|
|
Enseigner la communication scientifique
à des chercheurs et à des journalistes: <br /> une chronologie des
programmes au Brésil et l'expérience du Labjor/Unicamp
|
par
Mônica Macedo
Doctorante en communication -
Université méthodiste de Sao Paulo (Brésil) / Université de Poitiers
(France)
|
| ©
Mônica Macedo
- 2001 - Tous droits réservés. |
Cet article est aussi disponible en
format PDF.
Adressez vos questions et commentaires à
l'auteur.
|
|
Résumé
L'enseignement de la
communication scientifique au Brésil est un phénomène qui
date des années soixante-dix, bien qu'il y ait encore
aujourd'hui peu de programmes offerts. Plusieurs raisons expliquent cette
situation mais c'est surtout le fait que le domaine de la communication
scientifique ne soit pas une discipline bien établie et qu'en
conséquence, son enseignement donne lieu à une multiplicité
d'objectifs, de programmes et de publics cibles. L'évaluation
et la comparaison des programmes qui ont eu cours jusqu'à
aujourd'hui sont donc importantes pour comprendre les enjeux actuels dans
ce domaine. Nous dressons ici une brève chronologie des programmes de
communication scientifique au Brésil, tout en les comparant à des
programmes à l'étranger. Nous faisons aussi une analyse plus
détaillée de l'expérience qui est en cours à
l'Université de Campinas (Unicamp) depuis 1999 : un programme
qui s'adresse simultanément à des chercheurs et à des
journalistes dans le but de développer leur perception des
différents savoir-faire et savoir-être de chaque profession. Notre
conclusion principale est que le contact entre les deux groupes produit des
résultats positifs, quoiqu'il ne change pas la nature de chaque
profession et que des différentes perspectives sur la science et la
société continuent à exister.
Descripteurs : communication
scientifique, journalisme, science, enseignement, formation, histoire,
Brésil, journaliste(s), chercheur(s),
scientifique(s).
Sommaire
1. Le champ de la communication scientifique au
Brésil et dans d'autres pays
L'enseignement de la
communication scientifique au Brésil est un phénomène
relativement ancien, malgré le petit nombre de programmes offerts
aujourd'hui [1]. Les premiers cours sont apparus dans les années
soixante-dix, quand les débats au sein de la communauté
universitaire sur la couverture de la science dans les médias ont
commencé à se développer en nombre et en qualité.
Mais la plupart des expériences restèrent isolées et
n'eurent pas de suite après la première ou la
deuxième année. Nombreuses sont les raisons qui expliquent cette
situation et il est impossible de toutes les exposer exhaustivement ici. On peut
cependant mentionner l'impact déstabilisateur de la dictature
militaire sur les conditions de travail dans les universités, surtout
pendant les années soixante-dix, ainsi que les difficultés
à trouver du soutien financier et institutionnel pour ces cours.
Même si la couverture de la science dans les médias existait
déjà depuis quelque temps, la formation des journalistes et des
communicateurs scientifiques n'avait jamais été
véritablement conçue comme une priorité. Pourtant, il
existait un public pour l'information scientifique, mais la communication
scientifique n'intéressait que quelques rares associations
scientifiques et individus. Parmi ces individus, on trouvait deux groupes :
des chercheurs qui démontraient une aptitude particulière pour
communiquer avec le grand public et des journalistes qui couvraient
régulièrement le sujet et « apprenaient sur le
tas ». D'autres
barrières, liées à la définition de la communication
scientifique elle-même, contribuèrent à créer cette
situation particulière au Brésil. En effet, encore
aujourd'hui, la communication scientifique n'est pas reconnue comme
un domaine académique bien établi. Les experts aptes à
enseigner dans ce champ sont rares et peu d'institutions sont prêtes
à investir dans un programme à long terme.
Cette rareté des ressources ne
correspond nullement à l'état de la couverture de la science
dans les médias. Figuerôa et Lopes (1997) ont observé, par
exemple, que les nouvelles scientifiques occupaient déjà un espace
important dans les grands quotidiens brésiliens du XIXème
siècle, reflétant l'influence d'un projet national de
développement économique reposant sur la science et la
technologie. De son côté, Massarani (1998) a noté un fort
mouvement de diffusion de la science dans la Rio de Janeiro des années
vingt, avec un grand nombre de revues, livres, conférences et autres
manifestations.
Mais s'il est vrai que la couverture de la
science est significative, le nombre de chercheurs qui se consacrent à ce
domaine l'est beaucoup moins. De plus, la variété de
structures, programmes et diplômes existants rend difficile la comparaison
et l'évaluation des expériences, car il existe autant de
définitions de la « communication scientifique »
qu'il existe de groupes concernés par le
sujet.Il semble toutefois que ce
problème n'est pas propre au Brésil; qu'il existe
aussi dans d'autres pays, où l'enseignement de la
communication scientifique est pourtant déjà une tradition. Dans
un rapport sur la communication de la connaissance scientifique et technique
soumis à la Commission Européenne, Labasse (1999) livre une vision
pessimiste des développements dans ce domaine. Outre la déficience
observée au niveau de la diffusion auprès de différents
publics, le problème de la communication scientifique, dit-il, est
paradoxalement le manque de connaissances sur le sujet
lui-même.Labasse reconnaît
toutefois que l'enseignement de la communication scientifique est une
question importante : « l'une des rares qui concilie tous
les acteurs » [2]. Mais en
raison de l'absence de connaissances spécifiques sur le sujet, les
programmes oscillent entre les deux domaines qui les concernent (la science et
la communication) et offrent un enseignement fragmenté, où
théorie et pratique sont rarement intégrées. En effet, les
questions « comment enseigner », « à qui
enseigner » et « quoi enseigner »
n'ont jamais reçu une réponse claire et consensuelle dans
les différents pays où il y a des cours en communication
scientifique. Analysant la situation du Royaume-Uni, Jon Turney
(1994) montre qu'au cours des dernières années, la
diversité des groupes impliqués en enseignement de la
communication scientifique a donné lieu à une diversité de
conceptions de la profession d'enseignant de la communication scientifique
ainsi qu'à une diversité de types, styles et objectifs de
programmes [3]. La classification
générale proposée par l'auteur distribue les
expériences en trois catégories.
La première
(« communication skills courses ») a pour but
d'aider les chercheurs à mieux communiquer face à une
audience non technique [4]. La
deuxième (« skills with added theory ») comprend
des éléments pour ouvrir une discussion sur les relations entre la
science et ses publics et sur les raisons de promouvoir la compréhension
publique des sciences [5]. La
troisième (« big picture ») inclut les
éléments techniques (« skills »)
intégrés toutefois au sein d'un programme plus vaste, qui
touche plusieurs disciplines des sciences sociales
[6]. Tous ces programmes ont
différentes ambitions et conceptions de la communication de la science et
Turney souligne l'importance d'échanger sur les
expériences et de tenter de vérifier ce que les cours ont en
commun et comment ils peuvent être évalués.
Si on regarde d'autres
pays que le Royaume-Uni
en Europe, la situation n'est pas différente. En Espagne, par
exemple, on trouve des programmes comme le Máster en Comunicación
Científica de l'Université de Salamanque, d'une
durée d'un an, dont l'axe principal est l'histoire et
la sociologie des sciences et qui est structuré à partir de la
relation entre science et société. En 1999, le programme a
rassemblé un groupe d'étudiants latino-américains et
européens dans le cadre du Programme Alfa-Cuco de la Communauté
Européenne.
Le programme de
l'Observatorio de la Comunicación Científica de
l'Université Pompeo Fabra offre pour sa part un Máster en
Comunicación de la Ciencia avec deux options professionnelles : Sciences
de la santé et Muséologie. Les étudiants suivent
d'abord, pendant six mois, un programme commun en communication de la
science, incluant des éléments de science,
d'épistémologie et de communication. Par la suite, chacun
choisit l'un des domaines, se livre à des travaux pratiques et
participe à des discussions théoriques sur le
sujet.
Aux États-Unis, où il
existe une quarantaine de programme de communication scientifique (Dunwoody et
al., 1998), on trouve des expériences aussi différentes que celles
du Knight Science Journalism Fellowship (au Massachussets Institute of
Technology) et le Program in Science Journalism de l'Université de
Boston. Le premier rassemble des journalistes scientifiques
expérimentés qui, pendant neuf mois, assistent à des
conférences et à des réunions avec les chercheurs du MIT et
doivent, à la fin, rédiger un travail (en général un
livre) dans un domaine scientifique de leur choix. Le but de ce programme est de
développer les connaissances des étudiants dans un domaine
scientifique qu'ils couvriront ensuite dans les médias. Les
étudiants (maximum de dix par an) reçoivent une bourse de
35000 $US. Le programme de l'Université de Boston
s'adresse à un public plus jeune, s'appuyant sur des
compétences professionnelles en communication plutôt que sur des
connaissances scientifiques. Au nombre des cours figurent :
« Rédaction de l'information scientifique », « Information scientifique
et médias électroniques », « Reportage scientifique » avancé et
« La science dans les médias de masse ». Pour être admis, il faut
posséder un certain bagage de connaissances scientifiques (diplôme
pertinent ou expérience professionnelle) et des aptitudes en expression
écrite. Le programme dure un an et débouche sur un diplôme
en Communication de la science (M.S. degree). Le coût du cours est de 22
830 US$.
Au Brésil, il semble
bien qu'on assiste à une période de changement. Au cours des
dernières années, l'enseignement de la communication
scientifique s'est accru avec la création de plusieurs nouveaux
cours ainsi que des programmes de financement pour le développement de la
communication scientifique, comme celui de la Fondation pour le
développement de la science de l'État de São
Paulo : Mídia-Ciência. On observe également une
augmentation des débats sur la communication publique des sciences dans
les associations scientifiques, comme l'Association brésilienne
pour le progrès de la science (SBPC) et l'Association
brésilienne de journalisme scientifique
(ABJC).
Pour comprendre la situation
contemporaine de l'enseignement de la communication scientifique au
Brésil et essayer de dégager des pistes pour les années
à venir, il faut se pencher plus attentivement sur l'histoire des
programmes offerts dans le passé.
2. Une chronologie de l'enseignement de la
communication scientifique au Brésil
Le premier programme de
communication scientifique au Brésil a été dispensé
en 1970 à l'École de communications et des arts (ECA) de
l'Université de São Paulo (USP). Le journaliste scientifique
espagnol, Manuel Calvo Hernando, avait été invité à
donner le Curso de Extensão em Jornalismo Científico, pendant
un an, aux étudiants de troisième cycle en communication.
L'idée de communication scientifique reposait sur une conception de
la science comme « processus de découverte »
susceptible d'intéresser le grand public, dans la mesure où
le journaliste réussirait à traduire le langage scientifique de la
façon la plus attirante possible. De
cette expérience, on a publié un livre sur le journalisme
scientifique, mais le cours n'a pas été donné une
deuxième fois. Il a pourtant stimulé quelques étudiants
à poursuivre leur doctorat à l'ECA en communication
scientifique et a donné lieu aux premières thèses sur ce
sujet au Brésil [7]. Plus tard,
l'École a offert un autre cours, le Curso de Aperfeiçoamento
em Divulgação Científica, dispensé à deux
reprises seulement.
On doit également
mentionner les activités de l'Agence Universitaire de Presse (AUN)
de l'ECA, administrée par des professeurs et des étudiants.
En 1971, l'AUN s'inspira du cours de Calvo Hernando et concentra ses
travaux sur la diffusion des projets et évènements scientifiques
de l'Université de São Paulo afin de mettre en pratique le
journalisme scientifique dont on discutait. Cette activité s'est
arrêtée soudainement en 1977, quand les directeurs et plusieurs
professeurs de l'ECA furent démis de leurs fonctions par le
gouvernement militaire.
Quelques membres de
l'École s'établirent à
l'Université Metodista de São Paulo (UMESP) où ils
créèrent, en 1978, un axe de recherche en communication
scientifique dans le cadre du Programme de Mestrado en Sciences de la
Communication. Ce programme, qui depuis 1996 inclut un Doctorat, a comme public
cible des étudiants en communication et vise à former des
chercheurs et des enseignants. Parmi les cours offerts, on
trouve : Théories de la Communication, Méthodologie,
Épistémologie et Communication, Science et Société.
C'est la plus vieille expérience dans ce domaine au Brésil
et elle a produit plusieurs études et enquêtes sur la science et la
technologie dans les médias. L'UMESP est le coordinateur pour
l'Amérique Latine du Comsalud, un projet international de recherche
financé par l'Organisation Mondiale de la Santé et
l'Organisation Panaméricaine de la Santé, pour faire une
enquête sur la couverture des médias en médicine et en
santé et mettre sur pied des activités de formation pour des
journalistes et des scientifiques.
En 1982,
la Coordenação de Aperfeiçoamento de Pessoal de
Nível Superior (Capes), une agence du Ministère de
l'Éducation pour la formation de Ressources Humaines, a offert un
programme de journalisme scientifique à distance à des
journalistes de différentes régions du pays. Le cours était
structuré en modules et les 30 participants recevaient, une fois par
mois, des textes sur un sujet scientifique à partir desquels ils devaient
rédiger une brève dissertation. Les tâches étaient
suivies par un tuteur (généralement un chercheur
expérimenté dans le domaine), qui supervisait les lectures et
évaluait les travaux. Plusieurs étudiants abandonnèrent le
cours avant la fin, car le volume d'information était trop
important pour être assimilé dans le temps disponible. La plupart
avaient l'impression de devoir se transformer en
« experts » de plusieurs domaines scientifiques en
quelques mois. Le cours ne fut pas donné une deuxième fois.
Quelques années plus tard, en 1988,
le Centre de politiques scientifiques et technologiques de
l'Université de Brasília (UnB), en collaboration avec le
CNPq, offrit le Curso de Especialização em
Comunicação Científica, un programme de six mois qui
consistait essentiellement en une série de conférences avec des
chercheurs et des journalistes scientifiques pour des étudiants en
communication ou en sciences. Ce cours ne fut pas donné une
deuxième fois non plus. Ces programmes sont davantage des
activités visant à développer la communication scientifique
que de véritables programmes d'enseignement. Ils n'atteignent
pas la catégorie de programmes réguliers dans leurs
institutions.
Parmi les programmes de
troisième cycle qui comprennent un volet en communication scientifique,
il faut citer également les expériences de l'École de
Communication (ECO) et du Département de biochimie médicale de
l'Université Nationale de Rio de Janeiro (UFRJ). Dans le cas de
l'ECO, le Mestrado en Communication inclut, depuis 1980, un axe de
recherche en Information, science et société, qui met
l'accent sur le rôle de l'information scientifique dans
différents contextes sociaux, politiques et culturels. Dans le cas du
Département de biochimie médicale, on a créé
récemment un axe en Éducation, diffusion et gestion en
biosciences, qui accepte des étudiants avec différentes
formations, y compris en sciences
humaines.
Au cours des trois ou quatre
dernières années, plusieurs nouveaux programmes de communication
scientifique ont été créés. Le cas des Écoles
de journalisme des États de São Paulo et de Pernambuco est
particulièrement intéressant. À l'Université
Nationale de Pernambuco (UFPE), les activités du Groupe
d'études en communication et en sciences coordonné par
Isaltina Melo Gomes de l'Association brésilienne de communication
(INTERCOM) ont mené à la création d'un programme de
Journalisme scientifique. Le but de ce genre de programmes est d'enseigner
comment trouver des informations scientifiques fiables, comment interviewer des
chercheurs et produire des textes pour les médias de masse. Des
études de cas de diffusion scientifique dans la presse font aussi partie
du programme. Plusieurs expériences de ce type sont en cours actuellement
à l'Université de São Paulo (USP), à
l'Université Metodista de São Paulo (UMESP), à
l'Université de Mogi das Cruzes (UMC), à
l'Université du Vale do Paraíba (UNIVAP) et à
l'Université Santa Cecília
(UNISANTA).
Quelques institutions de
recherche ont aussi commencé des programmes à court terme,
destinés à deux publics différents : les chercheurs et
les journalistes scientifiques. D'un coté, il y a ceux qui
enseignent les sciences aux journalistes pour améliorer leurs
connaissances dans des sujets particuliers. De l'autre, il y a ceux qui
enseignent aux chercheurs à « dialoguer » avec les
journalistes (comment se comporter dans une entrevue, comment interpréter
le mode de production des reportages dans les médias, etc.). C'est
le cas du cours Immunologie pour des journalistes, offert par la Fondation
Oswaldo Cruz (FIOCRUZ) et du Cours de communication en sciences de la
santé pour les professionnels de la presse, de l'Université
Nationale de São Paulo (UNIFESP).
Une
expérience similaire, celle de l'Ofjor Ciência, a
été mise en place en 1997 par le Laboratoire d'études
en journalisme (LABJOR) de l'Université de Campinas en
collaboration avec l'entreprise privée Brasmotor S.A. Le groupe
rassemblait des journalistes, des chercheurs et des communicateurs (relations
publiques). Le contenu portait sur l'analyse de la couverture des sciences
et des technologies dans les médias (l'ingénierie
alimentaire en particulier). Les enseignants étaient majoritairement des
journalistes chevronnés.
3. Le programme du LABJOR
En 1999,
l'Université de Campinas (Unicamp) a offert une
spécialisation en journalisme scientifique, ayant comme
particularité le fait de s'adresser simultanément à
des chercheurs et à des journalistes. Le but de ce programme est de faire
travailler les deux groupes ensemble, d'améliorer leur perception
l'un de l'autre et d'essayer de réduire le fossé
entre ce que Snow [8] appela
« les deux cultures ». Le cours est
géré par le Laboratoire d'études en journalisme
(Labjor), en coopération avec le Centre de politiques scientifique et
technologique (DPCT) et le Département de multimédias
(DMM).
La première année,
il y a eu 148 candidats [9]. Ce nombre
a permis la constitution d'un groupe très qualifié
présentant différents profils académiques et
professionnels. Parmi les chercheurs (la moitié du groupe), il y avait
des docteurs en microbiologie, en géologie et en mécanique ainsi
que des étudiants de troisième cycle en biologie, en chimie, en
physique et en sciences sociales. Les journalistes (l'autre moitié)
étaient généralement plus jeunes et récemment
diplômés, mais il y en avait aussi certains qui détenaient
de l'expérience de travail au sein de la presse ou au sein des
services des relations publiques d'universités et
d'institutions de recherche.
Élaborer un programme d'études
qui tienne compte des intérêts et des connaissances préalables
d'un groupe aussi hétérogène n'est pas simple, aussi a-t-on
choisi d'inclure une vaste gamme de sujets, regroupés en deux volets :
les sciences sociales et l'histoire des sciences ; et la théorie et la
pratique du journalisme.
Le programme d'études comprend six cours :
-Science, technologie et société
-Institutions et politiques scientifiques et technologiques
-Sociologie de la science et de la technologie
-Information scientifique et technologique
-Techniques de reportage et entrevue
-Techniques multimédias
-Éthique en sciences et en journalisme
-Langage, journalisme, science et technologie
-Pratiques de journalisme scientifique
Le plus difficile toutefois a
été de gérer les interactions entre les deux groupes. Il a
fallu d'abord établir un « langage
commun » qui permette le dialogue entre chercheurs et journalistes,
la « communication scientifique » ne signifiant pas la
même chose pour tout le monde.Pour
établir ce langage commun, il faut d'abord régler les
aspects « techniques », comme la terminologie
(« audience, public cible, recherche d'information, recension
des écrits, entrevue », etc.) et les techniques
d'écriture (les différents genres journalistiques).
Quelques-uns uns de ces aspects ont pu être examinés et
traités, mais pas tous. Bien que tous les étudiants aient eu
à faire preuve d'une certaine maîtrise de
l'écriture pour être admis au programme, le passage
d'un registre spécialisé et formel à un registre non
spécialisé a été difficile et il a fallu beaucoup de
temps pour que les deux groupes atteignent un niveau
similaire.Établir un langage commun
suppose aussi de s'entendre sur certains aspects
épistémologiques et éthiques, comme les critères de
sélection des nouvelles (nouveauté du sujet, originalité,
pertinence sociale ?), les critères de validation de l'information
(révision par les pairs, par le grand public?), les aspects à
souligner dans la couverture d'un sujet (les hypothèses, les
méthodes, les résultats ?), les stratégies
linguistiques permises (démonstration, argumentation, séduction,
manipulation ?). Un conflit apparaissait entre journalistes et les
scientifiques chaque fois qu'il fallait décider d'un titre ou
encore d'une comparaison entre un concept scientifique et le sens commun.
Les scientifiques accordaient à la précision la valeur la plus
importante, tandis que les journalistes privilégiaient le pouvoir
d'évocation de la
métaphore.Le temps était
aussi un obstacle important, étant donné que les délais
avec lesquels les journalistes et les scientifiques ont l'habitude de
travailler sont assez différents. Pour les premiers, la logique de la
recherche prédomine. S'il est nécessaire de prendre plus de
temps pour valider les résultats d'une étude, on modifie les
délais. Si des questions imprévues surgissent, on peut modifier
la durée d'un projet. Pour les journalistes, bien que
l'information soit importante, c'est d'abord le respect du
temps prévu qui compte. La date de bouclage est une donnée
absolue. Par conséquent, déterminer ce qui pouvait être
publié dans le délai prévu était une source
fréquente d'incompréhensions et il n'était pas
toujours possible d'en arriver à une solution qui satisfasse tout
le monde [10].
Un des premiers reportages
publiés portait sur un projet de recherche brésilien de
génome de la canne à sucre : le SUCEST. L'importance du
sujet résidait dans sa valeur stratégique parce que le projet
associait une technologie de pointe avec un des produits les plus importants des
exportations
brésiliennes [11]. Au moment
de la publication en juillet 1999, le projet était sur le point de
commencer la distribution des clones pour le séquençage, aussi ce
reportage a t-il traité davantage de politique scientifique que de la
recherche elle-même, quoiqu'on expliquait aussi la technologie de
séquençage du génome.
Le titre du reportage fut
l'objet d'une longue discussion entre les scientifiques et les
journalistes qui participèrent à la couverture. La version retenue
« Doce genoma : projeto irá estudar a intimidade
genética da
cana-de-açúcar [12]»
fut qualifiée « d'inacceptable » par les
chercheurs parce qu'elle créait une représentation du
génome qui « altérait » le concept
scientifique et associait à la canne à sucre une
caractéristique humaine (l'intimité) inappropriée.
Les journalistes faisaient valoir que les explications pouvaient figurer dans le
texte mais que le titre devait d'abord attirer l'attention des
lecteurs (sa valeur journalistique). À partir de cette expérience,
les concepts et les valeurs de chaque groupe commencèrent à
paraître de façon plus explicite.
Une autre approche a
été adoptée pour un reportage sur la biodiversité
marine. On fit un effort pour maintenir la terminologie scientifique et inclure
un glossaire expliquant les concepts. Le texte avait été
motivé par un projet national de recherche sur la faune et la flore de la
côte brésilienne : le REVIZEE (Programa de
avaliação do potencial sustentável de recursos vivos na
zona econômica exclusiva [13]).
L'objectif du projet était de satisfaire les critères
stipulés par la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer pour
qu'un pays maintienne le monopole d'exploitation des ressources
naturelles de sa côte. Comparé avec le reportage antérieur,
celui-ci présentait un traitement de l'image et une allure
générale plus raffinés, mais la structure du texte
était plus proche de celle d'un manuel que d'un reportage
journalistique. Le contexte venait en premier, suivi des explications sur les
espèces et leur distribution dans l'océan puis, à la
toute fin, le sujet qui avait motivé le reportage. Les journalistes
disaient qu'il n'y avait pas de « nouvelle »
dans ce texte, mais les scientifiques ont jugé qu'il était
plutôt bien réussi.
Com Ciência a
évolué peu à peu vers un modèle intégrant des
articles (généralement rédigés par des
scientifiques), des reportages et des entrevues (généralement
réalisés par des journalistes). Les dossiers sont devenus beaucoup
plus longs et la revue a pris un ton plus proche de l'essai, avec des
auteurs bien identifiés et une structure
thématique [14]. Chaque mois
paraît un dossier traitant d'un sujet selon plusieurs points de vue.
Des chercheurs et des journalistes participent à l'édition,
mais avec des contributions différentes.
À la fin de la
première édition du programme, l'évaluation des
étudiants et des professeurs a donné lieu à quelques
ajouts : un cours d'éthique et deux cours pratiques
(techniques multimédias et pratiques de journalisme
scientifique).
4. Conclusions et perspectives
pratiques
Pendant plusieurs années,
l'enseignement de la communication scientifique au Brésil est
resté l'effort isolé, presque individuel, de quelques
intellectuels qui étaient intéressés par le sujet.
Travaillant dans des conditions politiques très instables, avec peu de
soutien institutionnel, ces individus et groupes de chercheurs
n'arrivèrent pas à mettre en oeuvre des programmes
à long terme. À cette époque, les associations
scientifiques faisaient la promotion d'activités de diffusion
scientifique, mais elles n'étaient pas assez structurées
pour coordonner des programmes d'enseignement. Les médias et les
entreprises privées, de leur coté, ne démontrèrent
pas (ce qui est encore vrai pour la plupart) d'intérêt pour
la formation de leurs cadres en communication scientifique et
n'investirent donc jamais dans ce type de
programmes.
Il semble que les derniers
changements apportés aux scénarios politique, économique et
académique n'ont pas remédié à cette
situation. Le nombre de programmes récents n'ayant pas atteint leur
deuxième année reflète un problème
épistémologique : ni les intellectuels ni les professionnels
n'ont une vision claire de la communication scientifique. Chaque groupe se
fait sa propre représentation du sujet, sans savoir exactement quoi
attendre des étudiants qui participent aux différents programmes.
La faible intégration entre chercheurs et journalistes contribue aussi
à ce problème et c'est précisément ce que le
programme du LABJOR veut
modifier.
L'expérience nous a
montré que les relations entre les deux groupes ont permis aux uns et
aux autres d'observer et d'approcher l'ethos de l'autre
groupe plus respectueusement. Mais elle n'a pas changé la nature de
chaque profession. Différentes perspectives sur la science et la
communication de la science continuent à exister, même si elles ont
changé.
En conclusion, si on veut
intégrer les chercheurs et les journalistes dans le processus de la
communication scientifique, il ne faut pas tenter de transformer un chercheur en
un journaliste et vice versa. Leurs rôles dans la communication de la
science sont différents. Complémentaires, mais
différents.
Notes
Références
AUGUSTINE, N. 13 march 1998. « What
we don't know does hurt us. How scientific illiteracy hobbles society »,
Science, p. 1640-1641.
DUNWOODY, S. et al. 1998. Directory of Science Communication
Programs & Courses in the United States. Madison: University of Wisconsin.
DIRECTORY
OF SCIENCE COMMUNICATION COURSES AND PROGRAMS, page consultée [en
décembre 2000] , Directory of Science Communication Courses and Programs
[en ligne], Adresse URL:
http://murrow.journalism.wisc.edu/dsc/
EPSTEIN, I. 1999. « Comunicação da Ciência
», São Paulo em Perspectiva (revista da Fundação
Seade), vol. 12, no 4, march, p. 60-68.
FIGUERÔA, S. & LOPES, M, 1997. A difusão
da ciência e da tecnologia através da imprensa e dos periódicos
especializados (São Paulo 1890 — 1930), Rio de Janeiro, Anais do
VI Seminário Nacional de História da C&T;
LABASSE, B. 1999. La médiation des connaissances
scientifiques et techniques, Rapport à la Direction Générale
XII de la Commission Européenne. Paris : Commission Européenne
Commission. (sous presse), Bruxelles.
MASSARANI, L. 1998. A divulgação científica
no Rio de Janeiro: algumas reflexões sobre a década de 20.
Rio de Janeiro, IBICT-ECO/UFRJ, (Dissertação de Mestrado)
TURNEY, J. 1994. « Teaching science communication: courses,
curricula, theory and practice », Public Understanding of Science,
vol. 3,p. 435-443.
VELHO, Léa. 1997. «A ciência e seu público»,
Transinformação, vol. 9, no. 3, p. 15-32, set/dez.
Wellcome Trust's Directory of Science
Communication Courses 1995. London: The Wellcome Trust.
THE WELLCOME TRUST, page consultée
[en décembre 2000] , Science communication course directory, [en ligne],
Adresse URL:
http://www.wellcome.ac.uk/en/1/misothscd.html

