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Résumé
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Biographie

Temporalité et Internet :<br /> réflexion sur la psychologie du temps à la lumière des pratiques domiciliaires

par Luc Bonneville

Étudiant en doctorat de sociologie - Université du Québec à Montréal
© Luc Bonneville - 2001 - Tous droits réservés.

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HAUT Résumé

La représentation de l'avenir au cours de la modernité s'est articulée, du point de vue sociologique, autour d'une conception objective du temps qui trouve son origine au sein des grandes structures économiques. Avec la venue des nouvelles technologies d'information et de communication (NTIC), l'espace et le temps ont pris des significations différentes grâce à la possibilité de communiquer sans référence à l'espace et dans un temps qualitativement différent de celui du « temps de communication » moderne. Dans une enquête de nature qualitative sur les représentations de la temporalité des utilisateurs quotidiens du réseau Internet à domicile, nous avons observé une reconstitution d'un « temps vécu » qui vient supplanter le temps objectif propre à la modernité. Ce temps vécu se caractérise par des distorsions au niveau de la représentation du passé et de l'avenir et par la prépondérance de la représentation du présent comme « moment d'exécution ». Quelles sont les caractéristiques d'une telle représentation sur le plan psychologique ? C'est précisément dans le cadre de cette interrogation que nous réfléchirons, dans ce texte, sur ce que nous pensons être la toute « nouvelle orientation temporelle » des utilisateurs quotidiens du réseau Internet à domicile.
( Abstract | Resumen | Resümee )
Descripteurs : temporalité, psychologie, pathologie, vécu, sociologie, temps, TIC, Internet, représentation.
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HAUT Sommaire

1. Introduction

2. Des pratiques sociales aux pratiques quotidiennes

3. Du temps abstrait au temps concret : et la quotidienneté ?

3.1 De retour au temps vécu

3.2 Le changement sans la durée

4. En guise de conclusion

Notes

Références

Pour en savoir plus...

HAUT 1. Introduction

Au cours d'une recherche sur la représentation de la temporalité chez les utilisateurs du réseau Internet à domicile, dont les principaux constats ont été présentés dans le cadre d'un article précédent [1], nous avons posé comme hypothèse que la représentation du temps des utilisateurs interrogés se dissociait de la temporalité dominante propre à la modernité fondée essentiellement sur un temps objectif et quantifiable. L'objet général de cette recherche découlait d'un questionnement sociologique qui visait à comprendre, d'une part, la signification que les utilisateurs du réseau Internet à domicile accordaient au temps dans le cadre de leurs activités quotidiennes et, d'autre part, la représentation qu'ils en avaient par rapport à la représentation plus globale extra-quotidienne. En poussant plus loin l'analyse des constats réalisés, en débordant par conséquent sur les limites de la sociologie, il est possible de dégager certains éléments qui suscitent une réflexion générale sur ce qui semble être une nouvelle appréhension-construction du temps chez les utilisateurs interrogés. Une telle perspective, de par la nature descriptive qu'elle met en jeu du point de vue de la conscience de l'individu, ne peut être qu'une réflexion à caractère psychologique. C'est précisément dans une telle perspective que s'inscrit notre réflexion dans cet article [2]. Nous montrerons ainsi que le « temps vécu » des utilisateurs interrogés, compte tenu de l'utilisation récurrente et de certains usages qu'ils font d'Internet, peut s'interpréter dans le sens d'une « pathologie du temps présent [3] ». Notre réflexion procédera en trois principaux moments qui structureront le plan de l'article.

Dans un premier temps, nous allons tenter de mettre en contexte le foyer à partir duquel émergent les nouvelles représentations de la temporalité chez les utilisateurs d'Internet pour, en deuxième temps, discuter de la problématique générale des « pathologies temporelles ». Finalement, nous montrerons en quoi certains constats effectués nous conduisent à penser que certains éléments propres aux représentations de la temporalité des utilisateurs sont de l'ordre du pathologique. Nous serons par la suite en mesure de mettre en branle un certain nombre de questionnements qui peuvent donner, à notre avis, le coup d'envoi à de nouvelles avenues de recherche en psychologie du temps.

HAUT 2. Des pratiques sociales aux pratiques quotidiennes

Les innovations technologiques qui voient le jour à partir des années cinquante sur le plan de l'informatique, à partir du passage des systèmes analogiques aux systèmes numériques, vont être la base des premiers micro-ordinateurs capables d'analyser de façon automatique de l'information et de stocker d'innombrables données sur support numérique. De telles innovations ont débouché sur des bouleversements majeurs dans plusieurs sphères sociales qui sont venus modifier plusieurs comportements en matière d'information et de communication, notamment par le biais du processus de formation des usages [4] .

De tels phénomènes motivent certains questionnements quant au rôle de l'utilisateur qui effectue de nouvelles pratiques de plus en plus récurrentes dans le cadre de l'utilisation des technologies informatiques. On peut penser que le réseau Internet, étant donné le niveau d'utilisation que certaines gens en ont, provoque une modification des rapports de l'utilisateur à son univers quotidien à partir du moment où il dispose d'outils lui permettant d'accomplir plusieurs activités à son domicile. C'est précisément ce que nous pensons avoir montré en faisant ressortir trois principaux constats relatifs à la représentation de la temporalité des utilisateurs d'Internet au domicile [5]. À titre de rappel, le premier constat concernait la constitution d'un temps enfermé dans un « moment présent » marqué par une représentation de « l'instantanéité ». Le deuxième référait à l'idée d'une représentation d'un temps sans espace, conçu en lui-même sans égard aux déplacements pour effectuer certaines activités quotidiennes. Dans le troisième constat, nous avons mis en jeu l'idée selon laquelle le temps était de plus en plus « subjectivé » par l'utilisateur à travers ses pratiques quotidiennes.

L'analyse de tels constats nous conduit à réfléchir aux conséquences psychologiques de la conception du temps des utilisateurs dont les représentations entrent en contradiction avec la temporalité objective globale qui est propre à la modernité. Mentionnons à ce sujet que la temporalité moderne, qu'on peut également appeler la « modernité temporelle », pose le temps à travers l'objectivité du déroulement des états successifs et de la quantification de l'espace.

C'est donc à partir de la portée de ces constats que nous voulons, dans cet article, insister sur la façon dont est vécu le temps chez les utilisateurs interrogés, pour déboucher sur une réflexion particulière qui s'ouvre sur un domaine d'analyse nouveau issu de la sociologie de la quotidienneté. Celle-ci suggère une démarche particulière en initiant une réflexion critique sur la nature de la représentation quotidienne du temps, dans le sens où Henri Lefebvre en fait référence dans les termes suivants :
La critique de la vie quotidienne étudie la persistance des temps rythmiques dans le temps linéaire, celui de la société industrielle moderne. Elle étudie les interférences entre le temps cyclique (naturel, irrationnel en un sens, encore concret) et le temps linéaire (acquis, rationnel, abstrait en un sens et anti-naturel). Elle examine les déficiences et malaises qui résultent de cette interaction encore peu et mal connue. Elle envisage enfin les métamorphoses possibles, du fait de cette interaction, dans la quotidienneté  [6].
C'est de ce point de vue que la réflexion que nous voulons développer trouve son sens, car elle nous conduit à interpréter plus profondément les conséquences psychologiques des représentations particulières des utilisateurs interrogés qui se construisent dans leurs univers quotidiens.

HAUT 3. Du temps abstrait au temps concret : et la quotidienneté ?

Le temps tel qu'on en fait perpétuellement l'expérience est fondé sur l'idée de quantification qui lui donne un caractère objectif, permanent et immuable. On le mesure, on le constate et on le matérialise. Il s'agit d'un temps essentiellement abstrait, qui dépasse les limites de notre perception subjective. Ce type de temporalité peut être qualifié de « moderne », en ce sens qu'il se généralise avec les balbutiements de l'industrialisation pour se cristalliser dans l'ensemble des rapports sociaux où émerge un « temps dominant [7] » représenté par le temps de travail, lequel constitue le foyer à partir duquel s'orientent toutes les représentations possibles du temps des individus. Parmi celles-ci se retrouve le temps quotidien qui échappe par nature à cette temporalité objective, même s'il demeure plus souvent qu'autrement soumis au « temps dominant » de la société qui tente de l'englober par l'effet des représentations individuelles. Or, les pratiques sociales mise en jeu de façon récurrente dans le cadre de l'utilisation du réseau Internet, compte tenu des possibilités que celui-ci offre, provoquent de nouveaux rapports au temps dans la quotidienneté des utilisateurs. Par un processus lent mais réel, les utilisateurs en viennent à développer des adaptations à partir desquelles le temps sera vécu d'une façon particulière, puisque sa caractéristique centrale est d'entrer en contradiction avec le temps dominant de la modernité, lequel se caractérise entre autres par la présence d'un « temps-pivot [8] », objectivant, qui oriente l'ensemble des représentations de la temporalité. Tel est le fondement des constats que nous avons effectués dans le cadre de notre recherche [9]. La question qui se pose maintenant est de cerner les spécificités psychologiques de tels contats. Ce sera notre principale préoccupation dans le prochain point.

HAUT 3.1 De retour au temps vécu

Conformément à l'analyse de la représentation du temps chez les utilisateurs que nous avons interrogés, l'utilisation reguliere du réseau Internet amène, de façon générale, un changement de perspective du point de vue du rapport de l'individu aux différents attributs temporels (attributs linguistiques, tels que le présent, le passé, l'avenir, le maintenant, l'instant, etc.) dans le sens d'une représentation orientée fondamentalement sur le « présent », voire sur « l'immédiat ». L'origine de ce phénomène se situe au niveau de l'utilisation récurrente que les utilisateurs font du réseau Internet, lequel possède la caractéristique centrale de créer des rapports communicationnels fondés sur l'instantanéité [10]. Une telle possibilité implique que le réseau Internet puisse être en mesure, dans sa forme phénoménale, de proposer une temporalité différente de celle qui a cours depuis le début de la modernité compte tenu de son caractère objectif. Or, comme en témoigne notre analyse, la signification que les utilisateurs réguliers d'Internet à domicile accordent au temps entre en conflit avec les cadres temporels qui entourent la quotidienneté, ce qui veut dire que le temps est vécu d'une façon différente de la « norme » proposée, c'est-à-dire la « normalité temporelle » de la modernité.

C'est précisément ici que nous pouvons concevoir un élément pathologique, « hors-norme », qui supposeun conflit permanent entre un « temps concret » (vécu par l'individu) et un « temps abstrait » (celui de la modernité). L'origine de cette « pathologie temporelle » viendrait de la modernité, compte tenu du type de temporalité qui lui est associé, c'est-à-dire l'obsession de la quantification du couple temps/espace, de la mesure de la vitesse par la quantité d'activités réalisées dans un temps donné, d'un horizon temporel orienté vers l'avenir, etc., lesquels ne peuvent faire autrement que de provoquer de multiples tensions avec le temps tel qu'il se dégage de certaines pratiques récurrentes sur Internet (les achats à distance, la communication par courrier électronique, la réservation en ligne, la quête d'informations de toutes sortes) [11].

HAUT 3.1.1 La question des pathologies temporelles durant la modernité

Essentiellement, on retrouve trois types de pathologies qui ont pour fondement la confrontation des représentations du temps des individus avec la représentation objective d'un temps fixe et immuable qui obéit, rappelons-le, aux contraintes du temps de travail et de l'espace à l'origine d'une structure téléonomique [12] du temps. Cette structure, compte tenu du temps concret - tel que perçu par l'individu - est sujette à être distorsionnée par une série de causes extra-subjectives (le social) et subjectives (le psychologique) [13].

Pour l'illustrer, prenons l'exemple des pathologies temporelles propres à la modernité, lesquelles peuvent prendre des formes différentes selon l'orientation temporelle spécifique d'un individu, c'est-à-dire sa capacité à s'orienter dans le temps en portant son attention soit sur le passé, le présent ou le futur. Trois types de pathologies se présentent : les pathologies du passé, les pathologies du futur et, les plus importantes pour notre réflexion, les pathologies du présent [14].

Les pathologies du passé concernent, par exemple, toutes les formes de mélancolie. Le sujet se trouve ainsi confronté à un temps objectif orienté vers le devenir et à son propre temps vécu qui, lui, reste orienté vers le passé, c'est-à-dire vers quelque chose qui n'est présent que dans le souvenir mais dont le sujet a perpétuellement conscience. On pourrait par également prendre exemple sur les religions ascétiques qui se fondent sur l'idée d'un point d'origine, le péché originel, qui doit cependant être racheté perpétuellement.

Les pathologies du futur constituent, quant à elles, les attitudes d'un sujet envers le rejet conscient ou inconscient d'un passé et éventuellement d'un présent qui ne trouverait son sens que par un futur envisageable et souvent souhaité, comme dans le cas de l'utopie ou de certaines croyances religieuses.

Les pathologies du présent sont les plus intéressantes sur le plan d'une psychologie du temps vécu, car elles permettent d'envisager une certaine dynamique comportementale qui caractérise un individu par rapport à ses actes. Comme pathologies du présent, on peut faire référence aux problèmes liés à la toxicomanie et à certaines formes de criminalité où l'individu investit tout son désir dans le moment présent, dans l'action immédiate indépendamment des effets que cela pourra avoir dans un avenir rapproché. On peut également penser à la dépression qui renvoie à l'idée d'un rejet de l'avenir devant lequel le sujet se sent désemparé. Tout est ramené dans ce cas au seul moment présent qui englobe toute la conscience du sujet pris dans l'immédiateté du temps.

C'est justement dans le sens d'une pathologie du présent qu'émerge ce qu'on pourrait concevoir, à la lumière de nos recherches et analyses, une signification particulière du temps dans le sens d'un moment présent, instantané, qui oriente un ensemble de comportements quotidiens. Le sujet se trouverait, de par la récurrence qui s'est installée dans ses comportements quotidiens, enfermé dans un instant présent qui fait qu'une action doit être toujours réalisée « tout-de-suite » et, par conséquent, sans attentes concrètes. Les usages liés à la quête d'informations continuellement mises à jour de même que les possibilités d'interaction offertes à tout instant contribuent à ce type de représentation de la temporalité.

HAUT 3.1.2 Fondements subjectifs de la représentation de la temporalité : au seuil d'une nouvelle pathologie du présent ?

L'une des caractéristiques centrales de la représentation de la temporalité chez les utilisateurs interrogés réside dans l'obsession qu'ils développent face au « moment actuel », le « maintenant », dans lequel la durée [15] se ramène à l'instant présent.

Une telle représentation de la durée fait que le temps est refermé sur lui-même, contribuant ainsi à comprimer « l'avant » (le passé) et « l'après » (le futur) dans l'immédiat. Voyons plus précisément en quoi cela consiste à la lumière de notre réflexion.

HAUT 3.2 Le changement sans la durée

L'analyse des représentations de la temporalité des utilisateurs montre une dimension particulière du « changement » en tant que modalité temporelle. Nous assisterions tout simplement à la disparition de la représentation du changement, laquelle trouverait son origine dans une dialectique individu-machine (Internet) qui fait en sorte que certaines pratiques quotidiennes sont vécues en fonction d'une instantanéité, d'une actualisation et et d'une présentification. Dans un tel contexte, la représentation du changement est structurellement modifiée et renvoie maintenant à la négation du déroulement d'états successifs qui pourtant constituent les références « normales » de la société.

Le « temps instantané » perçu comme tel, qui est la cause de la représentation du non-changement, se caractérise par la suppression de « l'avant » et de « l'après » d'où ressort un temps quotidien « présentifié ». L'attitude significative à l'égard de ce phénomène consiste à vouloir perpétuellement obtenir une information « tout-de-suite » [16]. Ce qui implique qu'une action est effectuée à une vitesse si rapide que l'usager ignore consciemment les différents instants qui constituent les changements d'états linéaires entre un « avant » et un « après ». En ce sens, la perception du changement ne peut que relever du pathologique car, poussée à son comble avec cette obsession de la vitesse, elle se situe en dehors du « normal temporel » de la société globale qui est modelé autour d'une représentation du changement comme succession d'états dans le temps [17].

Mentionnons en exemple la différence fondamentale qu'il existe entre le temps tel qu'il se déploie par certains usages du réseau Internet et le temps tel qu'il se déploie dans le cadre des rapports sociaux englobés par la modernité temporelle. Dans le cadre de celle-ci, les activités dans le temps se réalisaient nécessairement à partir d'un « présent » vers un devenir que l'on qualifie de « futur », d'où l'origine linguistique des attributs temporels spécifiant les « temps de verbe » (« j'irai à cet endroit », « je mangerai au restaurant », « j'achèterai des vêtements », etc.). Dans le cadre de l'utilisation quotidienne du réseau Internet, et notamment du système de courrier électronique, la représentation que les usagers ont du changement ne suppose plus une coupure aussi précise entre les états dans le temps, car l'usager peut envoyer par exemple un message à quelqu'un quand bon lui semble indépendamment de contraintes objectives fixées hors de lui. On pourrait penser qu'il n'y a plus de représentation consciente d'un changement des états dans le temps. Traditionnellement, un individu devait se déplacer pour envoyer un message à quelqu'un, conformément aux actions suivantes qui correspondent à des états temporels : écrire une lettre, se déplacer pour la poster, revenir chez-soi, etc. Le système de courrier électronique permet à l'usager d'envoyer un message quand il le juge nécessaire, sans égard à des états percevables dans le temps. On pourrait évidemment contredire cette idée d'une représentation d'un « temps instantané », en montrant qu'il y a mathématiquement un temps qui peut se quantifier à partir du doigté sur le clavier, de la vitesse de l'ordinateur, du temps d'exécution et du temps de transport du signal. Cette démonstration ne peut être véridique qu'en théorie, car le temps effectivement mesuré s'établit sur la base d'une vitesse si rapide entre les états qu'il échappe à la construction subjective de la durée. La différence fondamentale réside dans le fait qu'il y a un changement de l'ordre du qualitatif. En ce sens, les utilisateurs se trouvent à la fois confrontés à des changements d'états dans le temps dans leurs rapports sociaux de tous les jours et à des représentations de non-changement dans leurs rapports à la quotidienneté. L'aspiration qu'ils développent dans le cadre de ces derniers, de par la récurrence avec laquelle certaines activités sont réalisées, fait en sorte que la représentation de la temporalité des utilisateurs devient complètement « hors norme ».

On peut penser que la pathologie du présent dont nous parlons s'illustre lorsque la représentation du temps des utilisateurs se fonde sur l'idée d'un temps « immédiat », lequel fait en sorte que la représentation du changement tend à disparaître. Cette disparition résulte de la volonté des utilisateurs de « sauver » constamment du temps dans leurs activités quotidiennes, de façon à ce que « l'avant » et « l'après ne forment qu'un.

Une telle recherche constitue une tendance évocatrice de la pathologie du présent dont sont victimes certains utilisateurs, puisqu'ils en viennent à ne plus tolérer les « délais » qui sont pourtant fondamentaux dans la représentation globale de la société. Plus précisément, cela consiste à ignorer les rythmes temporels de la société qui constituent pourtant la base de la mesure du temps tel que nous l'affirmions plus haut. De cette façon, étant donnée la possibilité qu'ils ont d'accomplir une activité quotidienne sur Internet sans délais, les utilisateurs ont une représentation de la temporalité qui considère celui-ci comme un « déjà ».

HAUT 3.2.1 Une représentation du « déjà »

D'un point de vue linguistique, le « déjà » exprime l'attitude de l'utilisateur envers une activité quotidienne qui se réalise à l'extérieur de la « normalité temporelle » des délais. C'est à partir du « déjà » que les utilisateurs accordent une signification au temps qui correspond au niveau de productivité qu'ils recherchent dans le cadre de leur quotidienneté. Ce niveau de productivité correspond au but à atteindre qui ne peut se réaliser que dans la perspective de « sauver du temps », voire « d'économiser du temps ». Celle-ci réfère concrètement à la présentification [18] des activités sur Internet, dans le sens où les utilisateurs peuvent obtenir, par exemple, des mises à jour régulières [19] tout en mettant en marche des procédures de traitement automatique [20]. De telles possibilités font en sorte que les utilisateurs en viennent à ignorer les délais, l'attente voire la prévision relative à une activité quotidienne. Ce qui, d'après nous, les situent dans une sorte d'« anormal » temporel qui pose son rapport au temps en contradiction avec la temporalité globale de la société qui est fondée, justement, sur les délais, l'attente et la prévision. L'efficacité serait le lot des utilisateurs d'Internet à domicile, dans le projet d'éliminer leur sentiment d'attente envers un résultat à venir. Vouloir éliminer l'attente, c'est éliminer le temps mesurable. C'est se réapproprier un temps subjectif qui est de l'ordre de la durée au sens bergsonien du terme.

HAUT 3.2.2 La question de l'attente : aux sources d'une pathologie du présent ?

L'une des modalités de la représentation de la temporalité des utilisateurs se situe au niveau de la conscience de « l'attente ». Celle-ci constitue l'effet de la temporalité globale qui pose le temps dans un rapport où interviennent des délais, des temps contraints, des déplacements, etc. Le sujet est par conséquent toujours impliqué dans un rapport au temps qui fait qu'il doit « attendre » un événement [21]. Comme nous le disions plus haut, lorsque pour certaines activités quotidiennes, le temps devient quelque chose qui réfère à l'immédiateté, au « déjà », les utilisateurs tendent à ne plus concevoir d'attente concrète. Ils sont donc tiraillés entre un temps qui se prête à l'attente et un temps qui ne s'y prête plus, d'où l'émergence selon nous d'une pathologie du temps.

Celle-ci s'illustrerait lorsque les utilisateurs tendent à tout ramener au présent pour annuler les différents moments d'une activité qui réfèrent conventionnellement à une action pour ensuite enclencher un délai et enfin un résultat. Il en résulterait un temps qui est vécu, consciemment ou inconsciemment, dans une durée qui exclut toutes les références au temps mesurable de translation entre un moment antérieur et un moment postérieur. L'absence d'attente est ici absence de délais. Ceux-ci sont évacués de la représentation des utilisateurs par une tendance quotidienne à effectuer en permanence une opération à réaliser « tout-de-suite ». Mentionnons en exemple l'envoi d'un message à quelqu'un au moment où l'usager le souhaite indépendamment d'un horaire fixé a priori.

C'est donc la nature de l'attente qui est structurellement modifiée, du fait qu'une temporalité instantanée surgit. Une telle transformation n'implique pas une augmentation de la vitesse avec laquelle une opération est réalisée et corollairement une diminution de l'attente vécue. Elle suppose plutôt un changement qualitatif qui fait que les utilisateurs se placent en dehors de la « normalité temporelle » qui admet toutefois la perception des attentes qui sont vécues comme étant courtes ou longues.

Dans ce contexte, l'élément pathologique surgirait dès lors qu'une attente vécue par le sujet, pour quelque activité que ce soit, déboucherait sur une impatience chronique face à laquelle l'utilisateur se sentirait de plus en plus désemparé [22]. Cela viendrait confirmer l'une des lois fondamentales de la psychologie du temps énoncées par Paul Fraisse selon lequel l'attente est toujours perçue comme étant trop longue dans les différents rapports sociaux d'un individu [23].

Devant l'incapacité d'accomplir une activité de façon immédiate, dans le sens du « déjà » dont nous avons parlé, les utilisateurs développent un sentiment d'impuissance face à un temps qu'ils n'arrivent plus à maîtriser. Cependant, il y aurait un paradoxe du fait qu'en dehors de leur quotidienneté le temps échappe pourtant à leur maîtrise puisque sa caractéristique fondamentale est d'être objectif. Cette caractéristique fait en sorte que le temps moderne possède une signification qui associe l'attente avec un « temps perdu », d'où l'obsession permanente de vouloir « sauver du temps » dans leurs activités quotidiennes.

L'attente est conçue chez les usagers d'Internet à domicile comme trop étendue dans le temps, ce qui révèle un certain degré d'anormalité dans la réalisation efficace de telle ou telle activité. Conçue ainsi, l'attente est vécue avec intolérance par les utilisateurs qui finissent par développer une angoisse constante lorsque des délais surgissent. Une telle angoisse se manifeste lorsque les utilisateurs ne parviennent pas à effectuer une opération dans le cadre du « déjà », lequel ne peut s'absenter qu'en fonction d'un bris d'équipement, de l'engorgement du site Internet convoité, de la lenteur d'un téléchargement, etc. Pour éviter de tels scénarios, les utilisateurs préfèrent mettre en fonction des applications par lesquelles les opérations qu'ils veulent accomplir se font automatiquement sans leur intervention, comme par exemple un correcteur grammatical automatique ou un logiciel de courrier électronique relevant les messages automatiquement sans que l'usager en fasse la demande. De cette façon, les utilisateurs peuvent effectuer une autre activité en parallèle pendant que s'effectue par exemple un téléchargement. Cela leur donne l'impression que l'opération qu'ils enclenchent se fait, imaginairement, de façon instantanée. Ainsi, dans de telles circonstances, les utilisateurs ont l'impression que l'attente qui existerait « normalement » n'est plus, puisqu'elle perd son aspect formel en n'étant plus vécue. Le délai n'a donc plus la même signification qu'une attente, car il est anticipé et englobé dans une certaine gestion du temps où ce dernier est en fait un « non-temps ». Le non-immédiat devient par conséquent un immédiat qui cadre avec la représentation du « déjà ». Tout est ici une question de vitesse, véritable catalyseur de cette quête obsessionnelle de performance par la recherche d'une économie de temps fondée sur les idées mêmes du taylorisme [24]. Arrivée à un certain seuil, une telle recherche défierait, nous le pensons, les limites du « raisonnable », du « normal », propre à la société globale par rapport au temps qui lui est associé.

HAUT 4. En guise de conclusion

Les représentations de la temporalité que nous venons de mettre en lumière chez les utilisateurs d'Internet à domicile illustrent, à notre avis, un cas typique de « pathologie du présent », dans le sens où nous l'avons définie. On peut penser qu'une telle pathologie provient d'une obsession sans cesse grandissante de l'efficacité personnelle qui passe par la vitesse avec laquelle une opération ou une activité est réalisée dans le temps. Le foyer d'origine est sans aucun doute la société moderne avec la généralisation de l'idée tayloriste encourageant la performance individuelle, la concurrence entre les individus et valorisant la vitesse d'exécution. La venue des technologies d'information et de communication, avec la possibilité d'accéder à Internet à partir du domicile, a concrétisé le rêve capitaliste de la vitesse et de la rapidité [25]. Il y aurait deux conséquences majeures sur le plan comportemental : d'un côté l'être humain se trouverait prisonnier d'un style de vie obsessionnel favorisant la performance et la vitesse [26], et de l'autre il viserait à se sortir de cette fatalité en vivant le temps quotidien comme il l'entend mais toujours dans le cadre de l'idéal temporel moderne. De là émerge à notre avis une contradiction qui se reflète au niveau des représentations.
On pourrait dès lors penser que c'est l'orientation temporelle des utilisateurs qui est déstabilisée. Dans la modernité, cette orientation posait le rapport de l'individu au temps dans sa capacité à se situer dans le présent ou dans le futur (qui est toujours en « voie d'être »). Les utilisateurs d'Internet à domicile, de par la récurrence avec laquelle certaines activités quotidiennes sont réalisées, ne se posent qu'en rapport avec le présent qui est de l'ordre du « déjà » et qui implique une impatience chronique pour les délais. De telles caractéristiques représentationnelles ne peuvent à notre avis qu'entraîner des désordres au niveau de la signification accordée au temps, car celui-ci se construit autour de contradictions fondamentales qui relèvent à la fois de la société globale et de la quotidienneté. C'est pourquoi nous pensons que la réflexion autour du concept de « pathologie temporelle », appliquée aux utilisateurs d'Internet à domicile, ne peut que contribuer de façon positive au débat sur l'origine des représentations de la temporalité et sur leur dynamique.

HAUT Notes

[1] Rappelons d'entrée de jeu qu'il s'agissait d'une recherche de nature qualitative durant laquelle nous avons interrogé dix-sept étudiant(e)s des universités montréalaises, considérés comme de grands utilisateurs d'Internet au domicile, comme en témoignent leur ancienneté d'utilisation d'environ deux ans, leur fréquence journalière d'utilisation (de 1 à 10 fois par jour) et le temps quotidien moyen passé sur Internet(de 15 minutes à 4 heures par jour). Cf. BONNEVILLE, Luc. mai 2000. « La représentation de la temporalité des utilisateurs du réseau Internet », COMMposite, V2000.1, en ligne: http://commposite.uqam.ca/2000.1/articles/bonnev.htm
[2] Mentionnons que cet article résulte, en grande partie, d'une réflexion générale qui a été entamée en mai 2000 lors du Congrès annuel de l'ACFAS. À cette occasion, nous avons réalisé une présentation dans la section de « Psychologie » où nous avons eu l'occasion de discuter sur de nombreux points relatifs à la psychologie du temps. BONNEVILLE, Luc. 19 mai 2000. « Les distorsions du temps vécu chez les utilisateurs quotidiens du réseau Internet à domicile », Université de Montréal, ACFAS, Montréal.
[3] Notons cependant que notre objectif réside davantage dans la perspective de mettre en jeu certaines interprétations des constats auxquels nous sommes arrivés dans le cadre de notre recherche. C'est pourquoi notre article empruntera le style d'un essai.
[4] Voir LACROIX, Jean-Guy, MIÈGE, Bernard, MOEGLIN, Pierre, PAJON, Patrick et TREMBLAY, Gaëtan. 1993. « La convergence des télécommunications et de l'audiovisuel, un renouvellement de perspective s'impose », Technologies de l'information et société, vol. 5, no. 1.
[5] Pour une vue plus complète, voir BONNEVILLE, Luc. mars 2000. L'impact des nouvelles technologies d'information et de communication (NTIC) sur la représentation de la temporalité, Mémoire de maîtrise en sociologie, Montréal, Université du Québec à Montréal.
[6] LEFEBVRE, Henri. 1961. Fondements d'une sociologie de la quotidienneté, Paris, L'Arche, p. 54.
[7] SUE, Roger. 1994. Temps et ordre social, Paris, Presses Universitaires de France.
[8] Pour une analyse plus exhaustive du temps de la modernité, voir SUE, Roger, ouvrage cité.
[9] BONNEVILLE, Luc. ouvrage cité.
[10] Précisons ici que nous n'adoptons point une vision déterministe de la technologie où celle-ci déterminerait les rapports sociaux. Au contraire, nous pensons que c'est au sein d'une dialectique complexe, entre plusieurs phénomènes tels que le réseau Internet, les pratiques quotidiennes récurrentes, les usages particuliers, etc., que se construit la représentation de l'utilisateur.
[11] Ce qui irait dans le sens des propos tenus dans l'ouvrage dirigé par Alain Renberg pour qui « l'homme est malade du temps » (L'Homme malade du temps, Paris, Stock, 1979). Il est « malade du temps » puisqu'il cherche constamment à le défier par l'accomplissement d'activités de façon toujours plus rapide.
[12] Nous entendons par « structure téléonomique du temps » la représentation du temps chez l'individu qui le pose dans un cadre linéaire.
[13] C'est précisément dans le cadre de la confrontation du temps objectif et subjectif que se construisent les rapports intersubjectifs de l'individu au temps, à travers lesquels la modernité a façonné une représentation globale de la temporalité modelée autour de la quantification-rationalisation du temps. On peut penser que l'utilisation du réseau Internet, sur une base récurrente, viendrait reconfigurer le temps tel qu'il se construit dans les rapports intersubjectifs.
[14] Nous nous inspirerons quelque peu ici des propos généraux tenus par le Groupe de synthèse de Louvain (1984. Temps et devenir, Louvains-la-Neuve, Presses universitaires de Louvain-la-Neuve).
[15] La durée représente le temps vécu par le sujet tel qu'il est impossible de le mesurer puisqu'il échappe à l'objectivité du déroulement temporel. Il n'a de sens que pour l'individu qui le vit, en toute relativité. BERGSON, Henri. 1948. Essai sur les données immédiates de la conscience, Paris, Presses universitaires de France.
[16] C'est pourquoi la plupart des usagers affirment qu'ils laissent en permanence leur ordinateur ouvert, de façon à ce qu'ils puissent prendre connaissance d'une information, si l'envie se fait sentir, le plus rapidement possible. Il en va de même pour les usagers qui sont branchés par le câble où la vitesse d'exécution est beaucoup plus rapide que par modem. Les usagers n'ont plus besoin, à la limite, d'entamer une procédure de branchement à chaque fois qu'ils veulent utiliser Internet. De plus, les usagers que nous avons interrogés ont mentionné à maintes reprises que le branchement par câble permettait d'avoir accès au réseau Internet de façon permanente et très rapide.
[17] C'est notamment pour cette raison que le temps de la société globale, commun à tous les individus d'une même société, est quantifiable. Car sa représentation est fondée sur l'idée du changement d'états, lesquels peuvent s'objectiver pour éventuellement se mesurer de façon homogène. On a donc des secondes, des minutes, des heures, etc. De même que pour l'espace, on a des centimètres, des mètres, des kilomètres, etc. On peut par la suite mesurer le temps nécessaire pour se déplacer en voiture de Québec à Montréal en termes temporels (3 heures) ou en termes spatiaux (300 km). Les deux mesures se valent et ne font qu'une, ce pourquoi le temps est intimement lié à l'espace dans les rapports conventionnels de la société moderne.
[18] LACROIX, Jean-Guy. 1998. « Sociologie et transition millénariste : entre l'irraison totalitaire du capitalisme et la possibilité-nécessité de la conscientivité », Cahiers de recherche sociologique, no. 30, p. 92.
[19] Par exemple, les bulletins de nouvelles peuvent être mis à jour à toutes les secondes, évitant ainsi que les utilisateurs attendent à des heures fixes pour prendre connaissance d'une information comme le veut la télévision. Cette tendance à présentifier les informations sur Internet résulte, en fait, d'une demande qui manifeste sa volonté de ne point attendre, d'avoir le sentiment que les nouvelles sont toujours « déjà » là. Quelques chaînes télévisées ont rapidement saisi ce changement dans la représentation du temps des utilisateurs d'Internet, en offrant des bulletins de nouvelles en temps continu. C'est le cas de LCN et, dans une moindre mesure, de RDI. Notons cependant que CNN pratiquait ce genre de diffusion avant la venue du réseau Internet.
[20] La plupart des institutions financières offrent la possibilité, via un système informatisé, d'enclencher une procédure à la demande du client par laquelle les factures mensuelles de celui-ci sont réglées automatiquement, ponctuellement, tous les mois, selon une date précise. L'utilisateur voit donc ses transactions bancaires « présentifiées » du fait que tout se fait dans un temps qui lui est indépendant et qui fonctionne en parallèlle à ses préoccupations.
[21] Ce qui fait notamment que le temps moderne est fondamentalement un temps linéaire qui est représenté en fonction du couple cause-effet signifiant un présent vers un futur en devenir.
[22] Plusieurs psychologues ont d'ailleurs démontré qu'un sujet a tendance à être beaucoup plus impatient devant une activité qu'il déteste. Inversement, en situation d'amusement, le sujet a tendance à trouver que le « temps passe rapidement » (Voir, à ce sujet, Alain Reinberg, op. cit.). Tel est toujours le cas pour les usagers interrogés, dans la mesure où ceux-ci ont affirmé qu'il ne « voyait pas le temps passer » lors d'une séance de « chat#160;», et qu'il trouvait toujours trop long une opération de nécessité tel que le renouvellement de livres, le paiement de factures, etc.
[23] FRAISSE, Paul. « Avoir trop ou pas assez de temps », Alain Renberg, Ibid., p. 70.
[24] Rappelons que le taylorisme correspond à la généralisation de la quantification des rythmes de travail dans le but de transformer le temps en « temps productif », conformément aux grandes structures du système productif-reproductif. Voir notamment ATTALI, Jacques. 1982. Histoire du temps, Paris, A. Fayard.
[25] Il y a de fait un culte de la vitesse qui transparait de plus en plus dans les messages publicitaires des différentes compagnies, dont celles liées aux services de câblodistribution (« accédez à Internet plus rapidement »), aux stations de service (« payez à la pompe pour sauver du temps »), aux institutions financières (« effectuer des transactions de façon à économiser du temps et de l'argent »), etc.
[26] La pathologie temporelle qui correspond à la représentation qui s'y dégage est sans l'ombre d'un doute le stress, véritable plaie des sociétés modernes et industrielles.

HAUT Références

ATTALI, Jacques. 1982. Histoire du temps, Paris, A. Fayard.

BERGSON, Henri. 1948. Essai sur les données immédiates de la conscience, Paris, Presses universitaires de France.

BONNEVILLE, Luc. mars 2000. L'impact des nouvelles technologies d'information et de communication (NTIC) sur la représentation de la temporalité, Mémoire de maîtrise en sociologie, Montréal, Université du Québec à Montréal.

BONNEVILLE, Luc. mai 2000. « La représentation de la temporalité des utilisateurs du réseau Internet », COMMposite, V2000.1, en ligne: http://commposite.uqam.ca/2000.1/articles/bonnev.htm

BONNEVILLE, Luc. 2000. « Les distorsions du temps vécu chez les utilisateurs quotidiens du réseau Internet à domicile », communication au 68e congrès de l'ACFAS, Montréal, 15-19 mai 2000.

GROUPE DE SYNTHÈSE DE LOUVAIN. 1984. Temps et devenir, Louvains-la-Neuve, Presses universitaires de Louvain-la-Neuve.

LACROIX, Jean-Guy, MIÈGE, Bernard, MOEGLIN, Pierre, PAJOIN, Patrick et TREMBLAY, Gaëtan. 1993. « La convergence des télécommunications et de l'audiovisuel, un renouvellement de perspective s'impose », Technologies de l'information et société, vol. 5, no. 1, p. 81-105.

LACROIX, Jean-Guy. 1998. « Sociologie et transition millénariste : entre l'irraison totalitaire du capitalisme et la possibilité-nécessité de la conscientivité », Cahiers de recherche sociologique, no. 30, p. 79-152.

LEFEBVRE, Henri. 1961. Fondements d'une sociologie de la quotidienneté, Paris, L'Arche, p. 54.

REINBERG, Alain. 1979. L'Homme malade du temps, Paris, Stock.

SUE, Roger. 1994. Temps et ordre social, Paris, Presses Universitaires de France.

HAUT Pour en savoir plus...

Site de Martin Bouchard (contient une rubrique regroupant des liens et des publications sur la temporalité).
http://www.er.uqam.ca/merlin/fd791814/

Temporalistes
http://www.sociologics.org/temporalistes/

Utilisation excessive d'Internet chez les jeunes
http://www.neteconomie.fr/expertise.html

Le droit au repos et au loisir
http://www.restode.cfwb.be/lecture/concours/libertes/libertes10fin.htm

Dossier TEMPS de l'Encyclopédie de l'Agora
http://agora.qc.ca/mot.nsf/Dossiers/Temps

Site de James Gleick sur la vitesse
http://fasterbook.com/
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