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L'intention
première de cet article est d'offrir quelques pistes de recherche
qui permettront de réfléchir à la circulation limitée
des Cultural Studies dans le domaine des études universitaires
en communication médiatique au Québec. À partir
de son propre cheminement académique, l'auteur explique l'intérêt
qu'il porte aux Cultural Studies et offre une brève description
du projet de cette approche. Il propose ensuite un rapide retour historique
aux débuts des sciences sociales au Québec et résume
les caractéristiques propres à la fondation des départements
de communication. Par ailleurs, après une brève présentation
des premières voies de la recherche québécoise
sur la culture, notamment des recherches en économie politique
sur les industries culturelles, il identifie les premiers travaux québécois
à avoir commenté les Cultural Studies. L'auteur
met en évidence le phénomène de « l'asynchronie »
de la circulation des idées entre les mondes francophone et anglophone,
avant d'effectuer un bref survol des critiques formulées envers
les Cultural Studies dans le domaine des études en
communication médiatique. Puis, l'auteur conclut en lançant
un appel à la discussion dans le but de dégager les causes
du manque de « séduction » de cette approche
dans ce sous-champ des études en communication.
Descripteurs: Cultural Studies, communication médiatique,
culture, recherche québécoise, études en communication,
Québec. |
Nous sommes souvent portés à croire que l'université québécoise a l'avantage d'être positionnée au confluent des univers académiques anglo-saxon et francophone [1]. Au-delà du lieu commun que constitue une telle affirmation, certains domaines de recherche au Québec ont démontré, au cours des vingt dernières années, qu'ils avaient su tirer profit de certaines conversations théoriques, méthodologiques et philosophiques : en témoignent les travaux des chercheur-e-s en littérature comparée, en études cinématographiques et en communication, pour ne nommer que les champs que je connais pour les fréquenter, parfois assidûment, parfois à la dérobée. Toutefois, ces conversations n'assurent pas nécessairement chez les universitaires la curiosité ou l'intérêt qu'elles laissent supposer. Dans le sous-champ des études en communication que constituent les études en communication médiatique [2], je crois pouvoir affirmer que les universitaires québécois francophones ne semblent pas avoir été séduits par l'apport de l'approche dite des Cultural Studies [3]. L'intention première de cet article est d'offrir quelques pistes de recherche qui permettront de réfléchir à la circulation limitée des Cultural Studies dans le domaine des études universitaires en communication médiatique au Québec. D'entrée, je propose aux lecteurs une suite de tableaux esquissés à grands traits, qui présentent quelques-unes des réalités de la recherche universitaire québécoise sur les médias et la culture. J'en profite immédiatement pour préciser que cette suite de tableaux ne se veut pas un narratif descriptif et objectif des événements et des contextes propres à la réalité québécoise universitaire des soixante-dix dernières années; le lecteur y retrouvera plutôt des dates, des lieux, des noms, mais également quelques a priori, des impressions et des notes plus personnelles. Par ailleurs, le milieu dépeint dans cet article est celui de la recherche universitaire en communication médiatique au Québec, principalement celle qui a été menée par les chercheur-e-s francophones, à l'intérieur des départements de communication; toutefois, il devient de plus en plus difficile et arbitraire de maintenir cette cloison entre la recherche francophone et la recherche anglophone, surtout depuis la fondation du programme de doctorat conjoint en communication à Montréal (Joint PhD Program in Communication) en 1987. L'espace de la recherche québécoise en communication s'avère de plus en plus un espace bilingue, malgré la résistance manifestée par quelques îlots dans les deux camps. Cela dit, je rappelle la précision apportée plus haut: l'objectif de ce texte est de commenter l'observation voulant que les chercheurs francophones universitaires en communication médiatique semblent, dans l'ensemble, peu intéressés par l'approche des Cultural Studies.
En 1988, lorsque j'ai commencé mon mémoire de maîtrise sur le discours du vidéoclip québécois, j'ai constaté que la littérature traditionnelle sur le sujet (celle de la communication, de la sociologie des médias et de la culture, des études féministes et cinématographiques québécoises) ne m'offraient pas les outils nécessaires pour théoriser d'une façon plus globale et réflexive le rôle et la participation du clip dans la production de la culture. Le même constat s'appliquait à la littérature sur la musique populaire, à propos de l'articulation de la culture jeune à l'identité nationale; de même, une question aussi innocente que celle-ci, soit « qu'est-ce que la culture jeune? », se voyait habituellement expliquée à l'intérieur de cadres fonctionnalistes plutôt conservateurs. De plus, l'économie politique traditionnelle développée au cours des années 1970 proposait encore un économisme réducteur des phénomènes culturels, tout comme le féminisme de ces mêmes années. Le fait que l'idéologie ne soit définie que sous l'équation de la « fausse conscience » (false consciousness ), que le sujet soit incontestablement et irrémédiablement défini selon le rapport des classes sociales, proposait ainsi une représentation de la population comme étant aliénée et soumise, ce que d'ailleurs Stuart Hall résuma par l'expression plutôt cynique de Cultural Dupes [4]. Enfin, ma lecture du texte « Encoding-Decoding » [5] de Stuart Hall en 1988 me permettait de relier l'apport des approches européennes (sémiologie, structuralisme et Francfort) à la dynamique des études nord-américaines sans avoir à réduire l'examen de la communication médiatique à l'obsession des effets et ce, en stimulant l'étude du politique et de l'idéologique tout en refusant l'obligatoire « soumission sans lutte » des citoyens. Le texte de Hall propose plus une proposition schématique qu'un véritable modèle de la circulation du sens, fortement politique (son marxisme est prédominant), tout en étant relativiste (la notion d'articulation commence à y germer mais n'y est pas encore définie). Comme le répète, ou plutôt l'a répété Stuart Hall durant de nombreuses années, « Cultural Studies are politics by other means » [6]. Inspirés par les travaux marxistes de Raymond Williams, de jeunes chercheur-e-s comme Stuart Hall, Richard Hoggart, Charles Taylor et Dorris Lessing fondent la revue New Left Review en 1956. Le projet des Cultural Studies est indissociable de l'implication politique (praxis) de l'intellectuel sur le terrain. L'expérience de Stuart Hall, Jamaïcain immigré à Londres en 1954 pour y faire ses études supérieures (mais également dans le but de retourner aux Britanniques la politesse de leur séjour dans les Antilles! [7]), peut être considérée comme un exemple de la post-colonialité: le retour du balancier, la chute de l'Empire, le clash des cultures, la reformulation de l'identité britannique... Ce terrain, au début des années 1960, est celui de la culture et du politique, selon les fondateurs du Center for Contemporary Cultural Studies (CCCS) à Birmingham. Jusqu'au projet New Times, soutenu par Hall et lié au mensuel Marxism Today en 1988-1990, lequel s'attaquait au thatchérisme (entre autres), on ne peut pas dire, à la suite d'Hanno Hardt [8], que les British Cultural Studies, en tant que mouvement politique, aient très bien fonctionné. Cependant, les répercussions des British Cultural Studies dans la vie quotidienne furent - et sont encore - ressenties aujourd'hui par le biais de nombreuses expériences pédagogiques, comme celles développées à l'Open University où enseigne encore aujourd'hui Stuart Hall. Les recherches effectuées à Birmingham au cours des années 1960-1970 démontraient la nécessité d'examiner les relations inter-médiatiques plutôt que les effets d'un seul média, plus propices à l'examen des productions / interprétations de significations (meanings) qui mobilisent et démobilisent les cultures populaires; de plus, ces travaux contestent l'a priori cultivé par plusieurs d'opposer obligatoirement les produits des cultures populaires à l'authenticité des cultures supérieures. Ces études étaient politiquement et idéologiquement critiques, tout en affirmant l'importance des dimensions relativistes des contextes sociaux et culturels, engageant ainsi la théorie, ce « détour nécessaire » pour paraphraser Lawrence Grossberg [9], à devoir saisir la complexité des pratiques culturelles. L'objectif des Cultural Studies est donc de saisir comment, selon les contextes constament reformulés, l'identité de différentes pratiques culturelles détermine les relations qui y ont cours et comment ces identités sont déterminées à leur tour par ces pratiques [10]. Enfin, l'approche des Cultural Studies tend à considérer la culture comme le site
De toute évidence, une brève généalogie de l'évolution de l'institutionnalisation des sciences sociales et humaines dans les universités québécoises s'impose afin que le lecteur puisse appréhender le statut particulier des études en communication au Québec, en comparaison des diverses réalités américaines et françaises. Cette généalogie permet également de constater le rôle des États-Unis et de la France dans le développement et l'orientation des sciences humaines au Québec. Comme le soulignait récemment le président de l'International Sociological Association, Immanuel Wallerstein,
Au Québec, l'Université de Montréal et l'Université Laval fondent chacune une école des sciences sociales entre 1920 et 1932; cependant, la recherche qui y est effectuée s'inscrit à l'intérieur de l'idéologie clérico-nationaliste ou, exprimée autrement, la sociologie qui y est développée se déploie, comme on l'entend souvent, à « la lumière de l'enseignement social de l'église ». La recherche québécoise en sciences sociales traverse le rideau de la modernité en 1938 lorsque le Père dominicain Georges-Henri Lévesque [13] fonde une nouvelle école des sciences sociales, toujours à Québec, avec l'approbation nécessaire et obligée du Cardinal Villeneuve, alors recteur [14] de l'Université Laval [15]. Un personnage important et renommé s'avère déterminant pour ce passage québécois dans la modernité: le professeur Everett-C. Hughes de l'Université de Chicago. Invité par le Père Lévesque en 1942, Hughes apporte à l'Université Laval son expérience en enseignant les méthodes d'enquête de l'école de Chicago et en rédigeant pour Lévesque un Programme de recherches sociales pour le Québec, un document qui orientera le développement de la sociologie au Québec pendant plusieurs années [16] et assurera le passage de l'école des sciences sociales au statut de faculté universitaire. Notons qu'à l'époque, le « fait français québécois » ne peut inciter les chercheurs à rechercher des modèles en France car la suite d'événements dramatiques qui s'y déroulent de 1939 à 1945, sans oublier la reconstruction du pays qui prolongera la peine jusqu'en 1950, exclut toute référence immédiate. Les diplômés québécois se tournent tout naturellement vers les États-Unis (Chicago et Boston) pour y effectuer leur doctorat avant de revenir enseigner au Québec. L'influence américaine marquera les orientations méthodologiques et théoriques des sciences sociales (et surtout de la sociologie) de l'époque et culminera dans l'emprunt par les directions universitaires de Québec et de Montréal, du modèle universitaire américain (départements et facultés) [17].
L'expression « Révolution tranquille » [18] fait référence à cette période - les années 1960 - où le Québec développe et applique de nombreuses réformes sociales, économiques et étatiques afin de rattraper un retard croissant, mais également afin d'affirmer un projet de société responsable où l'identité québécoise s'impose comme une caractéristique sociologique incontournable. Je tiens à préciser que l'engagement des intellectuels et des spécialistes des sciences sociales des années 1950 aura bénéficié directement à la mise en marche de la « Révolution tranquille » des années 1960. Au cours de cette période, l'orientation de la sociologie québécoise fut à la fois « au service de l'État » (comme le dit Marcel Fournier [19]) - et celle-ci se constitua parallélement comme une science critique, inspirée explicitement par le marxisme (cf. la revue Socialisme et la revue Parti pris fondée en 1963) - et impliquée dans les problématiques liées à la syndicalisation, à l'indépendance, à la laïcisation de l'éducation et à la langue. Le champ de la recherche sociologique affirme alors son identité québécoise et francophone, et s'impose rapidement comme un domaine quasi autonome, guidé par des chercheurs qui ont marqué la scène universitaire et politique québécoise (Rocher, Rioux, Dumont, entre autres) et capable de fonder des revues académiques sérieuses, indépendantes du Canada anglais. De même, les jeunes sociologues québécois découvrent la nouvelle sociologie française au début des années 1960 (Aron, Balandier, Stoetzel, Gurevitch, Touraine et Bourdieu), favorisant ainsi une critique de l'héritage américain de l'école de Chicago au Québec. Au cours des années 1960, les départements de sociologie voient leurs clientèles doubler et tripler [20]. Avec la fondation de l'UQAM en 1968, un nouveau département de sociologie est fondé, animé par de jeunes professeur-e-s qui ont obtenu pour la plupart leur diplôme de doctorat à l'extérieur du Québec et qui s'impliquent activement dans la cause nationaliste et syndicaliste. En parallèle, on assiste à un déploiement des nouveaux sociologues vers d'autres disciplines comme l'anthropologie, la criminologie et la communication, afin d'y obtenir des postes au cours des années 1970.
Les principaux départements de communication apparaissent au Québec au début des années 1970 (à l'exception de celui de l'Université Concordia, fondé en 1965 et de celui de l'Université Laval, fondé en 1968 [21]). Il n'est pas question ici de faire l'historique de ces départements, mais précisons seulement que l'institutionnalisation disciplinaire de ces départements n'a pas reposé sur les mêmes stratégies d'affirmation face au Ministère de l'éducation et aux autres disciplines et facultés déjà établies dans ces universités (discipline pour l'Université de Montréal; non-discipline pour l'UQAM; champ pour McGill et Laval). D'une certaine façon, la problématique de l'identité des études en communication au Québec, à savoir s'il s'agit d'une discipline ou d'un champ, fut principalement articulée à l'intérieur des procédures politiques d'institutionnalisation universitaires [22]. À l'opposé, ce débat est toujours d'actualité aux États-Unis [23]. Parmi les premiers professeurs embauchés, de nombreux sociologues, mais également des chercheur-e-s provenant de la linguistique, des sciences de l'éducation, de la psychologie, de l'anthropologie, etc. Au même moment, les initiatives communautaires et les projets et décisions étatiques dans le domaine des communications sont envisagés par les nouveaux professeur-e-s en communication comme des enjeux sociaux face auxquels ils doivent prendre position politiquement. La réflexion se conjugue avec l'action, débouchant sur des groupes d'intervention, des projets communautaires ou des actions à caractère politique ou social [24]. Le tout mobilise une plate-forme théorique critique qui fait intervenir des auteurs étrangers comme Mattelart, Schiller, la lignée de Francfort, une littérature qui dans l'ensemble stimule au Québec les questions relatives aux droits des individus et des communautés en matière de télécommunications et d'éducation. Mais comme le démontrait déjà Serge Proulx il y a vingt ans, la création des programmes universitaires en communication au Québec fut directement liée aux besoins de l'État québécois. Dans une étude réalisée auprès de l'ensemble des vingt-cinq professeurs en communication en 1979, Serge Proulx soulignait que certains d'entre eux considéraient « se retrouve[r] à la remorque des organismes gouvernementaux dans la définition même des objets de recherche » [25]. Le désir d'indépendance des chercheurs, dans leur poursuite d'une sociologie critique de l'État, se voyait contrecarré par les contraintes « utilitaristes » de ce même État qui, selon Lacroix et Lévesque, vise à soumettre l'ensemble de la recherche québécoise en communication « aux impératifs marchands » [26]. Ces différents facteurs ou nécessités de la recherche universitaire québécoise, sociologique et communicationnelle confondues, peuvent être croisés avec cette observation du doyen actuel de la sociologie au Québec, Guy Rocher, pour qui la recherche portant sur la « culture » a connu sa période de gloire au Québec entre 1965 et 1969. Cette période correspond à l'expansion des départements de sociologie, mais surtout à l'affirmation du jeune projet souverainiste qui propose une définition de l'identité culturelle québécoise [27], souvent articulée selon l'opposition historique de « minorité anglaise dominante / majorité française dominée », laquelle incite à l'examen des réalités socio-économiques urbaines et rurales [28]. Toujours selon Rocher, cette période glorieuse de l'étude de la culture fut suivie par une éclipse de près de sept ans (1970-1977), avant de manifester un regain entre 1978 et 1985. L'éclipse de la « culture » de l'agenda sociologique et communicationnel me semble des plus intéressantes lorsque nous réalisons qu'elle correspond aux années où furent fondés plusieurs des départements de communication à Montréal. Par ailleurs, ce regain de l'étude de la culture coïncide avec la parution en 1978 de l'incontournable ouvrage intitulé : La politique québécoise du développement culturel, rédigé par le sociologue Fernand Dumont et commandé par le nouveau Ministère d'État au Développement culturel du gouvernement péquiste de René Lévesque. L'année suivante, en 1979, Dumont fonde l'Institut Québécois de la Recherche sur la Culture (IQRC) qui s'imposera au Québec comme le lieu principal de réflexion sur la culture. Je pense que l'existence de l'IQRC incita les chercheurs en communication à laisser la culture à ces nouveaux experts pour se concentrer avec encore plus d'obstination sur les médias et les nouvelles technologies. Il n'est pas encore question ici de formuler une hypothèse, mais bien d'identifier quelques causes au fait que l'approche des Cultural Studies ne se soit pas développée dans les départements québécois de communication au cours des années 1980. Ainsi, la fondation de l'IQRC érige une nouvelle barrière face à l'objet « culture » et les contraintes utilitaristes de l'État envers la recherche universitaire en communication peuvent avoir détourné les chercheurs des problématiques dites idéologiques. En revanche, plusieurs chercheurs québécois en communication [29] investiront le champ de la culture par le biais de l'économie politique des industries culturelles, reflétant d'une certaine manière une préoccupation mobilisée par les nationalismes canadien et québécois en ce qui concerne la sauvegarde des dimensions symboliques et économiques de la culture.
Il importe maintenant de rappeler en quelques lignes le contexte particulier du début des années 1980 afin de situer l'affirmation de l'économie politique et celle de la notion d'industries culturelles. Il est commun de parler de la dépression post-référendaire qui a suivi le résultat de 1980 au Québec [30]. La célébration véhiculée par la culture populaire, surtout musicale, s'estompait brutalement pour laisser la place à un désengagement face à la nécessité de chanter en français et, même, de faire un cinéma francophone. L'ombre néo-libérale des politiques de Reagan et Thatcher planait sur les nouvelles politiques sociales du Canada et du Québec; sans oublier le rapatriement unilatéral de la Constitution par le gouvernement Trudeau lequel, associé à la nouvelle crise économique, accentua le malaise au Québec quant à son autonomie politique et culturelle. L'idée que la culture n'était plus qu'une donnée marchande comme les autres fit son chemin dans l'indifférence presque générale avant de se faire interpeler sur la place publique dans la seconde partie des années 1980. Cette interpellation fut provoquée en 1986 par la publication du Rapport fédéral du Groupe de travail sur la politique de la radiodiffusion au Canada (mieux connu sous le nom de ses auteurs, soit le Rapport Sauvageau-Caplan). Ce rapport de près de 800 pages témoignait de l'urgence de réinscrire à l'agenda politique la nécessité de soutenir la différence culturelle canadienne et de protéger le caractère unique de la culture québécoise par l'entremise des supports fournis par les industries culturelles. La thèse de la lutte contre l'impérialisme culturel américain est ici « revisitée » sous l'angle de la survie du système canadien de radiodiffusion et des télécommunications. Les médias et les industries culturelles retrouvent leur charge symbolique, culturelle et sociale aux yeux des experts. Au Québec, les rapports gouvernementaux [31] sur les industries de la musique, de la télévision et du livre confirment la fragilité de ces industries culturelles et plusieurs universitaires, canadiens et québécois, affirment l'importance de ces mêmes industries [32]. Cette préoccupation à l'endroit des industries culturelles par l'entremise de l'économie politique (qui est encore présente actuellement) se manifestait aussi bien dans les revues scientifiques que dans les publications gouvernementales. Et comme les chercheurs en économie politique et les chercheurs de l'approche des Cultural Studies se montraient les uns pour les autres une suspicion grandissante au cours des années 1980 [33], il est possible de considérer que la popularité de l'économie politique au Québec (et au Canada) ne favorisait pas l'intérêt, ni la curiosité des chercheurs québécois envers la seconde approche.
En 1988, un numéro spécial de la revue Communication-Information (seule revue québécoise francophone d'études sur la communication) paraît sur l'état de la recherche québécoise en communication, dont le texte d'ouverture rappelle la nécessité d'examiner la relation communication/culture sous un angle plus critique et moins déterministe [34]. Plus précisément, la leçon proposée par ce texte (que je considère révélateur et important, non par sa diffusion - faible - mais bien à cause de la nouveauté de son propos) se résumerait ainsi : si nous désirons ré-articuler la dyade communication/culture et la réinscrire à l'agenda de nos recherches, aussi bien le faire avec un nouveau regard qui tiendra compte des différences qui traversent le social. Ce positionnement rompt avec l'approche traditionnelle canadienne de l'économie politique. Parallèlement, de nouvelles façons d'examiner la communication médiatique, la culture et l'idéologie entrent en scène, mais principalement en langue anglaise, grâce aux recherches des jeunes chercheurs du Graduate Program in Communications de l'Université McGill. Un des premiers textes à avoir circulé au Québec à propos des Cultural Studies et des études en communication a justement été écrit par Will Straw en 1983, alors étudiant au Doctorat en communication à McGill. Enfin, chez les francophones, Serge Proulx et Claude Martin furent parmi les premiers professeurs en communication à commenter en 1987 les réflexions de Stuart Hall et ce, afin de proposer des modèles moins contraignants des processus de production du sens au Québec. Je propose ci-dessous une liste brève et partielle des premiers textes académiques québécois en communication médiatique qui font référence ou qui commentent les travaux britanniques associés à l'approche des Cultural Studies. La raison pour laquelle je circonscris ainsi une période définie par les années 1983-1988 est arbitraire mais simple; le texte de Will Straw s'avère être le premier texte québécois en communication sur les Cultural Studies et bien qu'écrit en anglais, il est présenté devant un public composé de plusieurs francophones qui citeront par la suite le texte et la présentation dans leurs écrits. L'année 1988 délimite, à mon sens, la période des premiers pas des Cultural Studies au Québec et aux États-Unis, bien que deux revues américaines commentent déjà dans le détail les recherches du CCCS depuis 1985 [35]. L'année 1988 correspond ainsi aux débuts du programme de doctorat conjoint de Montréal [36], lequel repose sur la mise en commun des ressources des départements de l'UQAM, de l'Université de Montréal et de Concordia University, constituant dès lors un espace où s'entrechoquent les traditions et les nouveautés et où les Cultural Studies et les méthodologies interprétatives nord-américaines (Geertz, Clifford, Marcus) émergent comme de nouveaux horizons épistémologiques qui stimulent la confrontation et la collaboration des chercheur-e-s francophones et anglophones, les amenant à synchroniser leurs connaissances du champ; ce qui incita les chercheurs francophones, étudiant-e-s et professeur-e-s, à s'intéresser à l'héritage de Raymond Williams et Richard Hoggart. Cela dit, l'importance du McGill Graduate Program in Communications, composé d'un tout petit nombre de professeurs dont G. J. Robinson et George Stanzos et de quelques étudiants inscrits au doctorat, est indéniable, d'autant plus que certains de ces étudiants collaborent déjà avec des chercheur-e-s du Département de communication de l'Université de Montréal: Will Straw assiste Annie Méar dans son étude du téléroman québécois en 1982; Paul Attallah est professeur au même département alors qu'il complète son doctorat (1985-1986) avant de se retrouver brièvement à Télé-Université.
Si la découverte des travaux de l'école de Birmingham fut tardive dans les départements de communication du Québec, il est nécessaire de préciser qu'elle ne fut pas plus précoce en France, ni même dans la plupart des lieux académiques américains, malgré le fait que les chercheur-e-s des États-Unis ne souffraient pas, eux, des aléas de la traduction des idées et des textes... Cette dimension, celle de la traduction (ou de son absence), s'avère à mon sens incontournable lorsqu'il s'agit d'examiner les conditions de l'émergence des Cultural Studies au Québec et dans la francophonie. De nouveau, il ne s'agit pas d'une hypothèse, mais plutôt d'une piste de réflexion afin d'examiner les causes qui pourraient expliquer l'attention tardive et limitée des chercheurs québécois francophones envers l'approche des Cultural Studies. Une dimension souvent oubliée de la recherche francophone en communication est ce que je nomme « l'asynchronie » des champs géopolitiques de la recherche, laquelle est relative à la traduction/non-traduction des textes/idées qui mobilisent ou peuvent mobiliser de nouvelles problématiques. Le décalage entre la parution originale d'un article ou d'un livre et sa traduction constitue à mon sens une caractéristique importante de l'histoire de la circulation des idées dans le domaine des études en communication. Au cours des années 1960-1970, les sociologues québécois, puis les communicologues qui travaillaient à la construction d'une sociologie de la société québécoise, se référaient principalement aux travaux de leurs collègues québécois, contrairement aux sociologues canadiens-anglais qui s'inspiraient beaucoup plus facilement des travaux étrangers [37]. D'une certaine façon, cette particularité peut s'expliquer par le désir commun des universitaires de l'époque de créer une sociologie québécoise, préoccupée par les problématiques québécoises et visant à offrir des explications proprement québécoises. À la fin des années 1970, les chercheur-e-s québécois en communication intéressés par l'économie politique des médias et des industries culturelles se tournèrent vers les travaux canadiens-anglais afin de réfléchir à la situation québécoise (en témoigne l'importance des recherches de Dallas Smythe et Paul Audley par exemple, justifiée par ailleurs en raison des ressemblances entre les contextes canadien-anglais et québécois). Au même moment, l'économie politique contemporaine se voyait développée par des chercheurs français comme Bernard Miège, Patrice Flichy et Armand Mattelart qui reçurent au Québec une attention particulière. L'importation des méthodes et des démarches est intéressée en ce sens qu'elle invite des stratégies qui recoupent l'approche dominante au Québec, soit celle de l'étude des modes de production/survie de la culture nationale. Cela dit, il ne faudrait pas oublier que la sémiologie française de Barthes, Greimas, Genette et Metz, le marxisme althussérien, la sociologie critique d'Edgar Morin, les textes de Marcuse, les écrits traduits d'Adorno et Horkheimer et les pronostics de McLuhan [38] circulent au Québec dès leur parution au cours des années 1960 et nourrissent les problématiques développées par les chercheur-e-s en communication [39]. De façon plus générale, les chercheur-e-s en sciences sociales et humaines, sans oublier les théoriciens littéraires - comme le prouve le numéro anniversaire de la revue Spirale en 1996 [40] qui célébrait ses 15 ans - sont demeurés très proches de l'activité intellectuelle française et européenne. D'une certaine manière, les Cultural Studies de Birmingham sont absentes du paysage de la recherche en communication médiatique au Québec dans les années 1970 et au début des années 1980 car, tout simplement, elles ne sont pas utilisées ou commentées au Canada-anglais, aux États-Unis [41] et en France. En ce qui concerne le Canada-anglais, il est nécessaire de rappeler que les départements de communication y sont très peu nombreux à l'époque et qu'ils possèdent des ressources professorales limitées; en ce qui concerne la France, la question de la traduction des ouvrages demeure fondamentale; pour ce qui est des États-Unis, je renvoie le lecteur à un texte de Stuart Hall [42] et à un texte de James W. Carey [43] en disant simplement que l'importance accordée au concept d'idéologie par les Cultural Studies a certainement retardé leur introduction dans les départements de communication aux États-Unis [44]. Un autre facteur, moins négligeable qu'il n'y paraît, est que les chercheurs universitaires francophones doivent enseigner à des étudiants réticents, sinon opposés à la lecture de textes en version anglaise (et cela n'a pas changé!), alors que la recherche en communication en est une, à l'époque, résolument américaine. En effet, si les grands départements américains en communication studies, journalism et speech communication sont fondés dès les années 1920 et se dotent de leurs programmes de doctorats vers 1950 (presque tous fondés à ce moment par Wilbur Schramm), les départements québécois francophones ne surgissent qu'au début des années 1970. Où sont donc les textes québécois ou francophones en communication ? Que faire lire aux étudiant-e-s ? Francis Balle « répond » de la France en 1973 en offrant un recueil des premières traductions des textes de Lasswell, Katz et Lazarsfeld, Wright, Riley et Riley, Manning White, etc., vingt-cinq ans après leur première publication. Balle offrira en parallèle un ouvrage historique et pédagogique, réédité à neuf reprises depuis, qui établira le narratif historique francophone de la recherche occidentale en communication [45]. La course à la traduction évoque simultanément une course de rattrapage, lequel permettra au fonctionnalisme, sociologique et psychologique, approches dominantes aux États-Unis de 1945 à 1977[46], de s'imposer à l'agenda de l'enseignement universitaire en communication au Québec. J'ajouterai qu'il est impossible de passer à côté des livres d'Abraham Moles, tout particulièrement l'encyclopédique La communication et les mass media [47] publié dans la collection « Les dictionnaires Marabout Université » en 1971, ainsi que de la publication, dans la collection « Point », des succès traduits de l'école de Palo Alto dès 1971 [48]. Encore aujourd'hui, un bref examen des plans de cours enseignés en 1998 dans quelques départements francophones en communication au Québec [49] révèle que ce qui est lu en classe par les étudiant-e-s doit être écrit dans la langue de Molière. Toujours en ce qui concerne le domaine des études en communication médiatique, la recherche administrative américaine sur les médias obtient donc une place importante dans le curriculum des départements québécois, au même titre que le sémio-structuralisme français [50]. Par la suite, les liens entre les chercheurs québécois et français se voient renforcés au cours des années 1980 et quelques échanges avec les États-Unis s'établissent. Encore une fois, l'apport britannique subira l'indifférence des chercheurs québécois et français, jusqu'à ce que les Américains les découvrent et les médiatisent... À noter que les premières traductions d'écrits associés aux Cultural Studies ne seront publiées qu'au début des années 1990, grâce à l'intérêt porté par les revues scientifiques françaises Hermès et Réseaux. Il faudra attendre jusqu'en 1994 pour que soit enfin traduit le célébre « Encoding-Decoding » de Stuart Hall, dont la version originale remonte à 1973. Si notre travail en tant que chercheur passe avant tout par l'enseignement, comme l'a si bien exprimé Stuart Hall il y a quelques années [51], j'ajouterai que ce qui est enseigné, lu et discuté en classe participe tout autant à l'identité du champ de la recherche que la recherche elle-même. Toutefois, je tiens à souligner que la traduction des oeuvres ne s'avère pas une donnée secondaire dans le processus de la circulation des idées et que les quelques traductions tardives (toutes françaises!) d'une dizaine de textes liés à l'approche des Cultural Studies révèlent d'une certaine façon le faible intérêt porté à cette approche par les enseignants francophones québécois. Enfin, le phénomène de l'asynchronie est vérifiable dans « l'autre sens », comme l'a montré la traduction tardive en anglais du livre Mythologies de Roland Barthes en 1972, paru à l'origine en France en 1957 et qui influença une génération entière de chercheurs anglo-saxons associés justement aux Cultural Studies au cours des années 1970.
J'ai mentionné plus tôt l'importance des articles écrits par James W. Carey au cours des années 1970 et dans la première partie des années 1980, des textes précurseurs en ce qui concerne la prise en compte des dimensions anthropologiques et politiques de la culture dans les études en communication médiatique [52]. De même, le rôle et l'importance de Lawrence Grossberg et de ses collègues de la défunte revue Communication de l'Illinois sont incontournables: ils furent parmi les premiers à commenter, disséquer et interpréter les travaux du CCCS de Birmingham, participant ainsi directement à la découverte américaine de Raymond Williams, Stuart Hall, David Morley, Paul Willis et compagnie. Vers 1987-1988, la nouvelle édition du très populaire livre d'Horace Newcomb, intitulé simplement : Television [53], intègre dans plusieurs de ses études de cas de nombreuses combinaisons théoriques et méthodologiques inspirées des travaux du CCCS. Cependant, le choc américain survient à mon avis la même année avec l'ouvrage de John Fiske, Televison Culture [54]. J'y retrouvais les travaux et l'inspiration de Barthes, d'Eco, de Hall, de Williams, des néo-féministes américaines, appliqués aux produits médiatiques contemporains, selon une approche anthropologique et politique. Quel bonheur! [55] Paradoxalement, Television Culture constitue pour plusieurs la réification du projet des Cultural Studies : la lutte idéologique ne devient qu'une lutte sémiotique et la manifestation et la prise de plaisir sont transformées en mode de résistance politique. La notion de « plaisir du texte », que Fiske emprunte à Barthes et à un autre niveau à Bakhtine, se voit appliquée à tous les modes de pratiques culturelles (alors que Barthes avait développé cette notion en rapport à la lecture et à la photographie) et en généralise la portée socialisante (alors que Barthes l'inscrivait presque dans une phénoménologie de l'intimité). À mon avis, les attaques répétées et portées à l'endroit du populisme des Cultural Studies depuis 1992 [56], comme celles de James Curran [57], de Ian Tester [58], d'Armand Mattelart [59] et de plusieurs autres, résultent de la popularité et de la célébration de cet ouvrage de John Fiske, mais également de celui de Ian Chambers [60] et à un autre niveau, de celui de David Morley [61]. Ces critiques, exprimées selon un point de vue « de gauche », suggèrent un postulat implicite voulant que « l'américanisation » des Cultural Studies les ait détournées de leur charge politique. À l'opposé, le débat sur les Cultural Studies qui a cours aux États-Unis émerge de la droite et condamne tout ce qui peut leur être associé, allant du postmodernisme aux programmes d'accès à l'égalité [62]; de même, le traitement journalistique s'avère particulièrement sévère, souvent peu documenté et fréquemment exprimé sur le ton péremptoire du règlement de compte [63]. Au Québec, les critiques écrites sur les Cultural Studies et émanant du domaine des études en communication, médiatiques ou autres, n'existent pas. À la rigueur pourrais-je trouver quelques articles en sociologie ou en théorie littéraire qui effleureraient le sujet. Cependant, cela ne veut pas dire que les critiques n'existent pas! Au contraire, quiconque fréquente le milieu universitaire des études en communication sait très bien que les Cultural Studies constituent très souvent le sujet de discussions très animées et l'objet de critiques virulentes, sans oublier qu'il est possible d'entendre des commentaires où l'on associe les personnes qui « pratiquent » les Cultural Studies à une idéologie néfaste, parfois relativiste, parfois élitiste... Ce qui ne pourra favoriser la possibilité des échanges entre les chercheur-e-s, ni l'intérêt pour un examen réflexif et critique des postulats et de l'utilité des Cultural Studies au Québec. Au contraire des États-Unis, les départements de communication au Québec sont encore très jeunes, tout juste âgés de vingt-cinq ans. Les recherches sur les médias et la culture qui y furent menées dévoilent des contraintes étatiques, des préoccupations nationales, une généalogie disciplinaire mobilisée par la sociologie québécoise, des influences françaises, des inspirations américaines et des problématiques propres à la société et à la culture québécoises. L'apport des Cultural Studies au champ québécois des études en communication médiatique ne s'est fait ressentir qu'à travers le travail des chercheur-e-s/professeur-e-s de la seconde génération, celle qui s'établit dans les différents départements à partir de la seconde moitié des années 1980. La contribution apportée par le travail de jeunes professeur-e-s comme Will Straw de l'Université McGill, Marty Allor, Lorna Roth, Kim Sawchuk et Chantal Nadeau de l'Université Concordia, Line Grenier de l'Université de Montréal, etc. [64], qui ne proposent pas nécessairement les même stratégies mais qui développent des modes d'appréhension du « culturel » inspirés par ce que nous nommons les Cultural Studies, ont stimulé des chercheur-e-s de la troisième génération (les étudiant-e-s de maîtrise et de doctorat depuis 1988) à examiner de nouvelles pistes de recherche qui rompent avec ce qui s'est fait en communication médiatique au Québec depuis vingt ans. De même, certains chercheurs de la première génération [65] furent réceptifs et enthousiastes face à cette nouvelle exigence de déconstruire les modes traditionnels qui établissent la culture québécoise comme « une évidente évidence » [66]. Il n'en demeure pas moins que les Cultural Studies se sont peu développées dans les départements de communication au Québec et que ce sont d'autres champs de recherche comme la littérature comparée et l'histoire de l'art qui se sont activés à interpréter les Cultural Studies à la lumière des problématiques québécoises. Cela dit, les façons d'approcher ces problématiques n'interrogent pas nécessairement les dimensions communicationnelles, médiatiques, politiques ou celles des industries culturelles! Les Cultural Studies ont-elles ouvert de nouvelles pistes de recherche en ce qui concerne l'examen de la culture et des médias dans l'espace francophone ? Je répondrai que oui. Toutefois, comme je l'ai souligné tout au long de ce texte, ces pistes sont peu nombreuses et surtout, peu suivies. Ce que je déplore de cette situation n'est pas fondé sur une croyance aveugle dans les possibilités offertes par les Cultural Studies , mais plutôt sur l'impression que les chercheurs québécois francophones en communication médiatique sont passés à côté de l'occasion de débattre des potentialités théoriques et méthodologiques d'une approche complexe mais fructueuse, laquelle a retenu l'attention depuis les années 1980 de nombreux chercheurs du Canada anglais, de l'Australie, de Taiwan, de l'Inde, de l'Italie, des États-Unis, de l'Amérique du Sud et même de France. Une des conséquences de ce « rendez-vous manqué » s'avère être l'impatience manifestée envers ceux qui pratiquent (parfois de façon réflexive, mais dans certains cas aussi avec maladresse) les Cultural Studies ; ainsi, se contenter d'émettre une fin de non-recevoir fondée sur l'a priori que ceux et celles qui pratiquent les Cultural Studies proposent des études idéologiques peu scientifiques ne change en rien la nécessité du débat et de la recherche de nouveaux modes de compréhension des réalités culturelles et sociales québécoises. Dans cet article, j'ai proposé un bref tour d'horizon des pistes de réflexion possibles sur la question de la popularité limitée des Cultural Studies dans les études universitaires en communication médiatique au Québec. Il ne reste plus qu'à en discuter. Tant et aussi longtemps que le dialogue et l'échange ne seront pas valorisés, tant et aussi longtemps que sera refusée ou reportée la nécessité d'examiner nos positions de chercheur-e-s et de les remettre en question, l'importance de la pensée critique nécessaire au travail universitaire en communication médiatique deviendra accessoire. [1] Cet article est un résumé succinct de deux communications scientifiques, différentes mais complémentaires, que l'auteur a présentées en 1998. La première s'intitulait « Cultural Studies, communication et espaces francophones » et fut présentée au Congrès annuel de l'ACFAS à l'Université Laval à Québec; la seconde avait pour titre « Media Studies in Québec and the Low Profile of Cultural Studies » et fut prononcée au 84e Congrès annuel de la National Communication Association (NCA) à New York, le 21 novembre 1998. L'auteur tient à remercier Maria Nengeh Mensa et Serge Proulx pour leurs commentaires et leur participation et, tout particulièrement Bram Abramson, avec qui l'idée de la proposition d'un panel sur le Québec et les Cultural Studies au Congrès de la NCA fut mijotée et réalisée. Je remercie ma directrice et mon directeur de thèse, Line Grenier et Claude Martin, pour leurs constants encouragements, ainsi que Christine Rolland pour ses commentaires sur une première version de ce texte. Enfin, mes félicitations et mes remerciements au comité de lecture de COMMposite pour le sérieux de ses commentaires qui m'ont permis, je crois, d'améliorer la teneur de cet article. [2] Le sous-champ des études en communication médiatique englobe les études sur les médias et les nouvelles technologies et se distingue des autres sous-champs comme celui des études en communication organisationnelle, celui des études en communication interculturelle, etc. Je préfère cette appellation à celle de « communication masse-médiatique », laquelle à mon sens est limitative, dépassée et tendancieuse. [3] Je préfère utiliser l'expression anglo-saxonne, historiquement et politiquement située dans le contexte britannique des années 1960-1970 et directement associée aux travaux du Center for Contemporary Cultural Studies (CCCS) de Birmingham, plutôt que la traduction particulièrement vague et imprécise « d'études culturelles » que nous retrouvons dans certains textes publiés en France et au Québec. [4] Traduction littérale: « dupes de la culture ». [5] HALL, Stuart. 1980. « Encoding/Decoding » dans Stuart HALL Dorothy HOBSON, Andrew LOWE & Paul LEWIS. Culture, Media, Language, Working Papers in Cultural Studies, 1972-1979, London, Hutchinson/ CCCS, University of Birmingham, 311 p. Pour la version française de ce texte: HALL, Stuart. 1994. « Codage / Décodage », Réseaux, no. 68, pp. 27-39. [6] Cité dans l'article : John STOREY. 1997. « There's No Success like Failure: Cultural Studies, Political Ressource or Discipline ? », Journal of Communication Inquiry, Fall, pp. 98-109. [7] Dans l'introduction de leur livre intitulé Stuart Hall. Critical Dialogues in Cultural Studies et publié chez Routledge en 1996, David MORLEY et Kuan-Hsing CHEN affirment que: « Hall figures himself as the sugar at the bottom of the English cup of tea... the sweet tooth, the sugar plantation that rotted generations of english children teeth » (p. 14). [8] HARDT, Hanno. 1997. « Beyond Cultural Studies- Recovering the "Political" in Critical Communication Studies », Journal of Communication Inquiry, vol. 21, no. 2, Fall, pp. 70-78. [9] GROSSBERG, Lawrence. 1993. « Can Cultural Studies Find True Happiness in Communication ? », Journal of Communication, vol. 43, no. 4, Winter, p. 89. [10] Ibidem, p. 90. [11] GROSSBERG, Lawrence. 1995. « Cultural Studies: What's in a Name (One More Time) », TABOO, vol. 1, no. 1, Spring, p. 4. [12] WALLERSTEIN, Immanuel. 1998. « L'internationalisation de l'AIS », Lettre du Président/Letters From the President, International Sociological Association (ISA)/ Association Internationale de sociologie (AIS), no. 4, 1996, Montréal, été, p. 34. [13] Le Père Georges-Henri Lévesque est décédé à la mi-janvier 2000. Dans un hommage publié dans le quotidien Le Devoir le 25 janvier 2000, le professeur Marcel Fournier écrit que le Père Lévesque « fait partie de cette génération (...) qui, dès l'entre-deux-guerres, osent remettre en question les idées reçues et qui, non sans difficultés, ouvrent de nouvelles voies pour la réflexion, la création et la recherche, contribuant ainsi tant au plan institutionnel qu'intellectuel à "moderniser" la société québécoise. », FOURNIER, Marcel. 2000. « La parole et l'action », Le Devoir, 25 janvier. [14] Le titre de l'époque était celui de Chancelier. Le Cardinal Villeneuve était également l'Archevêque de la ville de Québec. [15] FALARDEAU, Jean-Charles. 1974. « Antécédents, débuts et croissance de la sociologie au Québec », Recherches sociographiques, vol. 15, no. 2-3, pp. 135-165. [16] Ibidem. [17] Il faut noter l'existence de quelques originalités comme les modules, instance complémentaire que l'on retrouvait et retrouve encore dans le réseau de l'Université du Québec. [18] L'expression « Révolution tranquille » fait référence « au vaste mouvement de changement et de modernisation de la société québécoise » (FOURNIER, Marcel, 2000, op. cit.) qui fit suite au long règne du Premier Ministre Duplessis (1944-1959). Cette période se particularise par ses nombreuses réformes fondées sur la laïcisation et l'ouverture du système de l'éducation et du système de santé, l'affirmation du "fait français" et du nationalisme québécois, la montée du syndicalisme, etc. [19] FOURNIER, Marcel. 1974. « La sociologie québécoise contemporaine », Recherches sociographiques, vol. 15, no. 2-3, pp. 167-201. [20] Ibidem. [21] LARAMÉE, Alain et Bernard VALLÉE. 1991. La recherche en communication. Éléments de méthodologie. Ste-Foy, Presses de l'Université du Québec, 378 p. [22] Comme l'écrivait Gaëtan Tremblay, professeur au Département des communications de l'UQAM, il y a presque vingt ans: « Les communications: discipline ou champ d'études ? Vieux débat...déjà! Mais académique, formel. Il en est de la promotion d'un champ d'étude au rang d'une discipline comme de la promotion d'un dialecte au statut de langue nationale: c'est davantage une question politique que scientifique. » TREMBLAY, Gaëtan. 1981. « Preface » dans Liora SALTER (Ed.) Communication Studies in Canada / Études Canadiennes en Communication, Toronto, Butterworths, pp. vii-x. [23] Voici quelques exemples: HALL, Stuart. 1989. « Ideology and Communication Theory » dans B. DERVIN, L. GROSSBERG, B. O'KEEFE & E. WARTELLA (Eds.) Rethinking Communication: Paradigm Issues (volume 1), SAGE-ICA; BERGER, Charles R. 1991. « Communication Theories and other Curios », Communication Monographs, vol. 58, no. 1, March, pp. 101-113; Journal of Communication, 1993. vol. 43, no 3 & 4; DALY, John A. et al. (Eds.) 1993. Teaching Communication: Theory, Research and Methods, Hillsdale, Lawrence Erlbaum Associates Publishers; STREETER, Thomas. 1995. « Introduction for the Study of Communication and Against the Discipline of Communication », Communication Theory, vol. 5, no. 2, May; DEETZ, Stanley A. (Ed.) 1997. Communication Yearbook, 17, Thousand Oaks, SAGE Publications / ICA; GRONBECK, Bruce E. 1998. Paradigms of Speech Communication Studies: Looking Back Toward the Future, The Carroll C. Arnold Distinguished Lecture. Conférence présentée lors du Congrès annuel de la National Communication Association, le 21 novembre 1998 à New York, Boston, Allyn & Bacon; 23 p.; WHITE, William J. 1999. « Academic Topographies; A Network Analysis of Disciplinarity Among Communication Faculty », Human Communication Research, vol. 25, no. 4, June, pp. 604-617; ROGERS, Everett M. 1999. « Anatomy of the Two Subdisciplines of Communication Study », Human Communication Research, vol. 25, no. 4, June, pp. 618-631. [24] LACROIX, Jean-Guy. 1988. « Les études sur les médias au Québec: État de la question », Communication-Information, vol. 9, no. 2, pp. 59-83; LACROIX, J.-G. & B. LÉVESQUE. 1985. « L'émergence et l'institutionnalisation de la recherche en communication au Québec », Communication-Information, vol. 7, no. 2, pp. 7-33. [25] PROULX, Serge. 1979. « Les communications: vers un nouveau savoir savant », Recherches sociographiques, vol. XX, no. 1, janvier-avril, p. 115. [26] LACROIX, J.-G .& B. LÉVESQUE. 1985. « L'émergence et l'institutionnalisation de la recherche en communication au Québec », Communication-Information, vol. 7, no. 2, pp. 7-33. [27] Je retiendrai ici, à titre d'exemple, le livre de René Lévesque, intitulé Option Québec, paru aux Éditions de l'Homme en 1968 (173 p.). [28] Je précise que c'est également durant cette période, plus précisément en 1968, que sont fondés le Ministère des Communications du Canada et le CRTC, en parallèle avec l'adoption de la nouvelle loi canadienne de la radiodiffusion. [29] Je pense ici à Gaëtan Tremblay, Jean-Pierre Desaulniers, Claude Martin, Roger de La Garde, Line Ross et Marc Raboy. [30] À titre d'exemple, le lecteur pourra lire la section 5 du Guide de la chanson québécoise, intitulée « 1978-1984: la crise économique et l'identité culturelle ». Le guide fut publié en 1991 sous la direction de Robert GIROUX aux Éditions Syros/Alternatives et Triptyque, Paris & Montréal. [31] Je pense ici au très important Rapport du comité consultatif sur la musique de langue française commandé par le CRTC (1985), mais aussi au document public du Ministère des Communications du Canada intitulé Nos industries culturelles: des liens essentiels (1987). [32] Quelques exemples: le numéro de la revue Cahiers de recherche sociologique intitulé « Les industries culturelles: un enjeu vital! » vol. 4, no. 2, 1986; le livre de Paul AUDLEY intitulé Canada's Cultural Industries, Toronto, James Lorimer & Co., 1983, 346 p. [33] CAREY, James W. 1985. « Overcoming Resistence to Cultural Studies » dans M. GUREVITCH & M. R. LEVY (Eds.) Mass Communication Review Yearbook, vol. 5, Beverley Hills, SAGE; NELSON, Cary & Lawrence GROSSBERG. 1987. Marxism and the Interpretation of Culture, Urbana, University of Illinois Press; GROSSBERG, Lawrence. 1989. « MTV: Swinging on the (Postmodern) Star », dans Ian ANGUS & Sut JHALLY (Eds.) Cultural Politics in Contemporary America, London, Routledge; CURRAN, James. 1992. « La décennie des révisions. La recherche en communication de masse des années 80 », Hermes, no. 11-12; GROSSBERG, Lawrence. 1995. « Cultural Studies Vs Political Economy: Is Anyone Else Bored with this Debate ? », Critical Studies in Mass Communication, vol. 12, no. 1, March; MURDOCK, Graham. 1995. « Across the great Divide: Cultural Analysis and the Condition of Democracy », Critical Studies in Mass Communication, vol.12, no.1, March. [34] DE LA GARDE, Roger. 1988. « Le déclin de l'Empire, monsieur Innis ? » Conférence Southam, Communication-Information, vol. 9, no. 2. Il s'agit de la reproduction de la conférence prononçée au Congrès annuel de l'Association Canadienne de Communication (ACC) en juin 1987, au moment de son acceptation du prix Southam. [35] Communication de l'Université d'Illinois et Journal of Communication Inquiry de l'Université d'Iowa. [36] Précisément l'année scolaire 1987-1988. [37] FOURNIER, Marcel. 1974. « La sociologie québécoise contemporaine », Recherches sociographiques, vol. 15, no. 2-3, pp. 167-201. [38] Les écrits du Canadien Marshall McLuhan furent traduits immédiatement au Québec par Jean Paré pour les Éditions de l'Homme. [39] LACROIX, Jean-Guy. 1988. « Les études sur les médias au Québec: État de la question », Communication-Information, vol. 9, no. 2, pp. 59-83. [40] Spirale, no 150, septembre-octobre 1996, 36 p. [41] Sauf James W. Carey à Urbana-Champaign qui écrit plusieurs articles sur les liens entre la culture et la communication au cours des années 1970 et Lawrence Grossberg qui quitte Chicago afin de poursuivre ses études doctorales à Birmingham vers 1978. [42] HALL, Stuart. 1989. « Ideology and Communication Theory » dans B. DERVIN L. , GROSSBERG, B. O'KEEFE, & E. WARTELLA (Eds.) Rethinking Communication: Paradigm Issues (volume 1), SAGE-ICA. [43] CAREY, James W. 1983. « The Origins of the Radical Discourse on Cultural Studies in the United States », Journal of Communication, vol. 33, no. 3 ("Ferment in the Field"). [44] HALL, Stuart. 1982. « The Rediscovery of Ideology: The Return of the Repressed in Media Studies », Gurevitch, M & al., (Eds.) Culture, Society and the Media, Londres, Hutchinson. [45] BALLE, Francis, Médias et sociétés, Montchrestien. [46] Les années 1977 et 1978 verront la parution de plusieurs ouvrages et articles aux États-Unis qui formuleront à la fois une critique du paradigme dominant (Media Sociology: The Dominant Paradigm de Todd Gitlin en 1978) et qui proposeront de nouvelles pistes de réflexion et de recherche (les livres de Gaye Tuchman, Stuart Ewen, Dave Altheide, George Gerbner, etc.) [47] L'importance de Moles dans la diffusion de la cybernétique dans le monde francophone et, surtout, de la théorie mathématique de l'information de Shannon et Weaver, est difficile à contester! [48] HALL, E. T. 1971. La dimension cachée, Paris, Seuil et WATZLAWICK, P. et al. 1972. Une logique de la communication, Paris, Seuil; pour ne nommer que les deux premiers. [49] Université de Montréal, Université du Québec à Montréal (UQAM), Université de Sherbrooke et Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR); des collègues de l'Université Laval m'ont aussi témoigné les mêmes contraintes. [50] ATTALLAH, Paul. 1983. « Axes d'une recherche sur le référendum », Communication-Information, vol. 5, no. 2-3. [51] « We talk about intellectual practice as if it is the practice of intellectuals in the library reading the right canonical texts or consulting other intellectuals at conference or something like that. But the ongoing work of an intellectual practice for most of us, insofar as we get our material sustenance, our modes of reproduction, from doing our academic work, is indeed to teach. ». HALL, Stuart. 1992. « Cultural Studies and its Theoretical Legacies » dans L. GROSSBERG, C. NELSON & P.A. TREICHLER (Eds.) Cultural Studies, New York, Routledge, p. 290. [52] Plusieurs articles écrits durant cette période se retrouvent dans son livre publié en 1989, intitulé Communication as Culture: Essays on Media and Society, Boston, Unwin Hyman. [53] NEWCOMB, Horace. 1987. Television. 4th edition. [54] FISKE, John. 1988. Television Culture, London, Methuen. [55] Bien entendu, cette sélection historique que je propose ne reflète que ma perception de la suite des événements. J'étais alors un jeune étudiant à la maîtrise et je cherchais désespérément des pistes originales qui me permettraient de réfléchir d'une façon différente aux liens qui unissent la culture populaire et les médias et des périodiques scientifiques comme Journal of Communication et Communication Research étaient loin à l'époque de fournir cette originalité recherchée! [56] L'examen de ces critiques ne sera pas développé ici car l'exercice en question nécessiterait la mise en place d'une problématique qui se substituerait à l'objectif de cet article. [57] CURRAN, James. 1992. « La décennie des révisions. La recherche en communication de masse des années 80 », Hermès, no. 11-12. [58] TESTER, Keith. 1994. Media, Culture and Morality, London:, Routledge, 137 p. [59] MATTELART, Armand & Érik NEVEU. 1996. « Cultural Studies. La domestication d'une pensée sauvage ? », Réseaux, no. 80, novembre-décembre, pp. 11-59. [60] CHAMBERS, Iain. 1985. Urban Rhythms: Popular Music and Popular Culture. New York, St-Martin's Press. [61] MORLEY, David.1986. Family Television: Cultural Power and Domestic Leisure, London, Comedia [62] SLACK, Jennifer Daryl & M. Mehdi SEMATI. 1997. « Intellectual and Political Hygiene: The 'Sokal Affair' », Critical Studies in Mass Communication, vol. 14, no. 3, p. 205. [63] Des exemples: GROSS, P. R. & N. LEWITT. 1994. Higher Superstition: The Academic Left and its Quarrel with Science; KIMBALL, R. 1996. « A Painful Sting Within the Academic Hive », Wall Street Journal, May 29, p. A18; KIMBALL, Roger. 1996. « Diversity, "Cultural Studies" & Other Mistakes », The New Criterion, May 26, 5 p.; Auteur inconnu. 1996. « Serious Prank in Scholarly World: Physicist's Hoax Attacks the Field of Cultural Studies », Los Angeles Times, May 27, p. B4; POLLITT, Kathya. 1996. « Pomolotov Cocktail », The Nation, vol. 262, June 10, p. 9; GROSS, Paul R. 1997. « The So-called Science Wars and Sociological Gravitas », The Scientist, vol. 11, no. 9, April 28, p. 8. [64] Sans oublier ceux et celles qui ont quitté le Québec depuis 15 ans pour de nouveaux lieux de travail; ils/ elles sont (malheureusement pour ceux et celles qui restent) nombreux et nombreuses... [65 ]Je pense ici à un livre récent de Serge PROULX intitulé Accusé de réception; le téléspectateurs construit par les sciences sociales, Québec, Presses de l'Université Laval, 197 p.; ainsi qu'aux travaux actuels de Roger DE LA GARDE qui seront publiés sous peu. Je retiens toutefois sa dernière publication qui date de 1997: National Television Across Cultural Boundaries, Edizioni Fondazione, Hypercampo, Firenze, coll. "Interferenze", no. 2, 40 p. [66] GRENIER, Line et Roger DE LA GARDE. 1997. « La non évidence de la culture ». Communication présentée au colloque La légitimité culturelle: le canon, le palmarès et l'institution,Québec, 18 septembre, 9 p.
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