Il est fort probable que la loi de janvier 1990
sur la communication des collectivités locales en période
électorale et pré-électorale conduise les éditeurs
municipaux à minorer par prudence les rubriques touchant à la
personnalisation politique des informations.
La présence plus marquée
des actions politiques des municipalités sur les sites relève
quant à elle du paradoxe puisque selon les réponses des
gestionnaires à notre questionnaire, 8,6 % d'entre eux
seulement estiment que le site reflète ces actions politiques de la
majorité municipale contre 22 % en 1999. Ce décalage entre
nos propres relevés issus de la consultation des sites et l'opinion
des gestionnaires est probablement dû à une façon
différente d'appréhender les « actions politiques
des municipalités ». Pour notre part, nous classons dans cette
catégorie les rubriques qui évoquent le programme politique de la
municipalité considérée, qu'il s'agisse du
bulletin municipal (Agen, Fontes, Le Grau du Roi ou Mont-de-Marsan), le
détail du budget municipal (Albi, Balma, Bruges, Cestas, Lattes ou
Nîmes) ou encore des rubriques spécifiques consacrées
à l'explicitation des actions municipales (par exemple le
« Projet Pilote Urbain » à Bordeaux, les
« Grands Dossiers » à Lormont ou le
« Plan d'action municipale » à
Périgueux) alors que les gestionnaires assimileraient peut-être ces
« actions politiques » au seul exposé du programme
politique de la majorité municipale.
1.2 Dialogue élus-citoyens
Les potentialités techniques
d'Internet suggèrent la possibilité de nouvelles formes
d'échange politiques. On peut en effet supposer qu'elles
apportent de nouvelles fonctionnalités telles que les forums ou
qu'elles amplifient les modes d'expression antérieurs par la
modification de leurs modalités. Par exemple, chacun peut assister aux
séances du conseil municipal ou profiter de l'espace parfois ouvert
à diverses expressions dans le bulletin municipal mais une tribune libre
sur un serveur, de par ses capacités de stockage de l'information,
accroît considérablement les conditions techniques
d'intervention dans le champ politique local.
|
Dialogue
élus-citoyens (pourcentages)
|
1999 (39
villes)
|
2000 (95
villes)
|
|
Participation à distance à
des réunions, à des assemblées
|
0 %
|
0 %
|
|
Courrier à la
mairie
|
46 %
|
88 %
|
|
Forum de discussion en
différé
|
0 %
|
4,2 %
|
|
Sollicitations du citoyen en ligne
(enquêtes, votes...)
|
2,5 %
|
0 %
|
|
Débats en
direct
|
0 %
|
1 %
|
Aux yeux des éditeurs
municipaux, le dialogue qui pourrait s'instaurer entre les citoyens et
leurs édiles se traduit de manière privilégiée par
la fonctionnalité du courrier électronique. Cependant,
l'important accroissement du nombre de sites disposant de cette
fonctionnalité ne doit pas faire illusion. Les boîtes aux lettres
électroniques présentes sur les sites Internet municipaux sont
rarement celles des élus et plus souvent celles du gestionnaire du site
ou des différents services administratifs de la municipalité et,
quand bien même un élu serait expressément
désigné comme le possesseur d'une boîte aux lettre,
cela ne signifierait pas nécessairement que ce soit lui qui lise son
courrier ou réponde à la personne qui aurait envoyé un
message [10].
Les forums font timidement leur
apparition dans quatre des quatre-vingt-quinze sites de notre
échantillon. A Anglet, Montpellier et Saint-Lon-les-Mines, les
internautes ont ainsi la possibilité de faire part de leurs opinions sur
les sujets de leurs choix ou de leurs interrogations à propos du site
municipal. Ainsi à Anglet, dans un message du 28 juillet 2000, un
internaute écrit « (...) aujourd'hui encore le message
suivant s'affiche sur le site : d'ici peu des séquences
du conseil municipal du 29 juin 2000 pourront être visionnés en
ligne. Y a t-il des problèmes ou est-ce que parce que chez vous il fait
beau ? », ce qui entraîne une réponse du webmestre
du site le 31 juillet 2000: « Non, aucun problème. Nous
sommes actuellement en phase de transition et en recherche de prestataire pour
notre diffusion Internet. » Un dialogue s'engage alors avec
l'auteur du message qui répond le même jour :
« cher webmestre, merci pour la réponse mais il y a quelque
chose que j'ai du mal à comprendre. Votre réponse veut-elle
dire que dans le futur, nous aurons seulement des « émissions
en direct » ce qui ne convient pas à tout le monde ou est-ce
que vous allez l'installer de façon qu'on puisse
télécharger la réunion ultérieurement ? Cette
dernière solution me paraît plus logique et plus
démocratique. »
Parfois,
les internautes expriment leur mécontentement comme cette habitante
d'Anglet qui dans un message daté du 31 juillet 2000 écrit,
à propos de la présence de gens du voyage à
proximité de chez elle : « je m'appelle [...] et je suis en
colère. Je viens l'exprimer ici, tout en sachant que ce message ne
sera sans doute pas lu par ceux qui pourraient mettre un terme à ma
colère ».
A Condom, le
forum est cadré par quatre thèmes,
« amélioration et travaux de la cité »,
« développement économique et emploi »,
« développement du site condom.org » et
« divers » (ce dernier thème devant être
selon les règles définies par la municipalité, en rapport
avec le condomois), et donne lieu à des échanges parfois assez
vifs entre internautes locaux. A propos des travaux effectués dans la
ville, un internaute écrit ainsi le 28 février 2000,
« Amusez vous à détruire la ville en faisant des
travaux pour faire chier tout les citadins et les commerçants ;
à augmenter les impôts et tout cela bien entendu afin
d'être réelu », un autre internaute lui
répondant : « N'existe t'il pas
d'autres moyens de faire connaître son point de vue que par la
critique sur des chantiers terminés ? Sachez seulement que si la
ville est en travaux, je ne pense pas que ce soit dans le but de faire
«chier » les citadins mais plutôt dans le but
d'améliorer l'activité touristique locale. (...)
Peut-être faites-vous partie de ces gens à l'esprit
très limité qui préfère vieillir et passer leur
retraite dans une ville calme plutôt que se soucier des
générations futures qui assureront la continuité de cette
ville. » [11]
Les autres applications
interactives sont très largement délaissées, les
sollicitations en ligne ayant même disparu et les débats en direct
n'étant présent que sur un site, celui de la commune rurale
de Saint-Lon-les-Mines.
1.3 Lieux d'expression
plurielle
Dans les années 80, les
supports traditionnels d'information utilisés par les
municipalités tels que le bulletin municipal ont ouvert leurs colonnes
à des organisations extérieures au pouvoir municipal telles que
les associations : en 1985, 33 % des journaux municipaux de villes
françaises de plus de 10 000 habitants avaient mis en place une
rubrique de type « La parole aux associations » et
13 % offraient une tribune à l'opposition municipale
(Langenieux-Villard, 1985, p. 40). Nous avons tenté de
déterminer si cette pratique perdurait avec l'utilisation
d'un support électronique en nous fondant sur le constat que la
puissance de l'électronique permet d'offrir des espaces
d'expression, quantitativement quasi illimités, aux habitants et
groupes constitués d'une ville. Cette catégorie
« Lieux d'expression plurielle » se
caractérise par la présence d'une parole diversifiée,
autre que celle de la municipalité, soit hébergée sur le
site municipal, soit reliée à son site par un lien hypertexte
(lorsque les individus ou les groupes possèdent leur propre site). Nous
n'avons pas retenu ici les apparences d'expression comme les
annuaires ou les organismes qui ne paraissent pas fondamentalement être en
mesure de contredire les orientations politiques de la municipalité tels
que les hôtels et restaurants, les
entreprises [12],
les écoles, etc.
|
Lieux d'expression plurielle
(pourcentages)
|
1999
(39 villes)
|
2000
(95 villes)
|
|
Associations
|
10,2 %
|
22,1 %
|
|
Mouvements revendicatifs
(syndicats)
|
0 %
|
0 %
|
|
Groupes confessionnels
|
0 %
|
2,1 %
|
|
Partis et mouvements
politiques
|
0 %
|
0 %
|
|
Médias
|
15,4 %
|
14,7 %
|
|
Individus
|
0 %
|
9,4 %
|
Plus enclines qu'en 1999
à insérer des informations issues des mouvements associatifs dans
leur site (plus de 10 % d'augmentation par rapport à 1999),
les municipalités du Grand Sud-Ouest se montrent, en 2000,
également plus méfiantes : en réponse à notre
questionnaire, 25 % des villes déclarent que
l'hébergement de ces éditeurs extérieurs au sein du
site Internet municipal fait l'objet d'un contrat ou d'une
convention, ce qui n'était le cas que dans 11 % des villes en
1999. Cette méfiance peut traduire la nécessité pour les
éditeurs municipaux de se prémunir contre les risques juridiques
liés à l'hébergement sur les sites municipaux
d'organismes dont la parole serait de nature à mettre en cause la
responsabilité des municipalités, qui outre leur caractère
d'organisation politique n'en sont pas moins investies de missions
relevant du service
public [13].
Les organismes affichant une coloration
politique marquée sont bannis des sites Internet municipaux : les
mouvements politiques tels que les syndicats et les partis politiques demeurent
en effet toujours absents des sites Internet municipaux en 2000. Quoique de
manière parcimonieuse, les éditeurs municipaux
préfèrent établir des liens avec des partenaires dont la
vocation n'est pas nécessairement politique tels que les individus
ou les groupes confessionnels comme le montrent notre consultation des sites
mais également les réponses au questionnaire : 7,1 % des
villes de notre échantillon autorisent des individus à fournir des
informations intégrées dans le site municipal et 3,6 % des
villes insèrent des informations provenant d'instances religieuses.
Les liens avec les médias sont présents en proportion quasi
identique en 1999 et en 2000 et s'effectuent essentiellement au profit des
sites Internet de la presse régionale : « La
Dépêche du Midi » (Agen, Blagnac, Castres, Condom,
Pibrac, Rieumes), « Sud-Ouest » (Agen, Bordeaux, Condom,
Lormont) et plus rarement « Midi-Libre » (Alès)
sont les quotidiens que l'on retrouve le plus fréquemment sur les
sites municipaux. Seules deux communes rurales établissent des liens avec
la presse nationale : le site de Saint-Lon-les-Mines renvoie aux sites du
quotidien économique « Les Echos » et des journaux
« Le Monde » et
« Libération » ainsi qu'au site de
« Courrier International », le site du Grau du Roi renvoie
quant à lui à ceux de « Libération »
et de « La Tribune ».
Les liens avec d'autres types de
médias sont plus rares. On trouve cependant des liens avec des
télévisions locales comme TLT sur les sites de Toulouse et de
Blagnac, des renvois vers le site de « M6 Bordeaux »
à Lormont, et vers celui d'une télévision à
vocation partiellement régionale comme « France 3 »
sur les sites de Pibrac et Saint-Lon-les-Mines. Par ailleurs, Castres et le
village de La Cabanasse renvoient respectivement aux sites des radios
« Sud Radio » et « Radio France
Roussillon ».
Quoique encore peu
développée sur les sites Internet municipaux, la présence
de médias à vocation essentiellement régionale montre
l'intérêt que suscite l'information de proximité
dans les municipalités du Grand Sud-Ouest. Cet intérêt se
manifeste également dans la constitution d'alliances
éditoriales entre les municipalités et des sites
d'informations locales [14]
dont la présence s'est sensiblement accrue en un an (20 %
d'augmentation) comme nous l'indiquent les réponses des
gestionnaires à notre questionnaire : 31,6 % des villes
concluent désormais de telles alliances alors qu'elles
n'étaient que 12 % à le faire en
1999 [15].
1.4 Des rubriques de communication politique
plus nombreuses
|
Nombre de rubriques de communication
politique
|
1999 (39
villes)
|
2000 (95
villes)
|
|
Aucune rubrique de communication
politique
|
28,2 %
|
4,2 %
|
|
De 1 à 3
rubriques
|
59 %
|
69,5 %
|
|
De 4 à 6
rubriques
|
10,2 %
|
25,2 %
|
|
7 rubriques de communication politique et
plus
|
2,6 %
|
1,1 %
|
En 2000, les villes sont plus
nombreuses qu'en 1999 à investir dans Internet en tant
qu'outil de communication
politique [16]. On observe en effet
une diminution du nombre de villes n'offrant aucune rubrique de
communication politique sur leur site et un accroissement important de celles
qui proposent entre une et trois rubriques. Les sites Internet municipaux
s'insèrent dans un environnement dynamique où les
gestionnaires observent une augmentation du nombre de sites créés par des
citoyens (dans 54,3 % des villes en 2000 contre 35 % en 1999) et
où la proportion de sites développés par des organisations
politiques locales, quoique restreinte, a doublé (elle passe de 4 à
8,6 %) alors que les sites développés par des élus
indépendamment de celui de la mairie, absents en 1999, sont
présents dans 11,4 % des villes. Ce contexte a peut-être
conduit les municipalités à accentuer davantage la dimension
politique de leur édition numérique en 2000. Cependant, cet
enthousiasme doit être tempéré si l'on
considère qu'une seule ville, Agen, dispose sur son site de plus de
sept rubriques de communication politique et que l'augmentation du nombre
global de rubriques de communication politique est surtout due à
l'enrichissement de la catégorie d'informations politiques et
à la fonction de courrier électronique largement présente
sur les sites municipaux.
La lecture de ces quatre tableaux montre que le
développement de la démocratie locale par l'utilisation
d'un moyen de communication électronique dans les
municipalités du Grand Sud-Ouest demeure embryonnaire. Les
potentialités interactives du média Internet restent
sous-exploitées malgré l'apparition de forums de discussion
et l'ouverture plus prononcée du site à des intervenants
extérieurs ne s'effectue pratiquement qu'au profit des
associations et à des individus dont le site a la plupart du temps pour
objet de présenter les activités favorites de son
créateur.
Ce constat quelque peu
pessimiste est formulé également par les gestionnaires de site qui
sont 37,1 % à estimer qu'Internet n'est pas un
instrument de démocratie dans leur commune (ils n'étaient
que 13 % à le penser en 1999). Plus qu'un moyen de fournir des
informations politiques ou de dialoguer avec la population, le site Internet
municipal est considéré comme un outil de promotion et de
valorisation de l'action municipale par 74 % des élus (63 % en
1999). De plus, la loi de janvier 1990 sur la communication des
collectivités locales en période électorale n'incite
sans doute guère les responsables politiques à tenter des
avancées audacieuses dans le domaine de la communication politique
numérique. L'application précautionneuse de l'article
L 52.1 al. 2 du Code
électoral [17] peut en effet
conduire certains responsables municipaux à renvoyer à une
période ultérieure les évolutions éditoriales
(concernant en particulier les forums). Cependant, ces interprétations
doivent être tempérées en fonction de la taille des villes.
Nous proposons d'examiner la communication politique numérique dans
les trois catégories de villes évoquées en
introduction : grandes villes, villes moyennes et communes
rurales.
2. La communication politique numérique
des municipalités du Grand Sud-Ouest : grandes villes, villes
moyennes et communes rurales
La taille de la ville nous
paraît être une variable déterminante de leur dynamisme
dans leur politique de communication électronique, du moins dans les
objectifs affichés de celles-ci. En effet, si 63 % de
l'ensemble des villes ayant répondu à notre questionnaire
souhaitent « favoriser le dialogue avec les citoyens et la vie
démocratique », 79 % des villes moyennes et 60 % des
grandes villes assignent un tel objectif au site Internet municipal alors que
les communes rurales ne sont que 36,4 % à concevoir leur site dans
cette optique. C'est pourquoi il nous paraît pertinent
d'examiner les catégories et rubriques de communication politique
dans chacune des catégories de villes de notre échantillon et leur
évolution entre 1999 et 2000.
2.1 Informations politiques de la
municipalité
|
Informations politiques
(pourcentages)
|
Grandes villes
|
Villes moyennes
|
Communes rurales
|
|
1999
|
2000
|
1999
|
2000
|
1999
|
2000
|
|
Résultat des
élections
|
0 %
|
0 %
|
0 %
|
4,8 %
|
5,2 %
|
4,2 %
|
|
Mot du responsable
politique
|
40 %
|
50 %
|
40 %
|
38 %
|
26,3 %
|
34 %
|
|
Ordre du jour des réunions des
élus
|
20 %
|
33,3 %
|
0 %
|
9,5 %
|
0 %
|
0 %
|
|
Compte-rendu et décisions des
élus
|
20 %
|
33,3 %
|
6,6 %
|
16,6 %
|
10,5 %
|
23,4 %
|
|
Liste des élus avec
étiquette politique
|
20 %
|
16,6 %
|
0 %
|
2,4 %
|
5,2 %
|
2,1 %
|
|
Biographies
d'élus
|
60 %
|
16,6 %
|
0 %
|
7,1 %
|
10,5 %
|
6,4 %
|
|
Actions politiques de la
municipalité
|
80 %
|
83,3 %
|
33,3 %
|
54,8 %
|
10,5 %
|
19,1 %
|
Dans les grandes villes, la proportion
des rubriques d'informations politiques augmente légèrement
par rapport à 1999 hormis deux exceptions notables concernant la liste
des élus avec étiquette politique et les portraits
d'élus. Les éditeurs municipaux de cette catégorie de
ville semblent plus sensibles à la loi de janvier 1990 sur la communication des
collectivités locales en période électorale et
pré-électorale et sont les plus nombreux à opérer la
dépersonnalisation de leur information politique. Seule la ville de
Toulouse conserve en effet sur son site la biographie de son principal
magistrat.
Dans les villes moyennes, toutes les
rubriques, à l'exception du mot du responsable politique en
très légère baisse, connaissent un sensible
développement, en particulier les comptes-rendus et décisions des
élus qui sont pratiquement multipliés par trois et les actions
politiques avec plus de 20 % d'augmentation.
Dans les sites des communes rurales, les
comptes-rendus et décisions des élus sont également les
informations les plus fréquemment disponibles alors que les actions
politiques sont les moins présentes, toutes catégories de villes
confondues. Ce fait peut s'expliquer par la référence
à un caractère plus général et traditionnellement
constaté du système politique en milieu rural : la tendance
des maires à se présenter en dehors des clivages partisans, bien
qu'il ne s'agisse pas tant d'une absence de conviction
idéologique de leur part que de la nécessité de maintenir,
dans ces espaces restreints, le consensus entre les différents acteurs de
la vie locale.
2.2 Dialogue élus-citoyens
|
Dialogue élus-citoyens
(pourcentages)
|
Grandes villes
|
Villes moyennes
|
Communes rurales
|
|
1999
|
2000
|
1999
|
2000
|
1999
|
2000
|
|
Participation à distance à
des réunions, à des assemblées
|
0 %
|
0 %
|
0 %
|
0 %
|
0 %
|
0 %
|
|
Courrier à la
mairie
|
60 %
|
100 %
|
26,6 %
|
88 %
|
36,8 %
|
87,2%
|
|
Forum de discussion en
différé
|
0 %
|
16,6 %
|
0 %
|
2,4 %
|
0 %
|
4,2 %
|
|
Sollicitations du citoyen en ligne
(enquêtes, votes...)
|
0 %
|
0 %
|
6,6 %
|
0 %
|
0 %
|
0 %
|
|
Débats en
direct
|
0 %
|
0 %
|
0 %
|
0 %
|
0 %
|
2,1 %
|
L'examen de la catégorie
« dialogue élus-citoyens » en fonction de la
tripartition des villes n'apporte pas de réelle surprise. Comme
nous l'avions précédemment remarqué, le courrier
électronique est la seule des rubriques de cette catégorie qui ait
connu en un an un très fort développement : tous les sites
des grandes villes disposent d'une telle fonctionnalité et ceux des
villes moyennes comme ceux des communes rurales en sont très largement
dotés. En revanche, la présence des autres applications
interactives relèvent de
l'anecdote.
Dans les communes
rurales où le contact avec les élus est réputé plus
aisé que dans les grandes villes ou dans les villes moyennes et où
le taux d'équipement des populations n'est peut-être pas
très élevé, la quasi-absence (hormis, et paradoxalement,
des débats en direct) de ce type de rubrique n'est guère
surprenante. Dans les grandes villes et les villes moyennes, ce tropisme de la
communication politique électronique pourrait s'expliquer par le
fait que dans l'espace restreint de la commune, les élus ne peuvent
négliger l'importance de la proximité physique et des
rencontres directes avec la population lors des nombreuses manifestations
auxquelles ils sont fréquemment appelés à participer. La
limite du média Internet, comme de l'ensemble des dispositifs
numériques d'intervention à distance réside en effet
dans l'érosion de la dimension proprement affective de la
relation [18], essentielle dans la
grammaire communicationnelle des responsables politiques et dont les
médias antérieurs (notamment la télévision) peuvent
permettre un efficace déploiement. Par ailleurs, la représentation
largement partagée selon laquelle les individus sont
généralement perçus comme apathiques, peu
intéressés par la chose publique et donc peu portés
à participer n'incite peut-être pas les responsables
politiques locaux à approfondir davantage de nouvelles modalités
de contact entre eux et les habitants de leur commune.
2.3 Lieux d'expression
plurielle
|
Lieux d'expression plurielle
(pourcentages)
|
Grandes villes
|
Villes moyennes
|
Communes rurales
|
|
1999
|
2000
|
1999
|
2000
|
1999
|
2000
|
|
Associations
|
20 %
|
16,6 %
|
20 %
|
35,7 %
|
0 %
|
10,6 %
|
|
Mouvements revendicatifs
(syndicats)
|
0 %
|
0 %
|
0 %
|
0 %
|
0 %
|
0 %
|
|
Groupes
confessionnels
|
0 %
|
0 %
|
0 %
|
2,4 %
|
0 %
|
2,1 %
|
|
Partis et mouvements politiques
|
0 %
|
0 %
|
0 %
|
0 %
|
0 %
|
0 %
|
|
Médias
|
40 %
|
33,3 %
|
13,3 %
|
12 %
|
10,5 %
|
15 %
|
|
Individus
|
0 %
|
0 %
|
0 %
|
9,5 %
|
0 %
|
10,6 %
|
L'absence de liens avec des
sites de partis politiques ou de syndicats s'inscrit dans une
continuité spatio-temporelle : en 1999 et en 2000, quelle que soit
la catégorie de villes, les municipalités excluent ce type
d'expression de leur site municipal. Villes moyennes et communes rurales
ont en commun de permettre pour la première fois l'expression sur
leur site d'individus ou d'instances religieuses, contrairement aux
grandes villes sur les sites desquelles seuls des liens vers des associations et
des médias sont mis en place et ce, de manière moindre qu'en
1999. Les médias sont toutefois les mieux représentés sur
les sites de ces villes que dans ceux des autres catégories de ville.
Les sites des villes moyennes
se démarquent du reste de l'échantillon par la proportion la
plus importante de liens vers des sites associatifs. Il faut
préciser que les associations que nous avons pris en considération
sont celles qui peuvent, en raison de leur vocation, prendre part
un tant soit peu aux débats politiques locaux à défaut
d'orienter définitivement les décisions prises par les
municipalités. À Balma, nous avons comptabilisé l' « Association
pour la protection du cadre de vie et de l'environnement balmanais
» qui élabore dans ce domaine des propositions soumises aux
décideurs. À Lattes l'« Association des Internautes Territoriaux
» a pour but de « rassembler les acteurs des collectivités locales
sur le réseau Internet afin de mettre en commun leur expérience,
partager leur réflexions et promouvoir les nouvelles pratiques
administratives par voie électronique ». À La Teste de Buch,
l'association « Vivre à La Teste de Buch » a pour but la défense
de l'environnement et du cadre de vie, la lutte contre les
pollutions et les nuisances dans la commune. Ces associations sont
généralement plus présentes dans les villes moyennes que dans les
communes rurales (dans lesquelles il existe par ailleurs de
nombreuses associations sportives et culturelles) et disposent des
moyens suffisants pour élaborer leur propre site, rendant ainsi
possible l'établissement d'un lien avec celui de la
municipalité. Elles sont aussi, sinon plus, développées dans les
grandes villes mais on peut supposer que leur relation avec le
pouvoir municipal est plus délicate, ce dernier rechignant alors à
leur fournir une tribune sur le site de la ville. Certains élus
locaux refusent en effet le dialogue avec les associations sous
prétexte que celles-ci doivent se maintenir dans un rôle de
« dispensateurs de loisirs » (Bruneau, 1986). Dès lors,
les municipalités peuvent estimer inutile de leur offrir un lieu
d'expression sur les sites Internet. Par ailleurs, les
municipalités qui comme le remarque Philippe Garraud,
« ne peuvent ignorer les associations dont les activités
s'insèrent plus ou moins directement dans le
champ d'intervention de l'institution
communale » (1985, p. 28) ont pour certaines déjà mis en
place des procédés de concertation et peuvent alors ne pas estimer
nécessaire l'ouverture sur les sites Internet d'un
espace permettant aux organismes associatifs d'exprimer
leurs revendications.
De manière encore timide, les
villes moyennes et dans une moindre mesure, les communes
rurales [19], sont
cependant celles qui ont en un an investi le plus dans la
communication politique numérique, notamment par la mise en ligne
accrue de leurs informations politiques et l'ouverture de
leur site à des intervenants extérieurs au pouvoir municipal. Les
grandes villes ont simplement supprimé les rubriques allant à
l'encontre de la législation électorale applicable de manière
conjoncturelle. Dans les rubriques dénotant une volonté de
dialogue entre les élus et leurs concitoyens, seule la messagerie
électronique est plébiscitée par l'ensemble des villes, les forums
étant encore très peu développés.
Afin de déceler l'éventuelle
existence d'une implication différentielle des villes dans
leur communication politique numérique selon leur implantation
géographique, nous avons comparé les réalisations des villes du
Grand Sud-Ouest avec celles des villes appartenant à
l'Association de Maires de Grandes Villes de
France.
3. La communication politique
numérique dans les villes du Grand Sud-Ouest et dans les villes
membres de l'Association de Maires de Grandes Villes de France
En 2000, « favoriser le
dialogue avec les citoyens et la vie démocratique » est un
objectif partagé de manière égale par les villes de notre
échantillon et celles membres de l'Association de Maires de Grandes
Villes de France (AMGVF) : 63 % des villes de chacun de ces deux
échantillons souhaitent l'instaurer. Aussi, nous avons voulu savoir
comment la similarité de cet objectif se traduisait dans les rubriques de
communication politique électronique des villes du Grand Sud-Ouest et
dans celles des villes membres de
l'AMGVF [20].
3.1 Informations politiques de la
municipalité en 2000
|
Informations politiques de la
municipalité
|
GSO
|
AMGVF
|
|
Résultat des
élections
|
4,2 %
|
2 %
|
|
Mot du responsable
politique
|
36,8 %
|
30 %
|
|
Ordre du jour des réunions des
élus
|
6,3 %
|
26 %
|
|
Compte-rendu et décisions des
élus
|
21 %
|
34 %
|
|
Liste des élus avec
étiquette politique
|
3,1 %
|
28 %
|
|
Biographies
d'élus
|
7,3 %
|
20 %
|
|
Actions politiques de la
municipalité
|
39 %
|
70 %
|
Hormis pour le mot du responsable
politique et les résultats d'élection, les rubriques
d'information politique sont bien moins fréquentes dans les sites
Internet du Grand Sud-Ouest que dans ceux des villes membres de
l'Association des Maires de Grandes Villes de France (AMGVF). En
particulier, les actions politiques sont beaucoup plus développées
dans les sites des villes de l'AMGVF. On peut supposer que les grandes
villes sont plus souvent porteuses d'enjeux idéologiques et
partant, plus désireuses d'en communiquer la teneur que les villes
moyennes et surtout les communes rurales dont l'apolitisme, réel ou
affiché, est un caractère souvent remarqué. Or, ces deux
dernières catégories de villes représentent
précisément plus de 90 % des villes de notre
échantillon ce qui explique la faible présence des actions
politiques dans l'ensemble des sites du Grand Sud-Ouest par rapport
à ceux de l'AMGVF. Une autre raison de cette différence peut
tenir au fait que dans leur plus grande majorité, les grandes villes de
l'AMGVF détaillent leurs actions politiques dans leur bulletin
municipal, souvent retranscrit sur le support électronique que constitue
leur site Internet. Au contraire, les villes moyennes et les communes rurales
majoritaires dans le GSO n'utilisent pas toutes le bulletin municipal,
aussi les actions politiques que ce dernier pourrait contenir, apparaissent
moins souvent sur leur site : la présentation des actions politiques
de ces municipalités sur leurs sites Internet nécessiterait en
effet une démarche supplémentaire et non une simple
retranscription du support papier sur le support
électronique.
3.2 Dialogue élus-citoyens
|
Dialogue
élus-citoyens
|
GSO
|
AMGVF
|
|
Participation à distance à
des réunions, à des assemblées
|
0 %
|
2 %
|
|
Courrier à la
mairie
|
88 %
|
98 %
|
|
Forum de discussion en
différé
|
4,2 %
|
26 %
|
|
Sollicitations du citoyen en ligne
(enquêtes, votes...)
|
0 %
|
2 %
|
|
Débats en
direct
|
1 %
|
2 %
|
Au sujet du dialogue entre élus et
citoyens, les sites des villes du Grand Sud-Ouest et ceux des villes membres de
l'AMGVF revêtent un aspect relativement similaire. La
différence la plus notable entre les deux échantillons
réside cependant dans la présence plus marquée des forums
de discussion sur les sites de villes membres de l'AMGVF. Les
procédures qui pourraient faire se profiler le spectre d'une
« démocratie locale directe » telles que la
participation à distance à des réunions, les votes et les
débats en direct ne sont guère promues tant par les villes du
Grand Sud-Ouest que par celles membres de l'AMGVF (dans ce dernier
échantillon, seules Amiens et Boulogne-Billancourt les mettent en
pratique).
Généralement, les
arguments avancés pour justifier la faible utilisation des
spécificités du média tels que l'interactivité
au profit des habitants sont de deux ordres. D'une part, ces applications
nécessitent des moyens humains et financiers dont ne disposent pas de
manière égale toutes les villes, une ville moyenne de 25.000
habitants n'a ainsi pas la même capacité financière
à gérer un dispositif numérique de participation à
distance qu'une grande ville de 300.000 habitants. Le faible
équipement de la population surtout dans les moyennes et petites communes
ainsi que l'existence de
moyens [21]
déjà efficaces permettant la prise en compte des attentes des
citoyens peuvent aussi constituer un obstacle à la mise en place de tels
types d'application.
D'autre part, il existe
des raisons d'ordre moins pragmatique, soulignées tant par certains
membres de la classe politique que par certains auteurs, telles que le danger
suscité par la mise en place d'une démocratie directe
substituant à la réflexion une interactivité donnant le
faux sentiment d'une consultation raisonnable ; par exemple pour un
responsable du RPR, cité par Franck Sérusclat, « ce
serait une erreur grave de penser que cette interactivité puissante
rendue possible grâce à ces nouvelles technologies pourrait se
substituer au débat et à la maturation de la réflexion qui
seront toujours nécessaires dans nos démocraties »
(1994/1995, p. 7) et pour Marc Guillaume, le vote électronique est
une « dangereuse illusion » dans la mesure où « il
fait fi de la durée nécessaire à la construction
rationnelle du jugement et au dépassement volontaire des
intérêts particuliers » (1999).
3.3 Lieux d'expression
plurielle
|
Lieux d'expression
plurielle
|
GSO
|
AMGVF
|
|
Associations
|
22,1 %
|
22 %
|
|
Mouvements revendicatifs
(syndicats)
|
0 %
|
0 %
|
|
Groupes confessionnels
|
2,1 %
|
12 %
|
|
Partis et mouvements
politiques
|
0 %
|
2 %
|
|
Médias
|
14,7 %
|
32 %
|
|
Individus
|
9,4 %
|
8 %
|
Les villes du Grand Sud-Ouest et celles
membres de l'AMGVF présentent un certain nombre de points communs
quant à l'ouverture de leurs sites municipaux à une
expression libre. En effet, dans les deux échantillons, une proportion
quasi égale des villes établit des liens avec des sites
associatifs et des pages personnelles et elles font preuve d'un ostracisme
pratiquement identique à l'égard des mouvements
revendicatifs et des partis politiques.
En
revanche, les villes membres de l'AMGVF sont plus portées à
accueillir sur leur site les médias ou les groupes confessionnels que
celles du Grand Sud-Ouest. Peut-être faut-il y voir la manifestation
d'une conception éditoriale différente entre les villes des
deux échantillons : les responsables éditoriaux des villes
membres de l'AMGVF orientent fréquemment leurs sites vers des
informations étrangères à leurs missions initiales
constitutives ainsi de portails d'informations de proximité
(Loiseau, 2000a). L'insertion d'informations relatives aux cultes et
l'établissement de liens vers des médias seraient des
conséquences attendues de cette approche en terme de portail municipal
que ne partageraient pas nécessairement les responsables
éditoriaux des villes du Grand
Sud-Ouest.
Dans les villes du Grand
Sud-Ouest, l'implication des élus quant à la gestion du site
s'est faite plus discrète en 2000 qu'en 1999. Les maires ne
sont plus que 11,4 % à participer « très
fortement » ou « fortement » aux orientations
et aux évolutions du site Internet municipal (contre 30 % en 1999)
et limitent leur engagement à une participation modérée
dans 63 % des villes (44 % en 1999). De même, 11,4 % des
élus chargés d'Internet n'y participent
« pas du tout », ce cas de figure ne s'étant
pas présenté en
1999 [22]. Cette éclipse du
politique n'est contredite que sur un point : le nombre de rubriques
refusées par les décideurs politiques passe de 9 à
17,1 % en 2000.
Cependant, la faible
part prise par les élus du Grand Sud-Ouest dans la gestion quotidienne
des sites Internet municipaux n'explique pas les variations du nombre de
rubriques de communication politique, notamment au niveau de l'information
politique, entre les sites du GSO et ceux de l'AMGVF. En effet, les
élus des villes membres de l'AMGVF ne participent guère plus
aux orientations et aux évolutions du site Internet municipal :
15,8 % des maires de ces villes participent « très
fortement » ou « fortement », soit en
proportion très légèrement supérieure à leurs
collègues du Sud-Ouest. Deux faits méritent toutefois
d'être signalés car susceptibles d'expliquer ces
variations du nombre de rubriques de communication politique entre les deux
échantillons. D'une part, la collaboration entre décideurs
politiques et gestionnaires est jugée satisfaisante par 62,9 %
d'entre eux dans les villes du Grand Sud-Ouest et par une proportion
sensiblement plus élevée, 74,7 %, dans les villes de
l'AMGVF. D'autre part et surtout, les directeurs du service
information-communication des villes de l'AMGVF sont mieux informés
que leurs homologues du Sud-Ouest : 81,6 % des premiers sont
« très satisfaits » ou
« satisfaits » de leur information quant aux
potentialités d'usages des nouvelles technologies de
l'information et de la communication alors que pour les seconds, ce
chiffre tombe à 57 %.
Conclusion
Cette étude de la
communication politique numérique des villes du Grand Sud-Ouest,
effectuée entre avril 1999 et juin 2000, fournit un éclairage
comparatif en même temps qu'elle opère une relativisation
certaine de l'idée de la revivification de la démocratie par
l'utilisation des réseaux télématiques. Malgré
une évolution réelle du nombre de rubriques de communication
politique entre 1999 et 2000, la pauvreté de l'ensemble des
rubriques de communication politique est en effet patente quel que soit
l'angle comparatif sous lequel on se place.
En 2000, les municipalités du Grand
Sud-Ouest font toujours preuve de frilosité à l'égard
des informations politiques contrairement aux villes membres de
l'Association de Maires de Grandes Villes de France. Ces dernières développent
plus particulièrement cet aspect de la communication politique
numérique, et sous-exploitent les potentialités du média du
point de vue du dialogue entre élus et citoyens, ne favorisant pas les
possibilités pour ces derniers de devenir des acteurs politiques de leur
commune. La comparaison des rubriques en fonction de la taille des villes montre
toutefois le relatif dynamisme des villes moyennes lesquelles ont entre 1999 et
2000 le plus investi dans leur communication politique numérique,
notamment par la mise en ligne accrue de leurs informations politiques et
l'ouverture de leur site à des intervenants extérieurs au
pouvoir municipal. En revanche, les grandes villes ne se sont guère
impliquées dans le développement de cette même
communication.
Insuffisamment abordés dans le
cadre de cet article, les facteurs explicatifs du caractère peu
affirmé de la démocratie électronique dans les
municipalités du Grand Sud-Ouest sont à la fois conjoncturels et
structurels. Outre l'influence conjoncturelle de la réglementation juridique des campagnes
électorales précédemment évoquée sur la créativité des éditeurs municipaux, de multiples autres
paramètres conditionnent la constitution de liens plus ou moins solides
entre Internet et la démocratie participative locale. En 1997, les
technologies de l'information et de la communication ont engendré
5 % du produit intérieur brut français, soit davantage que
l'industrie automobile et l'énergie réunies
(« Les Echos », 27/05/1999) et en 1998, 15 % de la
croissance du PIB leur était imputable ce qui représente à
peu près un demi-point sur les 3,2 % de croissance annuelle en cette
même année (« La Tribune »,
16/04/1999).
Les performances de
« l'économie Internet » qui représente
aux Etats-Unis plus de 300 milliards de dollars (Dépêche AFP du
10/06/99 parue dans Yahoo !France le 11/06/99) constituent autant
d'exemples de nature à ancrer, à tort ou à raison,
chez les responsables politiques la certitude que le développement des
NTIC re-dynamisera une économie nationale à la santé
précaire. Les élus locaux confrontés comme les
autorités publiques nationales aux problèmes d'emploi et de
développement économique peuvent être sensibles à ces
chiffres et espérer tirer partie des infrastructures numériques
dans la perspective d'inverser les courbes du chômage et de
favoriser la croissance régionale. Aussi, les élus locaux
recherchent préférentiellement par la création
d'infrastructures numériques et l'interconnexion des
réseaux existants à renforcer la compétitivité
économique de leur territoire plutôt que d'approfondir la
démocratie locale, d'autant plus qu'une partie de leur
légitimité provient justement de leurs capacités à
initier des politiques publiques pouvant engendrer des bénéfices
économiques pour l'ensemble de la
collectivité.
Ensuite, la
démocratie locale est enserrée dans un cadre juridique
étroit dans lequel la participation des citoyens au processus
décisionnel local est limitativement définie. Ainsi que
l'écrit Jacques Caillosse, « l'outillage juridique
(...) reste conçu, (...) de manière à toujours
ménager le pouvoir décisionnel des élus » (2000,
p. 128-129). Attachés à cette prérogative
institutionnelle leur assurant la primauté de la décision, les
élus peinent ainsi à imaginer des modalités de
participation des citoyens dont l'incursion au sein des modes de
gouvernement local